Garder le cap

Depuis toujours c’est à dire depuis plus de cinquante ans, mais plus spécialement cette année j’ai l’impression d’être un bateau pris dans la tourmente, ballotté au fil de l’eau et des éléments qui se déchaînent…… Les disputes, les mots prononcés, les événements de la vie, l’humeur des autres, leurs émotions négatives, tout cela me projette sur les récifs et ma coque prend l’eau………….

Pourtant je sais la force qui est en moi, je sais que j’ai toujours été, même enfant, un phare dans la nuit pour les autres, celle vers qui on vient quand tout va mal et qu’on laisse quand les problèmes sont résolus. Je suis celle à qui l’on peut tout dire, celle à qui l’on se confie, celle qui comprend, la mère, la soeur, la fille, l’amie aimante et maternante. Je suis douée pour l’introspection, la réflexion, l’analyse, je ne brosse pas dans le sens du poil mais je fais preuve d’empathie. J’ai eu peu de gens dans ma vie qui ont joué ce rôle là pour moi, mon père quand il était bien luné, mon mari avant qu’il n’aille mal moralement, ma fille qui est mon miroir et parfois quelques amies. Ma plus vieille amie, celle qui dans la vie ne faisait preuve que de peu de compassion, peu d’empathie, m’écoutait et m’aidait à réfléchir. Cet été elle a décidé de me laisser tomber pour une phrase juste que j’ai prononcé et qu’elle n’a pas encaissé………..

Pourtant je sais, comme je l’ai dit plus haut, que je suis forte. Ma psy me répète à chaque séance que je suis une des femmes les plus fortes qu’elle ait rencontré, que j’ai toujours tout surmonté souvent seule, que mon intelligence me permet de faire la part des choses, de comprendre ce qui se joue autour de moi, elle me rappelle sans cesse mes forces et mes faiblesses. Pourtant en ce moment je me sens en pleine tempête, chahutée, cahotée, fragile et tremblante.

Je voudrais pouvoir faire remonter à la surface la force qui est en moi, garder le cap, rester un phare dans la nuit pour les miens mais je n’y arrive pas……………… J’ai froid, j’ai peur, je tremble d’être ainsi nue face aux éléments de la vie, démunie et de me laisser ainsi dériver. Au fil d’une même journée je peux descendre très bas dans l’angoisse (angoisse de mon mari qui va mal moralement, angoisse du rdv chez l’urologue demain, angoisse de la « sentence ») et tout à coup remonter et voir la vie positivement même si parfois ce sont de petites pilules qui m’aident à effacer l’angoisse.

Je sais aussi que l’on attire ce que l’on projette et mon état d’esprit du moment étant plutôt négatif j’ai peur de ce que je peux attirer. Et oui parce qu’en plus je crois en tout : les signes, les cartes dans lesquelles je suis plutôt douée, les lignes de la main (grrrrrr expliquez moi que ça ne signifie rien je vous en supplie) etc…. Pourtant en temps normal mon humour, noir souvent, me sauve de tout mais là je ne sais pas où est parti cet humour, sans doute noyé sous des tonnes d’angoisse. Je voudrais tant que cette année qui s’achève soit la fin d’un cycle négatif et le début d’une année positive. Je voudrais tant y croire et je reste suspendue à ce rdv médical de demain !

Je crois qu’inconsciemment je me prépare toujours au pire au cas où… Peut-être la peur de ne pas être prête, peur de ne pas être armée, peur d’être prise au dépourvu et du coup je ne profite pas du moment présent et de ce qui m’est donné.

Je veux vivre, je veux être heureuse, je veux arrêter d’être ballottée par tous les vents, je veux garder le cap et faire jaillir la force enfouie en moi. Qui peut m’aider à part moi-même ?

La peur

La peur.

Je crois avoir toujours avoir vécu dans la peur. Peur plus ou moins forte, plus ou moins intense mais cette peur fait partie de moi et bouffe littéralement une bonne partie de ma vie.

Quand j’étais enfant j’avais peur, peur que ma mère ne m’abandonne, peur qu’elle ne m’aime pas (mais ça j’ai compris très vite qu’étant une fille elle ne m’aimerait jamais comme je le souhaitais), peur de ne pas être la fille de mes parents etc. Et puis mon petit frère est mort alors que j’étais en vacances chez mes grands-parents et là la peur est devenue une grande partie de moi. Non pas que j’aimais mon petit frère, je travaille sur le sujet depuis des années car mes émotions ont été bloquées à ce moment là, mais peur qu’il n’arrive quelque chose à un membre de ma famille, peur de me retrouver seule, peur d’être abandonnée. Cette peur s’est amplifiée au fil des années et des coups durs de la vie.

Mon père a quitté la maison lorsque j’avais 19 ans, il a refait sa vie et là encore la peur m’a envahie. Si j’avais eu des attaques de panique précédemment, elles avaient été nommées « spasmophilie » par des médecins qui n’y connaissaient rien. Et puis 1 et 2 copains sont morts dans des accidents de voiture et là je n’ai plus pu quitter l’appartement de ma mère. Des douleurs physiques, des nausées, une fatigue extrême et surtout, ce que personne n’avait encore nommé, des attaques de panique foudroyantes. Ces attaques de panique ont eu leur reconnaissance avec le premier psy rencontré mais pour lui et pour ceux qui ont suivi il s’agissait d’agoraphobie. J’ai appris à conduire dans des conditions terribles, j’apprenais tout vite et facilement mais à chaque leçon de conduite la panique m’envahissait et je devais m’arrêter sur le bord de la route. Lorsque j’ai eu mon permis et que j’ai commencé à sortir seule, ce ne fut pas mieux mais sans comprendre ce que j’avais, l’envie de vivre était plus forte que tout. Alors j’essayais de vivre comme une jeune femme de 20 ans……….

Au fil des années j’ai fait ma vie, je me suis mariée mais à chaque fois que je devais sortir de chez moi c’était un enfer. Et puis ma mère a du m’accompagner lors de mes déplacements même infimes et au fil des années je n’ai plus réussi à rester seule chez moi quand mon mari était au travail et ma mère venait passer la journée avec moi. Quand ce n’était pas ma mère c’était 1 ou 2 ami(e)s en qui j’avais une totale confiance. Pendant ce temps là je travaillais en thérapie chez un psy ou un autre parce que tous au final finissaient par me dire qu’ils ne pouvaient rien pour moi. Ce qu’il nommait agoraphobie était trop sévère, trop profonde pour leur savoir. J’ai tout essayé, toutes le médecines parallèles, les relaxations, les méditations, le yoga, l’EMDR et j’en passe.

Et puis les coups durs sont arrivés, une séparation, qui même si elle a été provisoire puisque nous nous sommes remis ensemble au bout de 9 mois a fait resurgir mon sentiment d’abandon, la maladie d’un membre de ma belle-famille, la mort de celle que j’ai cru durant des années ma meilleure amie ont fait encore plus reculer mes attaques de panique et ce que j’appelais encore mon agoraphobie. Mon mari qui avait ses problèmes aussi a quitté l’entreprise familiale et s’est mis à travailler à la maison. Je continuais à travailler sur moi, mes peurs, mes attaques de panique, mon enfance mais la dernière thérapeute suivie a fini par me mettre à la porte (sans doute un jour parlerais-je de tous ces pseudos-spécialistes) et j’ai continué quelques années à vivre collé à mon mari, à ne pouvoir jamais rester seule ni à sortir seule. Il a supporté, il m’a supportée moi et mes problèmes……….. J’ai arrêté toutes les thérapies, 30 ans ça épuise aussi mais j’ai continué à lire et à apprendre ce qui me semblait bon pour moi.

Mais la peur était toujours là, tapie ou bien visible, peur quand ma fille a eu son permis et a commencé à conduire, peur qu’il n’arrive quelque chose à mes vieux parents, peur, peur, peur de ne jamais m’en sortir.

Il y a 11 mois tout a explosé. Mon mari a craqué, crise existentielle de la cinquantaine, pourquoi vit-on, pourquoi meurt-on, à quoi sert notre passage sur terre etc… Et puis ma peur qui l’empêche d’évoluer professionnellement, d’aller à des rdv, à des séminaires, bref ma peur encore qui est invivable. Les scènes se sont succédé (bon il parait que dans ce cas là succédé est invariable !!) parce qu’il était trop difficile pour moi d’accepter d’être responsable de son mal-être même si je sais aujourd’hui que je ne suis pas la seule responsable puisqu’il avait peur d’être malade physiquement mais j’en parlerai plus tard. Il m’a donc suggéré de reprendre une thérapie puisque lui voyait qu’il n’arrivait plus à m’aider dans ce domaine là. J’ai suivi mon instinct et pris rdv avec la psychologue que connaissais ma fille et que je connaissais donc depuis qu’elle a été sa pionne au lycée. Mais entre temps j’ai lu un livre, par hasard, sur la suréfficience, puis un autre, puis un troisième, puis contacté l’auteure d’un de ses livres et j’ai découvert que j’étais sans doute surdouée. Là tout avait un sens puisque ces livres et tous les spécialistes de la surdouance parlent d’attaques de panique, d’agoraphobie, d’angoisses importantes etc. Bien sûr ce n’est pas la seule raison qui m’a fait penser que j’étais suréfficiente, tout correspondait, je dirais tout correspondait à 80 % !

Depuis j’ai découvert que la psychologue qui me suit est spécialiste en suréfficients, qu’elle n’a pratiquement que ça dans son cabinet, enfants comme adultes. Si les thérapies classiques pour agoraphobes n’ont jamais fonctionné sur moi c’est qu’elles ne sont pas adaptées. J’ai donc découvert avec elle mon très important syndrome de l’abandon, mon syndrome du jumeau perdu etc…. Mais tout ça à la base était fait pour que mon mari puisse gagner un peu d’autonomie professionnelle ! Alors dans la douleur et des efforts surhumains je l’ai laissé aller à des rdv pro, je l’ai laissé monter à Paris 2 fois aidée par ma fille qui est toujours présente (seule je ne peux pas encore et maman est trop vieille aujourd’hui) et par 2 amis en vacances chez moi. Et puis je l’ai laissé accepté un poste qui l’envoie en ville 1 après-midi toutes les 2 semaines et pour finir je l’ai laissé aller à Paris 2 jours pour un salon très important. Mais les choses sont toujours aussi difficiles, les attaques de panique toujours aussi importantes car je ne peux pas me consacrer uniquement à moi et à ma thérapie parce que lui aussi va mal et perturbe l’équilibre de toute la famille. Et il me met dans une insécurité totale moi qui ne supporte pas l’insécurité. Je sais qu’il m’aime, qu’il ne partira pas comme il y a 13 ans mais il remet en cause tant de choses dans sa vie et donc dans la mienne. Et puis il a avoué qu’il avait peur d’être malade, sans symptômes précis mais peur et il a fait une analyse de sang.

Effectivement il y a un problème aux résultats. Le taux de PSA de la prostate est anormalement élevé, mon médecin qui peut parfois être un âne a parlé immédiatement de cancer quand mon mari l’a appelé. Cancer, le mot était dit et pour nous et moi particulièrement la terreur a fait son apparition. A l’échographie et au toucher le radiologue n’a rien vu d’anormal, la prostate a un peu grossi ce qui est normal à 50 ans mais rien qui fait penser à un cancer, aucune anomalie, aucune grosseur, un bel aspect etc. Mais la peur ne me quitte plus. Pour lui il s’agit simplement d’une infection.

Le 31, dernier jour de l’année, de cette bonne année de m…. mon mari a rdv avec un urologue. Que va-t-il être dit ? Que va-t-il se passer ? Aurons-nous une réponse, faudra-t-il faire des examens, devra-t-il entrer en clinique ? Je rappelle que rester à la maison sans lui même avec ma fille est une torture. Je n’arrive pas à ne pas anticiper, je suis terrifiée, terrifiée qu’il se fasse opérer, terrifiée qu’il lui arrive quelque chose, terrifiée de vivre sans lui, terrifiée que la maladie et les hôpitaux entrent dans nos vies.

Je voudrais retrouver une vie à peu près normale, une vie où mon mari irait mieux moralement, où je n’aurais plus peur sans cesse d’être abandonnée, quittée, où je ne tremblerais à chaque changement d’humeur, où on ne parlerait plus de maladie. Mais à présent que l’on sait qu’il y a un problème il y aura forcément un suivi annuel et la maladie est vraiment entrée dans nos vies.

J’ai peur, tellement peur que je ne sais même plus comment m’en sortir….. Je sais qu’il faut attendre ce fameux rdv, ne pas anticiper mais anticiper c’est encore ce que je fais de mieux et pas toujours en positif !

Ajout du 2/01 : effectivement il y a une anomalie donc prise de rdv pour IRM et biopsie, il faut que je prenne sur moi, que je prenne chaque chose l’une après l’autre car je sais que je devrai toucher à ma peur la plus profonde surtout si les résultats montrent un cancer………

Petite présentation

Pourquoi un nouveau blog moi qui en ai déjà tenu plusieurs ?

Est-ce un blog de plus sur les surdoués, les suréfficients, les zèbres ?

Je ne le pense pas mais je verrai ce qu’il deviendra. J’ai plutôt envie de dire que c’est un journal intime, autant qu’un blog public peut-être intime, un journal de bord, un endroit où je pourrai enfin être moi. Pourquoi « Chut, tu perturbes tes petites camarades » ? Parce que c’est sans doute la phrase que j’ai le plus entendue durant ma scolarité et qu’elle me reste en mémoire.

J’ai un peu de mal avec le terme zèbre qui est trop souvent employé, celui de surdoué qui fait qu’on attend des choses extraordinaires de celui qui a cette faculté, j’aime bien le terme de suréfficient par contre, sans doute le terme dans lequel je me reconnais le plus.

J’ai toujours sentie que j’étais différente des autres, souvent plus rapide, avec une compréhension des choses plus globale. J’ai toujours pensé très vite, parlé très vite, j’ai toujours tout analysé, tout décortiqué allant parfois jusqu’à harceler les miens quand quelque chose me chiffonne et que j’ai besoin de comprendre. J’ai toujours été aussi une enfant solitaire parce que je m’ennuyais avec les autres, ils n’avaient pas les mêmes centres d’intérêt que moi, je les trouvais futiles ou superficiels. Je n’ai jamais compris non plus que l’on parle pour ne rien dire, je suis bavarde certes mais je vais toujours au fond des choses, j’aime aborder les choses en profondeur, j’aime l’analyse, la psychologie, la philosophie. Je suis donc souvent passée pour arrogante, supérieure, fière alors que je suis quelqu’un qui doute de moi terriblement, qui ne m’aime pas beaucoup et qui a toujours l’impression de n’être pas à la hauteur………..

Mais pour ma part être suréfficiente c’est aussi souffrir de beaucoup de maux comme une angoisse récurrente et fréquente, des crises de panique qui ont fait dire à tous les psys rencontrés (et usés) que j’étais agoraphobe. Je le suis sans doute un peu mais je souffre surtout du syndrome de l’abandon, un syndrome très très puissant chez moi.

Bref il y a mille choses qui font que je me suis rendue compte que j’étais suréfficiente, des livres lus, un entretien avec une spécialiste et puis enfin la rencontre avec ma psychologue (et pas psychiatre, eux ne m’ont jamais aidée!) qui est une spécialiste des suréfficients et avec qui je peux enfin être moi et qui m’aide comme elle le peut dans cette période compliquée de ma vie (pour tout un tas de raisons autres que ma suréfficience).

J’espère par ce blog rencontrer des gens qui me comprendront, se reconnaîtront et avec qui je pourrai échanger !