Sa place dans la famille

Plus je vieillis, plus j’écris aussi, plus je retrace le chemin de ma vie, plus je me rends compte que je n’arrive plus à supporter la place que l’on m’a attribuée dans la famille. Je suis celle sur qui l’on compte, la fille aînée, celle qui est là pour tout dès que l’on a besoin d’elle mais qui énerve dès qu’elle ouvre la bouche ou exprime son mécontentement. Il faut reconnaître qu’en tant que suréfficiente je tape souvent juste et que ça contrarie d’autant plus………..

Je m’occupe de ma vieille mère qui vit à la maison et qui ne veut plus s’occuper de rien. Ainsi elle me demande presque autant de travail qu’un jeune enfant mais je le fais de bon coeur même si souvent elle râle comme beaucoup de personnes âgées. Le samedi mon frère vient souvent manger avec sa fille en bas-âge et je cuisine, je m’occupe de la petite, du chien qui encore jeune doit être tenu en laisse pour plus de sécurité et comme toujours je gère tout. Ce week-end il n’est pas venu parce qu’il est encore malade mais quand dimanche à 10h30 il m’appelle pour me dire qu’il viendrait bien chercher maman pour manger je lui rappelle qu’il est malade, que passer du temps avec une dame de 85 ans n’est pas une bonne idée dans ces conditions surtout que nous n’avons pas encore les résultats de la biopsie de mon mari qui est assez fatigué et que, non, aujourd’hui cela ne m’arrange pas d’habiller maman, de lui préparer ses médicaments et que surtout je suis en train de faire à manger. Et là je me fais presque insultée parce que j’ose dire non et que je décide en gros. Il le prend mal, m’insulte presque et me raccroche au nez ! Mais n’est-ce pas logique de ne pas voir une vieille dame faible quand on est malade et encore moins quand il y a une personne qui a peut être un cancer à la maison ? N’ai-je pas le droit de dire que certains jours je ne veux personne chez moi ? Suis-je un monstre qui séquestre sa mère ? Qui la séquestre mais qui s’occupe d’elle entièrement alors que lui ne la sort que de temps en temps sans s’occuper de rien d’autre ?

Et quand en plus je pousse un coup de gueule sur ma page facebook sans ne citer personne (je n’ai pas mon frère sur facebook et des amis que je trie consciencieusement) je me fais faire la morale par mon père assez agressivement ! Mais j’ai 51 ans bon sang ! J’écris ce que je veux, comme je veux sur MA page facebook non ? Alors pour ne pas être désagréable à mon vieux père qui est malade au lieu de répondre, j’ai effacé mon message mais j’ai passé un dimanche horrible à pleurer devant ce que je prends pour trop d’injustice !

N’ai-je pas assez de soucis en ce moment ? Ne peut-on pas se mettre à ma place quelques minutes ? Ne peut-on pas accepter mon « non » en essayant de comprendre ? Je n’arrive plus à supporter le rôle que l’on me fait jouer depuis l’enfance, je n’arrive plus à supporter cette agressivité et parfois cette violence verbale. Je me sens épuisée, fatiguée, angoissée, anxieuse et surtout incomprise dans ma propre famille qui par contre ne me remercie jamais de tout ce que je fais comme si cela était normal depuis toujours…..

J’ai peur de cette semaine qui arrive, peur que le laboratoire ou l’urologue n’appellent plus tôt que prévu parce que c’est grave, peur de la « sanction », peur d’aller chez la psy parler de tout ce qui se passe en moi en ce moment, de tout ce que j’ai découvert sur mon syndrome de l’abandon, sur mes attaques de panique, j’ai peur de lever le voile, de lever la chape de plomb, j’ai besoin de tendresse et d’être rassurée, mon mari n’est pas en état moral pour cela, ma famille se comporte toujours de la même façon et quant aux amis j’ai la chance d’en avoir très peu mais des bons mais ils n’en peuvent surement plus de l’année que je viens de leur faire passer………

Quand sortirais-je de tout ceci, j’ai comme une envie de tout bazarder, de ne vivre que pour mon mari et ma fille, mes animaux mais je ne laisserai jamais ma mère et je ne sais pas couper le cordon avec mon frère et mon père que j’aime. A présent je sais que si je me fâche avec mon frère je ne verrai plus ma nièce, c’est la nouvelle arme de mon frère……….

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J’avance

J’avance, petit à petit, pas à pas, j’avance dans cette année difficile.

Rien ne m’aura été épargné cette année, déprime de mon mari qui a fait éclater au grand jour tout ce qu’il ressentait principalement face à mes angoisses et mes attaques de panique qui l’empêchait de quitter la maison pour travailler à sa guise, disputes, remise en question et puis cette suspicion de cancer de la prostate à présent………..

La découverte de ma suréfficience, les livres lus, les entretiens passés, la thérapie commencée avec cette super psychologue spécialisée, la découverte de mon super syndrome de l’abandon, mais aussi la thérapie que mon mari a entamé pour mieux se comprendre et la résurgence de ses souvenirs d’enfance enfouis si profondément, tout cela m’a énormément fragilisée c’est un fait. Je comprends mieux qui je suis et pourquoi j’agis ou ressens toutes ces choses mais d’autres émotions que je déteste comme la méfiance et le doute surgissent en même temps. Je dois comprendre pourquoi tout à coup je me mets à éprouver ces sentiments négatifs que je ne connaissais pas et qui, je le sais, ne font pas partie de moi. Il y a encore du travail, beaucoup.

Mais aujourd’hui je dois reconnaître que j’avance, avec des hauts et beaucoup de bas, avec de gros coups de déprimes, de terribles attaques de panique mais je ne recule pas, j’avance !

Hier j’ai laissé mon mari 6 h à la clinique sans moyen de le joindre pour qu’il fasse sa biopsie, il y a un an seulement je n’aurai jamais cru que j’y arriverais. Là on cumule l’impossibilité de le joindre, la peur des hôpitaux, la peur du cancer et j’en passe pourtant j’ai passé cette journée ! Bien sûr quand à 14 h je n’avais toujours aucune nouvelle, aucun sms de lui me disant qu’il était remonté en chambre j’ai paniqué, fortement paniqué, j’ai imaginé le pire, qu’il était mort, qu’il allait mal et j’en passe et avec notre fille nous nous sommes précipitées à la clinique pour savoir et quand nous l’avons vu (il venait à peine de remonter) il était confus et perturbé mais j’ai assuré ! Tout assuré !

Et ce matin je réfléchis, heureuse qu’il soit là à la maison, à ce que j’ai accompli en un an. Je l’ai laissé aller 3 fois à Paris pour le travail, une fois à Barcelone, il va travailler en centre ville 2 à 3 fois par mois et même si les attaques de panique sont toujours là et bien là je touche du doigt ce qui a pu les déclencher dans ma petite enfance. Bien sûr rien n’est simple, je suis épuisée, éreintée, je voudrais que la vie soit comme dans les contes pour enfants, souvenez-vous tous les contes se terminent par : « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants et furent très heureux » et ça s’arrête là ! Les contes ne parlent pas de galères, de crises de couple, d’infidélité, de maladie, de cancer, de disputes, non non non ! Moi je croyais vraiment que la vie serait ainsi…………. mais il n’en ai rien. La vie est souvent un combat entrecoupé de moments de bonheur et il faut se battre pour tout, je ne me sens souvent pas armée pour la vie, pas adaptée, pas assez adulte.

Je sais qu’à présent il faudra attendre le 22 février pour avoir les résultats de la biopsie avec le risque de cancer qui va avec. Je sais aussi que si c’est le cas c’est un cancer fréquent et qui est pris assez tôt mais il faudra affronter l’opération, l’absence, peut être la chimio qui me terrorise et que je devrais encore prendre sur moi …………… Mais je sais que même avec des états d’angoisse extrême et des attaques de panique j’y arriverai comme j’ai réussis tout le reste cette année et même avant.

Alors en attendant je vais continuer à travailler sur moi-même et surtout à profiter des petits plaisirs de la vie………….

Ecrire encore et encore

Je me suis mise à écrire il y a quinze jours et je ne fais presque plus que ça en dehors des obligations que j’ai à la maison. Comme je le disais dans un précédent post j’ai eu l’idée, la trame, le déroulement de ce que je voulais écrire et depuis je ne m’arrête plus ayant même déjà rempli un cahier entier puisque j’écris avec un stylo plume.

Nos enfances à mon mari et à moi, une rencontre totalement inventée, nos errances adolescentes à nos vies d’adulte j’ai envie (ou besoin) de retracer nos histoires à un âge où j’ai l’impression que nous remettons tout à plat et à un moment où surgit le spectre de la maladie avec la biopsie de mon mari qui aura lieue mercredi prochain.

Mais pour retracer l’histoire de mon mari, même si je suis avec lui depuis 25 ans, il faut enquêter, poser des questions car beaucoup de ses souvenirs sont soient enfouis soit peu importants à ses yeux et que la thérapie qu’il a entrepris lui fait remonter tout un tas de choses. Et j’en ai plus appris sur la vie de mon taiseux de mari durant toute cette enquête que durant des années. C’est un peu une thérapie pour lui comme pour moi et tout prend un sens, tout s’explique, toutes ces choses que je ressentais sans pouvoir les expliquer comme toujours ………….

Quel avenir aura ce livre une fois corrigé et remanié ? Je ne sais pas, j’espère qu’il pourra plaire et trouver un public même si je doute de moi terriblement. Et puis si j’inventais une fin qui nous correspondait mieux, une fin qui ferait de nous des êtres libérés de toutes les obligations familiales qu’on leur a imposées, s’ils étaient enfin un couple qui s’aiment mais rejettent ce qui leur pèse……

Tant de questions se posent, et si c’était l’occasion de changer cet avenir qui nous fait si peur ?

Une grande décision et un merveilleux moment !

Il y a des années, en fait depuis toute petite, que je veux écrire, que je ne pense qu’à écrire. Je n’ai pas fait de longues études mais j’ai toujours été première en français, j’adorais faire des rédactions, des dissertations et je faisais même celles de mes camarades d’école (quand je n’écrivais pas des lettres d’amour à leur place) et même si les profs n’étaient jamais dupes je continuais car je ne me lassais jamais d’écrire.

J’ai grandi dans une famille où les livres étaient très importants avec des parents qui écrivaient beaucoup et plutôt très bien mais qui n’allaient jamais au bout de leurs écrits. En parlant un jour à mon père nous sommes tombés d’accord tous les deux : quand on lit autant que nous, que nous lisons tant de belles choses, nous pensons que notre propres écrits ne sont pas à la hauteur de ce que nous aimons lire tous les deux. Alors à chaque essai d’écriture je laisse tomber, je trouve ça plat et sans relief et mon manque de confiance en moi fait le reste. Pourtant il y a 3 ans mon frère a publié un livre, certes le tirage est assez confidentiel, mais j’ai adoré son audace, j’ai adoré son histoire et son courage.

Et puis durant cette dernière année si compliqué pour moi j’ai eu encore envie d’écrire mais je ne trouvais pas l’angle, la manière d’aborder les choses. Moi la super imaginative dans la vie je perds tout imagination dès qu’il s’agit d’écrire, je ne sais pas pourquoi. J’ai tendance à vouloir raconter de manière extrêmement fidèle ce qu’il m’est arrivé dans la vie. Et puis il y a quelques jours j’ai acheté un stylo plume dans le cadre d’une collection lancée dans les bureaux de tabac, un réflexe comme ça, j’aime l’objet et puis mon mari a décidé d’en acheter un aussi, j’y ai vu un signe. Dans le même temps nous avons eu tous les deux de grandes discussions sur sa thérapie, sur son enfance, sur tout ce qu’il a gommé, lissé pour faire plaisir à ses parents, sur qui il était vraiment et sur qui il aurait pu être si seulement…. Tout ceci a beaucoup agité mon esprit (je sais il en faut déjà peu !). Et nos discussions sans fin m’ont donné une idée : et si nous nous étions rencontrés enfants à l’âge où nos vies ont été bouleversées, le même âge d’ailleurs, 5 ans ? Que serions-nous devenus si nous avions eu la chance de nous connaître à cet âge là ? Que se serait-il passé si nous n’avions plus été seuls chacun dans nos souffrances ? Bien sûr nous n’habitions pas la même région, nos parents n’auraient pas pu se fréquenter pour tout un tas de raisons mais si cela avait été, quelle aurait été l’impact sur nos vies ?

A partir de là tout s’est mis en place naturellement dans ma tête. Une histoire, un plan, une trame, une idée à peine romancée de nos vies partant de la question des âmes sœurs. Et j’ai pris ma plume poussée par ma fille et mon mari à qui j’ai parlé de mon idée. Ma fille me pousse toujours à écrire, à faire ce que j’aime et mon mari a eu l’air totalement emballé par mon histoire et par ce que cela pourrait amener à sa mémoire d’enfance défaillante. Alors depuis je noircis des pages de cahiers avec ma plume, à l’ancienne malgré mes douleurs aux épaules et aux cervicales et tout coule limpidement.

Hier alors que les semaines qui s’annoncent m’angoissent au plus haut point (mon mari part un jour et demi ce qui est une torture pour moi et mes attaques de panique et la biopsie prévue le 6 février) nous avons décidé de penser à nous deux et de nous faire plaisir. Nous avons fait quelques courses et sommes partis en amoureux un après-midi pour nous retrouver. Ce fut un moment magique et merveilleux où nous nous sommes donc retrouvés, il faut avouer que chez nous vivent ma maman, notre fille avec qui je travaille sur sa nouvelle boîte, notre chien très très jaloux et que nous n’avons de ce fait plus vraiment de vie sexuelle. Alors cet échappatoire amoureux a été des plus bénéfiques…………. En rentrant mon mari était de bonne humeur et gai mais surtout il avait envie de partager avec nous. Il nous a raconté qu’il se reconnectait à un certain magnétisme qu’il avait en lui de famille mais qu’il n’avait jamais testé vraiment, qu’il apprenait tout seul la nuit, il nous a parlé de tout ce qu’il avait mis de côté ces dernières années comme ses dons artistiques de dessins ou d’écriture (ce qui m’avait séduit chez lui) et il nous a annoncé que lui aussi écrivait depuis quelques mois ! Il m’a demandé de lire son début de roman et même s’il n’a pas les bases littéraires (c’est un scientifique forcé alors que moi je sais son penchant artistique refoulé) ses idées sont géniales je n’ai pas peur de le dire. Son imagination est fertile et lui part où moi je ne sais pas aller en écriture, dans l’imaginaire ! Mais le plus troublant est le sujet de fond qui rejoint totalement le mien : l’enfance, les souvenirs oubliés ou enfouis et cela m’a fait encore plus prendre conscience de nos âmes sœurs ou jumelles………

Ce fut une journée magique et magnifique et il faut s’en souvenir pour les jours où cela sera plus difficile et où la réalité nous rattrapera professionnellement ou médicalement. Graver ces moments là à jamais mais surtout ne pas lâcher, comme nous l’avons toujours fait, nos projets artistiques, nos désirs, nos envies et se foutre du reste !

Voir et ressentir avant les autres

Ce qui peut m’épuiser et surtout être épuisant pour ceux qui m’entourent c’est ma faculté à voir et à comprendre des choses que les autres vont mettre des semaines, des mois voire des années à comprendre par eux-mêmes ! La seule que ça arrange est ma fille qui avance du coup plus vite que les autres ………….

Par exemple cela fait 25 ans que je vois la façon dont ma belle-famille traite mon mari, dont il s’écrase devant eux, je crois même que quand je l’ai rencontré j’ai vu immédiatement (sans le comprendre à l’époque) le petit garçon qu’il avait été à l’époque. Aujourd’hui il a entamé une thérapie pour comprendre « ce qui clochait » chez lui, pour comprendre son mal-être et régler ses problèmes. Bien sûr entre temps nous avons appris qu’il avait des problèmes de santé (cancer ou pas, il faut attendre la biopsie) mais il s’en doutait, il le ressentait et en plus de la cinquantaine et du bilan du milieu de la vie il a besoin de faire un point sur lui-même.

Comme je suis aussi une thérapie il a choisi ma thérapeute en qui il a confiance lui qui ne fait pas confiance aux psys en général vu qu’ils m’ont baladée durant des années. Ce n’est sans doute pas déontologique mais pour l’instant la psy, lui et moi faisons avec et ça marche plutôt bien. Disons que d’avoir une patiente surdouée comme moi (sa spécialité) l’aide à mieux comprendre mon mari qui est un homme complexe et plutôt taiseux. Elle me dit souvent que je le connais mieux que n’importe qui au monde et surtout mieux qu’il ne se connait lui même. Nous évitons bien sûr de parler de sa propre thérapie, je parle de mon mari pas de son patient mais par la force des choses parfois les choses se rejoignent.

Il y a peu de temps j’ai appris que lors du divorce de mes beaux-parents seul mon mari parmi les 3 enfants avaient eu à donner son avis sur le parent avec lequel il voulait rester. Et il a choisi sa mère. Cela a créé une guerre qui a duré des années. Et même à 50 ans mon mari pense qu’il aurait du se taire à ce moment là, ce qu’il fait depuis donc 45 ans, ne pas dire ce que l’on ressent et ce que l’on pense et que cet épisode a lissé sa personnalité et fait de lui quelqu’un qu’il n’est peut-être pas du tout. Il se demande donc qui il est et ce qu’il serait devenu si à ce moment là il avait donné une autre réponse ou pas de réponse du tout ! Mais ça ne s’arrête pas là car bien sûr il pense que sa vie aurait différente etc. Quand je lui dis que moi qui l’aime depuis 25 ans je sais qui il est que je l’ai vu dans les pires situations, dans les meilleures, que j’ai cette faculté de deviner ce qui se cache derrière les masques il me répond simplement que c’est sans doute vrai mais que j’ai été capable d’être amie avec des manipulateurs donc que je suis capable d’aimer quelqu’un comme lui (mauvais veut-il dire !). Si cela n’était pas marrant ça serait très vexant pour moi. Il croit vraiment que s’il avait pu être lui même il serait quelqu’un de très différent et forcément de mauvais ! Ça me fait hurler, je connais mon mari mieux que personne, je sais quel homme bon, sensible et gentil il est, comment peut-il en douter ?

Mais le souci est encore plus profond quand je lui explique qu’il n’a été qu’un prétexte à la guerre que se sont livrés ses parents et que si ça n’avait pas été lui ça aurait été le fauteuil du salon ! Que la mauvaise personne ce n’est pas le petit garçon innocent qu’il était et qui s’est exprimé mais ses parents qui se sont servis de lui ! Il n’arrive jamais à dire du mal de ses parents, il s’éloigne d’eux, n’en voit plus certains ou peu mais il ne peut pas dire du mal d’eux. Et pourtant depuis 25 ans eux m’en ont dit du mal de lui dans les pires moments ! Jamais un encouragement, jamais un compliment,la critique facile ! Ça me rend malade ! Moi je suis capable de voir la situation dans sa globalité, de voir le petit garçon malheureux qu’il a été, l’homme courageux et formidable qu’il est devenu mais pas eux et pas lui ! Et quand ils m’ont fait du mal (et ils m’en ont fait hypocritement, pas de plein fouet) mon mari n’a pas pu s’empêcher de les défendre……….

Il m’avoue aujourd’hui qu’il a peur de découvrir qui il serait devenu s’il avait fait un autre choix à 5 ans, s’il n’avait pas gommé tant de choses en lui. Et moi j’ai peur que tout ça se retourne contre moi, moi qui doute tant de moi, qui aies si peu confiance en moi. Pourtant lui me pousse à travailler sur mon enfance (on a des problèmes similaires d’affirmation de soi face à nos parents), il me pousse, me donne raison, me pousse à être moi face à eux et lui n’arrive pas à faire ce même travail……………

Je crois que les mois qui arrivent seront compliqués entre la maladie, la biopsie, l’éventuelle opération, mon travail sur ma peur de rester à la maison sans lui, sur mon syndrome de l’abandon très important, sur mes attaques de panique surtout si je dois affronter l’opération, la clinique etc son besoin d’évoluer professionnellement en faisant quelques voyages (et donc mes attaques de panique qui vont en découler) et sa thérapie et la peur qu’il a de ce qu’il va découvrir de lui-même !

Serais-je assez forte pour surmonter cette année qui s’annonce ? Sans doute que oui, comme d’habitude mais je suis déjà si fatiguée………….

Accepter

Accepter, cette image trouvée sur le net est le parfait reflet de……….ce que je ne sais pas faire !

Cela fait des années que tous les thérapeutes rencontrés me disent d’arrêter de lutter et d’accepter mes peurs, mes angoisses, la situation etc……… Je ne sais pas faire. Je voudrais arrêter d’avoir peur, je voudrais pouvoir tout maîtriser, tout contrôler, surtout mes émotions négatives. Mon père m’appelle « madame parfaite » et il n’a pas tort. Je voudrais tant être équilibrée, rationnelle, raisonnable, censée etc.

Mon mari passe son IRM aujourd’hui pour une suspicion d’un cancer de la prostate. Je suis terrifiée. Terrifiée par les examens, les attentes en clinique, le diagnostic, l’attente mais en même temps je ne voudrais pas savoir, j’ai peur de la biopsie qui va suivre le 6, peur de cette journée où je le verrai affaibli, où je me sentirai seule sans lui, peur d’une future opération, peur encore une fois de tout, tout, tout………

Et si c’était normal d’avoir peur ? Et si c’était juste logique (mon mot préféré) ? Nous avons 51 ans, c’est la deuxième fois que nous avons à faire aux hôpitaux et à la maladie. La première fois a été la naissance prématurée et catastrophique de ma fille où je suis restée 2 jours aux urgences respiratoires et 5 jours en clinique. Le pire souvenir de ma vie. Ca ne peut pas être pire sauf si mon mari a quelque chose de très grave car à priori un cancer de la prostate se soigne bien. Et encore on n’en est pas sûr même si les analyses de sang sont mauvaises.

Et si j’acceptais ma peur, si j’arrêtais de lutter contre elle ? J’essaye de me projeter dans le futur, quand tout ceci sera terminé (et pas terminé par la mort hein parce que bien sûr je me suis imaginée veuve, à la rue etc). Et si c’était une épreuve de plus, encore une ? Et si comme pour les précédentes nous en sortions vainqueurs ? Mais je reconnais être à bout de forces car cette année où mon mari a été si mal moralement (y a-t-il un rapport avec le fait qu’il ait senti qu’il pouvait avoir un problème de santé alors qu’il n’avait aucun symptômes ?), où les disputes se sont enchaînées suivies de réconciliations et de séances de thérapie pour nous deux, où j’ai découvert ma suréfficience, où j’ai travaillé sur mes attaques de panique récurrentes, m’a totalement vidée et épuisée.

Alors il faut aller chercher encore un peu de force au fond de moi pour affronter tout ceci sans lutter contre ma peur, en l’acceptant, le programme me semble si compliqué………..

Réponses à mes parents et aux autres…….

Je me rends compte ces derniers temps que je n’ai plus aucune estime de moi, doutant même d’en avoir jamais eu. Et puis souvent en ce moment me reviennent en mémoire des phrases entendues dans mon enfance qui ont pu avoir un réel impact sur mon estime de moi. Alors j’ai décidé de les noter (même si cela me culpabilise vis à vis de mes parents et de quelques autres proches) et de prendre le temps de leur répondre symboliquement. Voici donc une petite liste non exhaustive des phrases entendues qui m’ont tellement blessée et auxquelles j’aurai pu répondre ceci :

  • Mais pourquoi n’es-tu pas morte à la place de ton frère ? : je ne sais pas pourquoi je ne suis pas morte à sa place mais peut-être avais-je moi aussi le droit de vivre, d’exister, je ne suis qu’une enfant de 6 ans et moi aussi je souffre, pourquoi dois-je me justifier sans cesse d’être en vie et pas lui ?
  • Mais pour qui te prends tu ?  : pour quelqu’un qui réfléchis même enfant, même adolescente et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites et que je vous fais part de mes propres réflexions que je me prends pour quelqu’un d’important ou que je remets en cause votre intelligence.
  • Ce n’est pas de la sensibilité ça, c’est de la sensiblerie ! : sensiblerie est humiliant, péjoratif, minimise ce que je ressens, je suis sensible et pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être sensible ? Est-ce une tare ?
  • Quelle comédienne, on dirait Sarah Bernard ! : parce que mes émotions sont à fleurs de peau, parce que je ressens tout trop fort, parce que je ne sais pas cacher ce que je ressens je suis une comédienne ? Mais rien n’est faux dans ce que je ressens ou dans ce que je montre ! Je suis sincère même en étant excessive.
  • Toi pour qu’un homme t’épouse il faudra le payer et ensuite il nous paiera pour qu’on te reprenne ! : sans doute est-ce une plaisanterie qui peut être drôle pour une non-suréfficiente, moi ça me blesse. Ça veut donc dire que jamais un homme ne voudra de moi, que je suis invivable et incapable de rendre un homme heureux ? Mais l’homme qui saura m’aimer et qui saura me découvrir et m’accepter comme je suis sera un homme heureux car je lui donnerai tout, tout ce que j’ai à donner et il vous remerciera plutôt d’avoir mis au monde une femme comme moi……. (ce que j’aimerai croire aujourd’hui et que je ne crois pas d’où beaucoup de mes problèmes)
  • Tu fais tout le temps des histoires ! : non je ne fais pas « des histoires », je m’exprime, je dis quand je ne suis pas d’accord et je ne sais pas faire semblant de trouver intelligente une phrase ou une attitude que je pense débile ! Et encore je mets les formes pour dire les choses parce que je suis polie !
  • Tu es une p….., tu n’as aucune fierté avec les garçons : effectivement j’ai cherché adolescente désespérément de l’amour et de la reconnaissance et parfois auprès de n’importe quel garçon tant j’avais besoin d’amour ! Demandez-vous plutôt pourquoi ai-je autant besoin d’amour et pourquoi n’ai-je pas plus de fierté…………..
  • Tu sais tu ressembles à ton père, il est intelligent et parfois quand on est trop intelligent cela ressemble à de la folie, en fait il est fada : non papa n’est pas fou, oui il est intelligent et surement surdoué aussi mais personne ne l’a jamais compris, aimé, reconnu, parfois il pète un plomb par trop de douleurs et d’incompréhension. Et puis pourquoi ressembler à mon père serait une injure ?
  • Tu as toujours eu les nerfs fragiles, tu es malade des nerfs : non je ne suis pas fragile, je suis plus forte que bien des gens, je ne suis pas malade des nerfs, je suis ce que l’on appelle une hypersensible qui peut se mettre dans des états extrêmes par douleur et par accumulation de reproches et de rebuffades. Cela fait partie de ma surdouance, je suis ainsi je n’y peux rien. Aidez moi à me canaliser au lieu de me traiter de malade !
  • Ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un comme toi : quelqu’un comme toi c’est quoi ? Quelqu’un qui réfléchit trop, quelqu’un qui discute trop, quelqu’un qui pratique trop d’introspection sur soi et sur les autres, quelqu’un qui est toujours extrême ? Oui je sais, ce n’est pas facile pour moi non plus d’être moi mais ça peut aussi être chouette pour un peu qu’on décide d’en faire quelque chose de chouette non ? Et puis ça vous a souvent aidé quand vous alliez mal que je sois comme ça non ?
  • Mais qu’as-tu encore fait pour énerver ton frère-père-mari, pourquoi le provoquer ?  ou alors : mais tu veux nous rendre fous, nous pousser à bout ?  : je ne les provoque pas, je leur dis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre, je note leurs incohérences, leur attitude illogique et je n’admets pas qu’ils me commandent ou que je doive me soumettre. Pourquoi devoir se taire pour ne pas énerver « un homme » ? Et non je ne veux rendre personne fou mais à un moment je ne comprends pas plus l’attitude des autres que vous ne comprenez la mienne…… et oui je peux être excessive surtout dans mes énervements ! Et j’en souffre aussi………….
  • Tu es trop émotive, trop sensible, trop excessive, trop tout : oui je suis une surdouée hypersensible et je suis excessive, pourquoi une fois ne pas m’accepter comme je suis ? Juste une fois au lieu de critiquer tout ce qui fait de moi un être spécial ?
  • Mais non tu n’as pas peur, pas mal, prends sur toi, maîtrise tes nerfs ! : pourquoi n’ai-je pas le droit d’avoir peur, mal, pourquoi attend-on toujours de moi que je me maîtrise, pourquoi ne pas me laisser exprimer mes émotions comme je les ressens en m’apprenant à les canaliser ? Acceptez ce que je ressens de temps en temps………….
  • Ha mais toi bien sûr tu as entendu la première phrase de ce type à la télé et tu as tout compris, nous pardon mais on est bête il faut qu’on en écoute plus ! : ce n’est pas ma faute mais oui il me suffit de quelques phrases pour comprendre où l’autre veut en venir pour savoir ce qu’il va dire ensuite et qui se cache derrière le masque ! Je n’y peux rien mais ne m’humilie pas pour ça, tu comprends peut-être moins vite mais dis-le moi gentiment, moi je ne veux humilier personne, je ne me rends pas toujours compte que j’agis ainsi et si tu te sens toi « bête » comme tu dis, ce n’est pas ce que je pense moi…………… autrement je ne vivrais pas avec toi.

Voilà je ne sais pas si ces réponses symboliques à toutes ces réflexions blessantes me feront du bien, par contre je pourrai sans doute les relire de temps en temps et essayer de travailler un peu plus sur l’estime de moi….