Une grande décision et un merveilleux moment !

Il y a des années, en fait depuis toute petite, que je veux écrire, que je ne pense qu’à écrire. Je n’ai pas fait de longues études mais j’ai toujours été première en français, j’adorais faire des rédactions, des dissertations et je faisais même celles de mes camarades d’école (quand je n’écrivais pas des lettres d’amour à leur place) et même si les profs n’étaient jamais dupes je continuais car je ne me lassais jamais d’écrire.

J’ai grandi dans une famille où les livres étaient très importants avec des parents qui écrivaient beaucoup et plutôt très bien mais qui n’allaient jamais au bout de leurs écrits. En parlant un jour à mon père nous sommes tombés d’accord tous les deux : quand on lit autant que nous, que nous lisons tant de belles choses, nous pensons que notre propres écrits ne sont pas à la hauteur de ce que nous aimons lire tous les deux. Alors à chaque essai d’écriture je laisse tomber, je trouve ça plat et sans relief et mon manque de confiance en moi fait le reste. Pourtant il y a 3 ans mon frère a publié un livre, certes le tirage est assez confidentiel, mais j’ai adoré son audace, j’ai adoré son histoire et son courage.

Et puis durant cette dernière année si compliqué pour moi j’ai eu encore envie d’écrire mais je ne trouvais pas l’angle, la manière d’aborder les choses. Moi la super imaginative dans la vie je perds tout imagination dès qu’il s’agit d’écrire, je ne sais pas pourquoi. J’ai tendance à vouloir raconter de manière extrêmement fidèle ce qu’il m’est arrivé dans la vie. Et puis il y a quelques jours j’ai acheté un stylo plume dans le cadre d’une collection lancée dans les bureaux de tabac, un réflexe comme ça, j’aime l’objet et puis mon mari a décidé d’en acheter un aussi, j’y ai vu un signe. Dans le même temps nous avons eu tous les deux de grandes discussions sur sa thérapie, sur son enfance, sur tout ce qu’il a gommé, lissé pour faire plaisir à ses parents, sur qui il était vraiment et sur qui il aurait pu être si seulement…. Tout ceci a beaucoup agité mon esprit (je sais il en faut déjà peu !). Et nos discussions sans fin m’ont donné une idée : et si nous nous étions rencontrés enfants à l’âge où nos vies ont été bouleversées, le même âge d’ailleurs, 5 ans ? Que serions-nous devenus si nous avions eu la chance de nous connaître à cet âge là ? Que se serait-il passé si nous n’avions plus été seuls chacun dans nos souffrances ? Bien sûr nous n’habitions pas la même région, nos parents n’auraient pas pu se fréquenter pour tout un tas de raisons mais si cela avait été, quelle aurait été l’impact sur nos vies ?

A partir de là tout s’est mis en place naturellement dans ma tête. Une histoire, un plan, une trame, une idée à peine romancée de nos vies partant de la question des âmes sœurs. Et j’ai pris ma plume poussée par ma fille et mon mari à qui j’ai parlé de mon idée. Ma fille me pousse toujours à écrire, à faire ce que j’aime et mon mari a eu l’air totalement emballé par mon histoire et par ce que cela pourrait amener à sa mémoire d’enfance défaillante. Alors depuis je noircis des pages de cahiers avec ma plume, à l’ancienne malgré mes douleurs aux épaules et aux cervicales et tout coule limpidement.

Hier alors que les semaines qui s’annoncent m’angoissent au plus haut point (mon mari part un jour et demi ce qui est une torture pour moi et mes attaques de panique et la biopsie prévue le 6 février) nous avons décidé de penser à nous deux et de nous faire plaisir. Nous avons fait quelques courses et sommes partis en amoureux un après-midi pour nous retrouver. Ce fut un moment magique et merveilleux où nous nous sommes donc retrouvés, il faut avouer que chez nous vivent ma maman, notre fille avec qui je travaille sur sa nouvelle boîte, notre chien très très jaloux et que nous n’avons de ce fait plus vraiment de vie sexuelle. Alors cet échappatoire amoureux a été des plus bénéfiques…………. En rentrant mon mari était de bonne humeur et gai mais surtout il avait envie de partager avec nous. Il nous a raconté qu’il se reconnectait à un certain magnétisme qu’il avait en lui de famille mais qu’il n’avait jamais testé vraiment, qu’il apprenait tout seul la nuit, il nous a parlé de tout ce qu’il avait mis de côté ces dernières années comme ses dons artistiques de dessins ou d’écriture (ce qui m’avait séduit chez lui) et il nous a annoncé que lui aussi écrivait depuis quelques mois ! Il m’a demandé de lire son début de roman et même s’il n’a pas les bases littéraires (c’est un scientifique forcé alors que moi je sais son penchant artistique refoulé) ses idées sont géniales je n’ai pas peur de le dire. Son imagination est fertile et lui part où moi je ne sais pas aller en écriture, dans l’imaginaire ! Mais le plus troublant est le sujet de fond qui rejoint totalement le mien : l’enfance, les souvenirs oubliés ou enfouis et cela m’a fait encore plus prendre conscience de nos âmes sœurs ou jumelles………

Ce fut une journée magique et magnifique et il faut s’en souvenir pour les jours où cela sera plus difficile et où la réalité nous rattrapera professionnellement ou médicalement. Graver ces moments là à jamais mais surtout ne pas lâcher, comme nous l’avons toujours fait, nos projets artistiques, nos désirs, nos envies et se foutre du reste !

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Voir et ressentir avant les autres

Ce qui peut m’épuiser et surtout être épuisant pour ceux qui m’entourent c’est ma faculté à voir et à comprendre des choses que les autres vont mettre des semaines, des mois voire des années à comprendre par eux-mêmes ! La seule que ça arrange est ma fille qui avance du coup plus vite que les autres ………….

Par exemple cela fait 25 ans que je vois la façon dont ma belle-famille traite mon mari, dont il s’écrase devant eux, je crois même que quand je l’ai rencontré j’ai vu immédiatement (sans le comprendre à l’époque) le petit garçon qu’il avait été à l’époque. Aujourd’hui il a entamé une thérapie pour comprendre « ce qui clochait » chez lui, pour comprendre son mal-être et régler ses problèmes. Bien sûr entre temps nous avons appris qu’il avait des problèmes de santé (cancer ou pas, il faut attendre la biopsie) mais il s’en doutait, il le ressentait et en plus de la cinquantaine et du bilan du milieu de la vie il a besoin de faire un point sur lui-même.

Comme je suis aussi une thérapie il a choisi ma thérapeute en qui il a confiance lui qui ne fait pas confiance aux psys en général vu qu’ils m’ont baladée durant des années. Ce n’est sans doute pas déontologique mais pour l’instant la psy, lui et moi faisons avec et ça marche plutôt bien. Disons que d’avoir une patiente surdouée comme moi (sa spécialité) l’aide à mieux comprendre mon mari qui est un homme complexe et plutôt taiseux. Elle me dit souvent que je le connais mieux que n’importe qui au monde et surtout mieux qu’il ne se connait lui même. Nous évitons bien sûr de parler de sa propre thérapie, je parle de mon mari pas de son patient mais par la force des choses parfois les choses se rejoignent.

Il y a peu de temps j’ai appris que lors du divorce de mes beaux-parents seul mon mari parmi les 3 enfants avaient eu à donner son avis sur le parent avec lequel il voulait rester. Et il a choisi sa mère. Cela a créé une guerre qui a duré des années. Et même à 50 ans mon mari pense qu’il aurait du se taire à ce moment là, ce qu’il fait depuis donc 45 ans, ne pas dire ce que l’on ressent et ce que l’on pense et que cet épisode a lissé sa personnalité et fait de lui quelqu’un qu’il n’est peut-être pas du tout. Il se demande donc qui il est et ce qu’il serait devenu si à ce moment là il avait donné une autre réponse ou pas de réponse du tout ! Mais ça ne s’arrête pas là car bien sûr il pense que sa vie aurait différente etc. Quand je lui dis que moi qui l’aime depuis 25 ans je sais qui il est que je l’ai vu dans les pires situations, dans les meilleures, que j’ai cette faculté de deviner ce qui se cache derrière les masques il me répond simplement que c’est sans doute vrai mais que j’ai été capable d’être amie avec des manipulateurs donc que je suis capable d’aimer quelqu’un comme lui (mauvais veut-il dire !). Si cela n’était pas marrant ça serait très vexant pour moi. Il croit vraiment que s’il avait pu être lui même il serait quelqu’un de très différent et forcément de mauvais ! Ça me fait hurler, je connais mon mari mieux que personne, je sais quel homme bon, sensible et gentil il est, comment peut-il en douter ?

Mais le souci est encore plus profond quand je lui explique qu’il n’a été qu’un prétexte à la guerre que se sont livrés ses parents et que si ça n’avait pas été lui ça aurait été le fauteuil du salon ! Que la mauvaise personne ce n’est pas le petit garçon innocent qu’il était et qui s’est exprimé mais ses parents qui se sont servis de lui ! Il n’arrive jamais à dire du mal de ses parents, il s’éloigne d’eux, n’en voit plus certains ou peu mais il ne peut pas dire du mal d’eux. Et pourtant depuis 25 ans eux m’en ont dit du mal de lui dans les pires moments ! Jamais un encouragement, jamais un compliment,la critique facile ! Ça me rend malade ! Moi je suis capable de voir la situation dans sa globalité, de voir le petit garçon malheureux qu’il a été, l’homme courageux et formidable qu’il est devenu mais pas eux et pas lui ! Et quand ils m’ont fait du mal (et ils m’en ont fait hypocritement, pas de plein fouet) mon mari n’a pas pu s’empêcher de les défendre……….

Il m’avoue aujourd’hui qu’il a peur de découvrir qui il serait devenu s’il avait fait un autre choix à 5 ans, s’il n’avait pas gommé tant de choses en lui. Et moi j’ai peur que tout ça se retourne contre moi, moi qui doute tant de moi, qui aies si peu confiance en moi. Pourtant lui me pousse à travailler sur mon enfance (on a des problèmes similaires d’affirmation de soi face à nos parents), il me pousse, me donne raison, me pousse à être moi face à eux et lui n’arrive pas à faire ce même travail……………

Je crois que les mois qui arrivent seront compliqués entre la maladie, la biopsie, l’éventuelle opération, mon travail sur ma peur de rester à la maison sans lui, sur mon syndrome de l’abandon très important, sur mes attaques de panique surtout si je dois affronter l’opération, la clinique etc son besoin d’évoluer professionnellement en faisant quelques voyages (et donc mes attaques de panique qui vont en découler) et sa thérapie et la peur qu’il a de ce qu’il va découvrir de lui-même !

Serais-je assez forte pour surmonter cette année qui s’annonce ? Sans doute que oui, comme d’habitude mais je suis déjà si fatiguée………….

Accepter

Accepter, cette image trouvée sur le net est le parfait reflet de……….ce que je ne sais pas faire !

Cela fait des années que tous les thérapeutes rencontrés me disent d’arrêter de lutter et d’accepter mes peurs, mes angoisses, la situation etc……… Je ne sais pas faire. Je voudrais arrêter d’avoir peur, je voudrais pouvoir tout maîtriser, tout contrôler, surtout mes émotions négatives. Mon père m’appelle « madame parfaite » et il n’a pas tort. Je voudrais tant être équilibrée, rationnelle, raisonnable, censée etc.

Mon mari passe son IRM aujourd’hui pour une suspicion d’un cancer de la prostate. Je suis terrifiée. Terrifiée par les examens, les attentes en clinique, le diagnostic, l’attente mais en même temps je ne voudrais pas savoir, j’ai peur de la biopsie qui va suivre le 6, peur de cette journée où je le verrai affaibli, où je me sentirai seule sans lui, peur d’une future opération, peur encore une fois de tout, tout, tout………

Et si c’était normal d’avoir peur ? Et si c’était juste logique (mon mot préféré) ? Nous avons 51 ans, c’est la deuxième fois que nous avons à faire aux hôpitaux et à la maladie. La première fois a été la naissance prématurée et catastrophique de ma fille où je suis restée 2 jours aux urgences respiratoires et 5 jours en clinique. Le pire souvenir de ma vie. Ca ne peut pas être pire sauf si mon mari a quelque chose de très grave car à priori un cancer de la prostate se soigne bien. Et encore on n’en est pas sûr même si les analyses de sang sont mauvaises.

Et si j’acceptais ma peur, si j’arrêtais de lutter contre elle ? J’essaye de me projeter dans le futur, quand tout ceci sera terminé (et pas terminé par la mort hein parce que bien sûr je me suis imaginée veuve, à la rue etc). Et si c’était une épreuve de plus, encore une ? Et si comme pour les précédentes nous en sortions vainqueurs ? Mais je reconnais être à bout de forces car cette année où mon mari a été si mal moralement (y a-t-il un rapport avec le fait qu’il ait senti qu’il pouvait avoir un problème de santé alors qu’il n’avait aucun symptômes ?), où les disputes se sont enchaînées suivies de réconciliations et de séances de thérapie pour nous deux, où j’ai découvert ma suréfficience, où j’ai travaillé sur mes attaques de panique récurrentes, m’a totalement vidée et épuisée.

Alors il faut aller chercher encore un peu de force au fond de moi pour affronter tout ceci sans lutter contre ma peur, en l’acceptant, le programme me semble si compliqué………..

Réponses à mes parents et aux autres…….

Je me rends compte ces derniers temps que je n’ai plus aucune estime de moi, doutant même d’en avoir jamais eu. Et puis souvent en ce moment me reviennent en mémoire des phrases entendues dans mon enfance qui ont pu avoir un réel impact sur mon estime de moi. Alors j’ai décidé de les noter (même si cela me culpabilise vis à vis de mes parents et de quelques autres proches) et de prendre le temps de leur répondre symboliquement. Voici donc une petite liste non exhaustive des phrases entendues qui m’ont tellement blessée et auxquelles j’aurai pu répondre ceci :

  • Mais pourquoi n’es-tu pas morte à la place de ton frère ? : je ne sais pas pourquoi je ne suis pas morte à sa place mais peut-être avais-je moi aussi le droit de vivre, d’exister, je ne suis qu’une enfant de 6 ans et moi aussi je souffre, pourquoi dois-je me justifier sans cesse d’être en vie et pas lui ?
  • Mais pour qui te prends tu ?  : pour quelqu’un qui réfléchis même enfant, même adolescente et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites et que je vous fais part de mes propres réflexions que je me prends pour quelqu’un d’important ou que je remets en cause votre intelligence.
  • Ce n’est pas de la sensibilité ça, c’est de la sensiblerie ! : sensiblerie est humiliant, péjoratif, minimise ce que je ressens, je suis sensible et pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être sensible ? Est-ce une tare ?
  • Quelle comédienne, on dirait Sarah Bernard ! : parce que mes émotions sont à fleurs de peau, parce que je ressens tout trop fort, parce que je ne sais pas cacher ce que je ressens je suis une comédienne ? Mais rien n’est faux dans ce que je ressens ou dans ce que je montre ! Je suis sincère même en étant excessive.
  • Toi pour qu’un homme t’épouse il faudra le payer et ensuite il nous paiera pour qu’on te reprenne ! : sans doute est-ce une plaisanterie qui peut être drôle pour une non-suréfficiente, moi ça me blesse. Ça veut donc dire que jamais un homme ne voudra de moi, que je suis invivable et incapable de rendre un homme heureux ? Mais l’homme qui saura m’aimer et qui saura me découvrir et m’accepter comme je suis sera un homme heureux car je lui donnerai tout, tout ce que j’ai à donner et il vous remerciera plutôt d’avoir mis au monde une femme comme moi……. (ce que j’aimerai croire aujourd’hui et que je ne crois pas d’où beaucoup de mes problèmes)
  • Tu fais tout le temps des histoires ! : non je ne fais pas « des histoires », je m’exprime, je dis quand je ne suis pas d’accord et je ne sais pas faire semblant de trouver intelligente une phrase ou une attitude que je pense débile ! Et encore je mets les formes pour dire les choses parce que je suis polie !
  • Tu es une p….., tu n’as aucune fierté avec les garçons : effectivement j’ai cherché adolescente désespérément de l’amour et de la reconnaissance et parfois auprès de n’importe quel garçon tant j’avais besoin d’amour ! Demandez-vous plutôt pourquoi ai-je autant besoin d’amour et pourquoi n’ai-je pas plus de fierté…………..
  • Tu sais tu ressembles à ton père, il est intelligent et parfois quand on est trop intelligent cela ressemble à de la folie, en fait il est fada : non papa n’est pas fou, oui il est intelligent et surement surdoué aussi mais personne ne l’a jamais compris, aimé, reconnu, parfois il pète un plomb par trop de douleurs et d’incompréhension. Et puis pourquoi ressembler à mon père serait une injure ?
  • Tu as toujours eu les nerfs fragiles, tu es malade des nerfs : non je ne suis pas fragile, je suis plus forte que bien des gens, je ne suis pas malade des nerfs, je suis ce que l’on appelle une hypersensible qui peut se mettre dans des états extrêmes par douleur et par accumulation de reproches et de rebuffades. Cela fait partie de ma surdouance, je suis ainsi je n’y peux rien. Aidez moi à me canaliser au lieu de me traiter de malade !
  • Ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un comme toi : quelqu’un comme toi c’est quoi ? Quelqu’un qui réfléchit trop, quelqu’un qui discute trop, quelqu’un qui pratique trop d’introspection sur soi et sur les autres, quelqu’un qui est toujours extrême ? Oui je sais, ce n’est pas facile pour moi non plus d’être moi mais ça peut aussi être chouette pour un peu qu’on décide d’en faire quelque chose de chouette non ? Et puis ça vous a souvent aidé quand vous alliez mal que je sois comme ça non ?
  • Mais qu’as-tu encore fait pour énerver ton frère-père-mari, pourquoi le provoquer ?  ou alors : mais tu veux nous rendre fous, nous pousser à bout ?  : je ne les provoque pas, je leur dis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre, je note leurs incohérences, leur attitude illogique et je n’admets pas qu’ils me commandent ou que je doive me soumettre. Pourquoi devoir se taire pour ne pas énerver « un homme » ? Et non je ne veux rendre personne fou mais à un moment je ne comprends pas plus l’attitude des autres que vous ne comprenez la mienne…… et oui je peux être excessive surtout dans mes énervements ! Et j’en souffre aussi………….
  • Tu es trop émotive, trop sensible, trop excessive, trop tout : oui je suis une surdouée hypersensible et je suis excessive, pourquoi une fois ne pas m’accepter comme je suis ? Juste une fois au lieu de critiquer tout ce qui fait de moi un être spécial ?
  • Mais non tu n’as pas peur, pas mal, prends sur toi, maîtrise tes nerfs ! : pourquoi n’ai-je pas le droit d’avoir peur, mal, pourquoi attend-on toujours de moi que je me maîtrise, pourquoi ne pas me laisser exprimer mes émotions comme je les ressens en m’apprenant à les canaliser ? Acceptez ce que je ressens de temps en temps………….
  • Ha mais toi bien sûr tu as entendu la première phrase de ce type à la télé et tu as tout compris, nous pardon mais on est bête il faut qu’on en écoute plus ! : ce n’est pas ma faute mais oui il me suffit de quelques phrases pour comprendre où l’autre veut en venir pour savoir ce qu’il va dire ensuite et qui se cache derrière le masque ! Je n’y peux rien mais ne m’humilie pas pour ça, tu comprends peut-être moins vite mais dis-le moi gentiment, moi je ne veux humilier personne, je ne me rends pas toujours compte que j’agis ainsi et si tu te sens toi « bête » comme tu dis, ce n’est pas ce que je pense moi…………… autrement je ne vivrais pas avec toi.

Voilà je ne sais pas si ces réponses symboliques à toutes ces réflexions blessantes me feront du bien, par contre je pourrai sans doute les relire de temps en temps et essayer de travailler un peu plus sur l’estime de moi….

Hypersensibilité

Il est vrai que j’ouvre ce blog à un moment compliqué de ma vie où tout me bouscule, me perturbe, où je suis à la limite de la dépression. Ce n’est sans doute pas très alléchant pour les gens qui passeront par ici. Mais c’est, je l’espère, une période dans ma vie qui passera comme tant d’autres.

J’ai envie de parler aujourd’hui d’hypersensibilité puisqu’en ce moment je vois que le sujet est très à la mode et que l’on en parle partout. Il y a des hypersensibles qui ne sont pas surdoués mais il y a des gens comme moi surdoués et hypersensibles. Il parait que c’est une des « conséquences » de la surdouance. Mais c’est lourd à porter, très lourd.

Depuis que je suis enfant j’entend cette phrase de mon père : « ho toi tu n’es pas sensible, c’est de la sensiblerie ». Cette phrase m’a toujours beaucoup humiliée. Mon père qui est pourtant la personne de qui je suis la plus proche après mon mari et ma fille m’a toujours trouvée « trop ». Trop sensible, trop émotive, trop excessive, trop, trop, trop………….. Aujourd’hui je sais pourquoi je suis ainsi mais j’en souffre depuis si longtemps.

Il parait, lis-je partout, qu’il faut faire de son hypersensibilité une force, pour moi c’est plutôt une faiblesse en ce moment. Mon hyperempathie cumulée à mon hypersensibilité font de ma vie un enfer. Je ressens tout, je perçois tout, je suis blessée par tout, un mot, une attitude, un geste, une intention que je prête à la personne. Et en ce moment où mon mari fait lui aussi une sorte de dépression, où j’essaye avec force de comprendre ses ressentis (il parle peu c’est un taiseux), ses angoisses, ses peurs, où j’essaye de séparer ses vrais problèmes de ceux qui viennent de sa crise existentielle, je prends tout : émotions négatives, accusations, reproches dus à mes angoisses qui l’empêchent de voyager comme il veut etc et je coule aussi. Bien sûr il y a en plus la peur de la maladie, du cancer, les examens qui commencent la semaine prochaine, ma peur des hôpitaux, ma peur de rester sans lui ne serais-je que quelques jours, ma peur qu’il lui arrive quelque chose.

Alors tout me perturbe. Cette nuit j’ai fait un simple rêve que mon cerveau analyse très bien puisqu’il est la conséquence de quelque chose d’important qu’il s’est passé entre nous il y a peu mais mon hypersensibilité fait que je n’arrive pas à me remettre de ce simple rêve. Je suis tremblante et dans l’émotion.

Comment dissocier son intelligence qui analyse lucidement les choses et son hypersensibilité qui fait parfois voir la vie tout en noir ? Dépression du surdoué diront beaucoup, oui sans doute aussi. Je voudrais sortir de cette période qui dure depuis un an, je suis vidée, à bout, la psy m’a proposé une hospitalisation pour me reposer et déconnecter mais pour moi la phobique des hôpitaux ou des cliniques il n’en est pas question et puis je ne laisse pas les miens dans le souci et la peine comme ils le sont en ce moment. Comme dirait mon mari : « on va s’en sortir ensemble comme toujours. Notre vie est un champs de bataille en ce moment mais on va en sortir vainqueurs, tous les 2 ! »

J’ai 51 ans et j’ai l’impression que je sais de moins en moins me blinder. Une simple parole de mes parents (et Dieu sait que ma mère en balance sans réfléchir au mal qu’elle fait), de mon mari, une simple intention que je perçois et mon hypersensibilité reprend le dessus……….. Bien sûr la période est compliqué, stressante, je me sens coupable de beaucoup de choses, je prends sur moi des choses qui ne sont pas de mon fait, il y a la suspicion de maladie, la déprime de mon mari et puis, disons-le parce que rien n’est tabou pour moi, ma pré-ménopause qui me joue des tours au niveau des humeurs.

Aujourd’hui samedi il faut que je trouve tout ce qu’il y a de beau autour de moi, d’habitude je suis forte à ce jeu là, je sais voir la beauté de la nature en particulier mais surtout il faut que j’arrête d’être aussi attentive à tout ce que je perçois des êtres humains autour de moi et que je me protège mais je n’ai jamais fait cela………. Il serait peut être temps d’apprendre non ?

Et vous, en quoi votre hypersensibilité est une force ?

L’hyperesthésie

Comme les suréfficients, zèbres, surdouées ou HP le savent, nous souffrons d’hyperesthésie. Mais qu’est-ce que l’hyperesthésie outre un mot difficile à écrire et à prononcer ? D’après Wikipédia « l’hyperesthésie est l’exagération physiologique ou pathologique de l’acuité visuelle et de la sensibilité des divers sens ». Cette exagération des sens est souvent difficile à vivre car tout peut nous heurter : trop de bruits, trop de chaleur, trop de froid, trop d’odeurs ou surtout des odeurs trop fortes pour certains mais aussi certaines matières difficiles à toucher comme le buvard ou la craie en ce qui me concerne mais bien sûr la liste n’est pas exhaustive !

J’ai découvert ce mot en découvrant ma suréfficience il y a quelques mois. J’ai toujours eu un problème avec mes 5 sens, je ne supporte pas les airs étouffants, la canicule, l’humidité, le bruit des voisins sans gêne qui peut me rendre littéralement folle car je prends sur moi un moment mais mes nerfs sont mis à tellement rude épreuve qu’au bout d’un moment je sors pour dire aux gens de se taire, de faire doucement et je passe pour une emmerdeuse ! Il est vrai que j’ai des voisins particulièrement sans gêne que j’appelle la famille braillarde tant ils manquent de respect à leurs voisins qui, en dehors de moi, ne bronchent pas ! Mais il peut aussi s’agir comme je l’ai dit plus haut de la température, je suffoque en cas de canicule, reste enfermée chez moi et calcule mes heures de sortie et même si je souffre moins du froid il faut qu’il soit sec ! Je hais l’humidité et le brouillard.

Je fume beaucoup c’est un fait mais par exemple je ne supporte pas l’odeur de la cigarette donc c’est un combat (perdu d’avance) entre moi et les odeurs de tabac……….. Dois-je parler des odeurs corporelles des gens qui puent la transpiration ce qui peut me mettre en colère (silencieuse la colère je vous rassure) à une époque où il existe une multitude de déodorants qui préviennent ces odeurs là ? Comment peut-on incommoder dans un endroit clos comme un bureau ou un commerce les autres avec de sales odeurs ? Donc bien entendu la moindre odeur bizarre chez moi me fait chercher partout ce qui cloche alors que je vis avec un homme qui ne sent rien, même pas l’odeur du gaz quand une bouteille fuit………..

Mais cette hyperesthésie peut aussi créer des situations cocasses. Il y a peu en embrassant mon mari je trouve qu’il sent l’alcool. Je ne dis rien mais bien sûr je fais ce que je sais faire de mieux : je rumine et je me prends la tête ! Et s’il s’était mis à boire lui qui traverse une période existentielle difficile ? Nous avons vécu avec un ami alcoolique que nous avons essayé, sans succès, d’aider à se sevrer et je connais bien cette odeur. Alors j’ai ruminé 2 jours avant de lui en parler le soir suivant car l’odeur était toujours sur ses lèvres. Et là mon mari éclate de rire et m’explique que le nouveau produit qu’il met dans sa cigarette électronique sent effectivement l’alcool et qu’il va l’arrêter parce que ça le dérange aussi ! Je sens donc sa cigarette et l’e-liquide qui va avec et je me rends compte qu’effectivement l’odeur vient de là !

Mais ce n’est pas tout ! Hier mon mari a travaillé en extérieur et si je ne suis pas d’un naturel jaloux, les derniers mois m’ont rendue………soupçonneuse car dans l’insécurité. Hier soir en l’embrassant (et non je ne passe pas mon temps à embrasser mon mari mais au bout de 25 ans je l’embrasse tout de même matin et soir et parfois même dans la journée lol !!!) je sens une odeur pas habituelle. Ce n’est pas l’odeur de sa peau, pas la cigarette, rassurez-vous pas un parfum féminin autre que le mien et bien sûr je me pose des questions. Qu’est-ce que cette odeur étrange et surtout inconnue que je sens sur sa peau ? Plutôt que de ruminer encore 2 jours je pose avec humour la question sur cette odeur inconnue. Et là encore il me regarde en souriant et me rappelle que je viens de lui acheter un nouveau baume après-rasage qu’il a mis pour la première fois hier……….Effectivement donc c’est une odeur que je ne connais pas (et qui ne sent pas bon en plus !)

Alors oui, j’imagine que c’est difficile parfois de vivre avec une suréfficiente qui sent tout, ressent tout, voit tout, est perméable à tous les sons, toutes les odeurs mais aussi à l’humeur ambiante, les changements d’humeur, une suréffiente qui a comme des antennes et devine, parfois sans comprendre, « ce qui cloche » ou ce que l’on voudrait garder pour soi………. Rien de plus énervant que de ne pas pouvoir garder ses humeurs pour soi et même si j’essaye de prendre sur moi et bien tout me met dans une sorte d’insécurité et je peux être tenace pour savoir ce qui ne va pas chez l’autre. Sorte de viol de ce que l’on voudrait parfois garder pour soi, j’en ai conscience même si bien souvent ça les arrange que je devine ce qu’ils ont tant de mal à exprimer (car je vis avec des taiseux) je reconnais que cela doit être éprouvant ! Dire que moi je donnerais tellement pour que les autres me devinent ainsi………

Alors cet été quand ma meilleure amie, pas vue depuis des années, est venue passer quelques jours à la maison toute cette hyperesthésie et cette faculté à sentir les humeurs des gens autour de moi ont provoqué une dispute qui dure depuis 6 mois. Elle n’a pas supporté que je reste enfermée chez moi par 35°, que je ne reste pas avec elle dehors alors que 10 ouvriers faisaient un bruit d’enfer en refaisant la maison la plus proche de chez moi, elle n’a pas supporté que je ressente son énervement vis à vis de moi et que je finisse par lui dire. J’ai essayé de lui expliquer mon hyperesthésie que je connais à présent, les différentes études qui le prouvent, j’ai essayé de lui expliquer qu’il y a des choses que je ne supporte pas et que j’arrête, à 51 ans, d’aller contre ma nature. Elle a estimé que c’était à moi de m’adapter au monde et de me fondre dans la masse, que ma suréficience n’était pas une excuse à tout et toutes mes explications ont été vaines. Pourtant elle me connait depuis 40 ans mais la découverte de ma suréfficience a tout changé entre nous. Est-ce ma faute ? Qu’ai-je fait pour insupporter certaines personnes même celles qui m’aimaient ? Il est vrai que son attitude intolérante et son caractère ont joué leur rôle mais à ce moment là j’ai compris pourquoi tant de gens m’avaient rejetée, que j’étais différente et sans doute insupportables pour beaucoup………. Et pourtant je prends tellement sur moi tout le temps ! Je pense aussi que la découverte de ma suréfficience a, en quelques sortes, lâcher les chevaux et m’a donné une légitimité dans ce que j’étais que je n’assumais pas avant.

Alors oui, je peux le dire, être suréfficiente n’a pas que des avantages et pour l’heure j’essaye de trouver ce qui pourrait en faire une force !

Mes héroïnes (suréfficientes)

Anne with a E
Lila de l’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

En ce premier jour de l’année, toujours pas de visiteurs sur mon nouveau blog mais ce n’est pas grave, toujours envie d’écrire et de m’exprimer.

J’ai envie, si vous passez par là, de vous parler de mes héroïnes récentes, celles en qui je me reconnais totalement ou celles que j’aurais pu être si on m’avait permis d’être totalement moi et si je n’avais pas si souvent entendu « chut, tu perturbes tes petites camarades » ou « arrête de faire ton intéressante » ou encore « mais pour qui tu te prends ? ».

Cet été, ma fille de 23 ans abonnée à Netflix comme beaucoup de gens, me dit qu’elle a découvert une série où la petite fille non seulement s’appelle comme moi mais s’invente un monde qui aurait été le mien si seulement on m’avait laissée être qui je suis vraiment. Je lui demande donc de me montrer les premiers épisodes de cette série et là c’est un vrai choc. Tout d’abord comment ma propre fille, qui même si c’est une des personnes qui me connait le mieux au monde et est mon miroir, peut-elle savoir autant de choses sur mon moi profond ? L’histoire d’Anne fait partie des classiques de la littérature jeunesse du début du siècle dernier au Canada. C’est une petite orpheline adoptée à l’âge de 10 ans par un couple de frère et sœur vivant dans la campagne. Anne est bavarde, imaginative au delà du possible, vit dans un monde imaginaire et féerique, lit beaucoup et emploie de grands mots avec emphase, ne connait pas les codes sociaux et se fait un peu détester par les autres enfants à qui elle ne ressemble pas. Anne dit ce qu’elle pense, elle est brute et sincère et terriblement irrévérencieuse. Sa vie doit être une aventure permanente comme dans un roman. Elle est libre et rêve d’une vie qui ne serait pas celle de toutes les filles de son milieu et de son époque. Anne c’est moi ou beaucoup de moi. Irrévérencieuse, fidèle, loyale, ne connaissant pas le mensonge et rêvant d’une vie pleine de fantaisie et non-conformiste.

Et puis il y a Lila. Lila c’est encore autre chose. « L’amie prodigieuse » a été lue par 10 millions de lecteurs dans le monde, c’est un best-seller mondial et moi qui suis une très grande dévoreuse de livres j’ai lu, pour la première fois de ma vie, les 4 tomes de cette saga 3 fois de suite. L’écriture d’Elena Ferrante est profonde, analytique, recherchée, littéraire. Cette histoire d’amitié entre deux petites filles devenues femmes dans les années 50 de Naples m’a totalement fascinée. On parle peu des rapports féminins, des histoires d’amitié, surtout une amitié comme celle-là qui tire chacune vers le meilleure de ce qu’elles sont et de l’émulation qui existe entre deux amies telles que Lila et Lenu. Si c’est le personnage d’Elena dit Lenu qui raconte c’est Raphaela dit Lila qui devient le personnage central, l’amie prodigieuse. Lila c’est moi. Lila c’est une surdouée,une vraie, une qui sait lire avant même l’école (ce qui ne fut pas mon cas je le reconnais), qui apprend tout plus vite que les autres, qui passe d’une activité à l’autre car tout la lasse mais Lila c’est aussi une violence contenue, une violence contre les hommes, l’ordre établi, les conventions, la hiérarchie, l’autorité. Lila c’est la liberté absolue, c’est aussi celle que personne ne comprend. Lila me ressemble car elle suscite des réactions violentes chez les autres, elle les pousse à bout diraient mon mari et ma fille, alors que je dirais moi qu’elle ne se soumet pas et dit simplement aux gens ce qui est, ce qu’ils sont. Lila ne triche pas, ne ment pas, Lila est Lila et ce n’est pas simple car elle ne sera jamais véritablement heureuse car elle ne fait aucune concessions.

Aujourd’hui il y a l’adaptation de la première saison de « l’amie prodigieuse » et je tremblais de savoir si l’adaptation serait fidèle au roman que j’a adoré. Et c’est une vraie réussite. Les actrices enfants ou jeunes femmes sont fabuleuses, Lila est fascinante, les décors sont extrêmement réalistes, la lumière et les couleurs superbes. Et en regardant la série je découvre encore des choses sur elle, sur moi. Les miens confirment que Lila leur fait terriblement penser à moi dans une autre époque et un autre milieu mais tout ceci me perturbe. Jamais je n’avais eu d’héroïnes me ressemblant à ce point, Anne et Lila se ressemblent sans se ressembler, elles sont intelligentes, mal comprises, irrévérencieuses, contre l’ordre établi, violentes parfois, à contre-courant des autres enfants ou des autres jeunes femmes.

Ce sont elles qui parfois m’aident à tenir moi pour qui les livres sont une grande partie de ma vie, une très très grande partie de ma vie…………. Mes héroïnes, mes doubles, mes moi libres et assumées.