Voir et ressentir avant les autres

Ce qui peut m’épuiser et surtout être épuisant pour ceux qui m’entourent c’est ma faculté à voir et à comprendre des choses que les autres vont mettre des semaines, des mois voire des années à comprendre par eux-mêmes ! La seule que ça arrange est ma fille qui avance du coup plus vite que les autres ………….

Par exemple cela fait 25 ans que je vois la façon dont ma belle-famille traite mon mari, dont il s’écrase devant eux, je crois même que quand je l’ai rencontré j’ai vu immédiatement (sans le comprendre à l’époque) le petit garçon qu’il avait été à l’époque. Aujourd’hui il a entamé une thérapie pour comprendre « ce qui clochait » chez lui, pour comprendre son mal-être et régler ses problèmes. Bien sûr entre temps nous avons appris qu’il avait des problèmes de santé (cancer ou pas, il faut attendre la biopsie) mais il s’en doutait, il le ressentait et en plus de la cinquantaine et du bilan du milieu de la vie il a besoin de faire un point sur lui-même.

Comme je suis aussi une thérapie il a choisi ma thérapeute en qui il a confiance lui qui ne fait pas confiance aux psys en général vu qu’ils m’ont baladée durant des années. Ce n’est sans doute pas déontologique mais pour l’instant la psy, lui et moi faisons avec et ça marche plutôt bien. Disons que d’avoir une patiente surdouée comme moi (sa spécialité) l’aide à mieux comprendre mon mari qui est un homme complexe et plutôt taiseux. Elle me dit souvent que je le connais mieux que n’importe qui au monde et surtout mieux qu’il ne se connait lui même. Nous évitons bien sûr de parler de sa propre thérapie, je parle de mon mari pas de son patient mais par la force des choses parfois les choses se rejoignent.

Il y a peu de temps j’ai appris que lors du divorce de mes beaux-parents seul mon mari parmi les 3 enfants avaient eu à donner son avis sur le parent avec lequel il voulait rester. Et il a choisi sa mère. Cela a créé une guerre qui a duré des années. Et même à 50 ans mon mari pense qu’il aurait du se taire à ce moment là, ce qu’il fait depuis donc 45 ans, ne pas dire ce que l’on ressent et ce que l’on pense et que cet épisode a lissé sa personnalité et fait de lui quelqu’un qu’il n’est peut-être pas du tout. Il se demande donc qui il est et ce qu’il serait devenu si à ce moment là il avait donné une autre réponse ou pas de réponse du tout ! Mais ça ne s’arrête pas là car bien sûr il pense que sa vie aurait différente etc. Quand je lui dis que moi qui l’aime depuis 25 ans je sais qui il est que je l’ai vu dans les pires situations, dans les meilleures, que j’ai cette faculté de deviner ce qui se cache derrière les masques il me répond simplement que c’est sans doute vrai mais que j’ai été capable d’être amie avec des manipulateurs donc que je suis capable d’aimer quelqu’un comme lui (mauvais veut-il dire !). Si cela n’était pas marrant ça serait très vexant pour moi. Il croit vraiment que s’il avait pu être lui même il serait quelqu’un de très différent et forcément de mauvais ! Ça me fait hurler, je connais mon mari mieux que personne, je sais quel homme bon, sensible et gentil il est, comment peut-il en douter ?

Mais le souci est encore plus profond quand je lui explique qu’il n’a été qu’un prétexte à la guerre que se sont livrés ses parents et que si ça n’avait pas été lui ça aurait été le fauteuil du salon ! Que la mauvaise personne ce n’est pas le petit garçon innocent qu’il était et qui s’est exprimé mais ses parents qui se sont servis de lui ! Il n’arrive jamais à dire du mal de ses parents, il s’éloigne d’eux, n’en voit plus certains ou peu mais il ne peut pas dire du mal d’eux. Et pourtant depuis 25 ans eux m’en ont dit du mal de lui dans les pires moments ! Jamais un encouragement, jamais un compliment,la critique facile ! Ça me rend malade ! Moi je suis capable de voir la situation dans sa globalité, de voir le petit garçon malheureux qu’il a été, l’homme courageux et formidable qu’il est devenu mais pas eux et pas lui ! Et quand ils m’ont fait du mal (et ils m’en ont fait hypocritement, pas de plein fouet) mon mari n’a pas pu s’empêcher de les défendre……….

Il m’avoue aujourd’hui qu’il a peur de découvrir qui il serait devenu s’il avait fait un autre choix à 5 ans, s’il n’avait pas gommé tant de choses en lui. Et moi j’ai peur que tout ça se retourne contre moi, moi qui doute tant de moi, qui aies si peu confiance en moi. Pourtant lui me pousse à travailler sur mon enfance (on a des problèmes similaires d’affirmation de soi face à nos parents), il me pousse, me donne raison, me pousse à être moi face à eux et lui n’arrive pas à faire ce même travail……………

Je crois que les mois qui arrivent seront compliqués entre la maladie, la biopsie, l’éventuelle opération, mon travail sur ma peur de rester à la maison sans lui, sur mon syndrome de l’abandon très important, sur mes attaques de panique surtout si je dois affronter l’opération, la clinique etc son besoin d’évoluer professionnellement en faisant quelques voyages (et donc mes attaques de panique qui vont en découler) et sa thérapie et la peur qu’il a de ce qu’il va découvrir de lui-même !

Serais-je assez forte pour surmonter cette année qui s’annonce ? Sans doute que oui, comme d’habitude mais je suis déjà si fatiguée………….

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