Mes héroïnes (suréfficientes)

Anne with a E
Lila de l’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

En ce premier jour de l’année, toujours pas de visiteurs sur mon nouveau blog mais ce n’est pas grave, toujours envie d’écrire et de m’exprimer.

J’ai envie, si vous passez par là, de vous parler de mes héroïnes récentes, celles en qui je me reconnais totalement ou celles que j’aurais pu être si on m’avait permis d’être totalement moi et si je n’avais pas si souvent entendu « chut, tu perturbes tes petites camarades » ou « arrête de faire ton intéressante » ou encore « mais pour qui tu te prends ? ».

Cet été, ma fille de 23 ans abonnée à Netflix comme beaucoup de gens, me dit qu’elle a découvert une série où la petite fille non seulement s’appelle comme moi mais s’invente un monde qui aurait été le mien si seulement on m’avait laissée être qui je suis vraiment. Je lui demande donc de me montrer les premiers épisodes de cette série et là c’est un vrai choc. Tout d’abord comment ma propre fille, qui même si c’est une des personnes qui me connait le mieux au monde et est mon miroir, peut-elle savoir autant de choses sur mon moi profond ? L’histoire d’Anne fait partie des classiques de la littérature jeunesse du début du siècle dernier au Canada. C’est une petite orpheline adoptée à l’âge de 10 ans par un couple de frère et sœur vivant dans la campagne. Anne est bavarde, imaginative au delà du possible, vit dans un monde imaginaire et féerique, lit beaucoup et emploie de grands mots avec emphase, ne connait pas les codes sociaux et se fait un peu détester par les autres enfants à qui elle ne ressemble pas. Anne dit ce qu’elle pense, elle est brute et sincère et terriblement irrévérencieuse. Sa vie doit être une aventure permanente comme dans un roman. Elle est libre et rêve d’une vie qui ne serait pas celle de toutes les filles de son milieu et de son époque. Anne c’est moi ou beaucoup de moi. Irrévérencieuse, fidèle, loyale, ne connaissant pas le mensonge et rêvant d’une vie pleine de fantaisie et non-conformiste.

Et puis il y a Lila. Lila c’est encore autre chose. « L’amie prodigieuse » a été lue par 10 millions de lecteurs dans le monde, c’est un best-seller mondial et moi qui suis une très grande dévoreuse de livres j’ai lu, pour la première fois de ma vie, les 4 tomes de cette saga 3 fois de suite. L’écriture d’Elena Ferrante est profonde, analytique, recherchée, littéraire. Cette histoire d’amitié entre deux petites filles devenues femmes dans les années 50 de Naples m’a totalement fascinée. On parle peu des rapports féminins, des histoires d’amitié, surtout une amitié comme celle-là qui tire chacune vers le meilleure de ce qu’elles sont et de l’émulation qui existe entre deux amies telles que Lila et Lenu. Si c’est le personnage d’Elena dit Lenu qui raconte c’est Raphaela dit Lila qui devient le personnage central, l’amie prodigieuse. Lila c’est moi. Lila c’est une surdouée,une vraie, une qui sait lire avant même l’école (ce qui ne fut pas mon cas je le reconnais), qui apprend tout plus vite que les autres, qui passe d’une activité à l’autre car tout la lasse mais Lila c’est aussi une violence contenue, une violence contre les hommes, l’ordre établi, les conventions, la hiérarchie, l’autorité. Lila c’est la liberté absolue, c’est aussi celle que personne ne comprend. Lila me ressemble car elle suscite des réactions violentes chez les autres, elle les pousse à bout diraient mon mari et ma fille, alors que je dirais moi qu’elle ne se soumet pas et dit simplement aux gens ce qui est, ce qu’ils sont. Lila ne triche pas, ne ment pas, Lila est Lila et ce n’est pas simple car elle ne sera jamais véritablement heureuse car elle ne fait aucune concessions.

Aujourd’hui il y a l’adaptation de la première saison de « l’amie prodigieuse » et je tremblais de savoir si l’adaptation serait fidèle au roman que j’a adoré. Et c’est une vraie réussite. Les actrices enfants ou jeunes femmes sont fabuleuses, Lila est fascinante, les décors sont extrêmement réalistes, la lumière et les couleurs superbes. Et en regardant la série je découvre encore des choses sur elle, sur moi. Les miens confirment que Lila leur fait terriblement penser à moi dans une autre époque et un autre milieu mais tout ceci me perturbe. Jamais je n’avais eu d’héroïnes me ressemblant à ce point, Anne et Lila se ressemblent sans se ressembler, elles sont intelligentes, mal comprises, irrévérencieuses, contre l’ordre établi, violentes parfois, à contre-courant des autres enfants ou des autres jeunes femmes.

Ce sont elles qui parfois m’aident à tenir moi pour qui les livres sont une grande partie de ma vie, une très très grande partie de ma vie…………. Mes héroïnes, mes doubles, mes moi libres et assumées.