Se disputer avec un(e) surdoué(e)

Je ne suis pas une spécialiste, je ne sais pas si tous les surdoués, HP, zèbres, suréfficients, fonctionnent comme moi lors des disputes mais je vas vous parler d’un mode de fonctionnement qui me fait terriblement souffrir et dont je peux avoir honte.

Depuis que je suis enfant les disputes fortes avec ma famille et à présent avec mon mari et plus rarement avec ma fille se passent toujours de la même façon et je n’arrive pas à sortir de ce cycle infernal.

J’ai été frappée par une phrase d’une de mes héroïnes préférées, Lila de l’amie prodigieuse, qui provoque toujours autours d’elle les pires réactions des gens qui l’aiment ou pas. Et elle demande à sa meilleure amie si elle est une personne mauvaise et pourquoi elle fait ressortir chez les autres le pire de ce qu’ils ont en eux. En regardant cette scène lors de son passage télé, mon mari et ma fille se sont écriés : « mais c’est normal elle les pousse à bout ! ». Et cela m’a fait très mal car je fais exactement la même chose depuis toujours. Lors d’un conflit ou d’une dispute je pousse les gens à bout, je les pousse tellement que certains ne pensent qu’à me faire taire, perdent leur sang-froid et parfois arrivent à me bousculer ou font preuve d’une relative pour violence pour que j’arrête et je n’arrive pas à m’arrêter et devient à mon tour violente………….

En fait quand lors d’une dispute je constate des mots injustes, blessants et que je constate que la personne n’arrive pas à comprendre ce que je veux dire ou comprendre, que mon sens de l’analyse, mes constatations presque toujours exactes sur la situation ou les choses sont rejetées, au lieu de laisser la dispute et de partir, je pousse, j’argumente, j’explique, j’analyse et je mets les gens face à leurs incohérences et leurs égarements. Entendons-nous bien quand j’ai tort j’ai tort, j’accepte et je me tais, je sais me remettre en question et accepter mes torts, je réfléchis et j’essaye de modifier ce que l’on me reproche. Mais quand je sais que j’ai raison, que la personne en face de moi s’égare sur le mauvais chemin et que mes arguments pour lui faire comprendre en quoi il peut se tromper et avoir tort ça rend la personne hystérique et tout le monde en arrive à le devenir, moi y compris. Et je me rends bien compte que je ne sais pas m’arrêter. Je ne sais pas laisser pourrir une situation sans aller au bout des choses, au bout des explications, au bout des émotions. Je ne sais pas partir et attendre que tout se calme parce que si ce comportement est valable pour la plupart des gens, il n’en est pas de même pour moi. Si je me mets de côté pour soi-disant calmer les choses c’est le contraire qui se produit pour moi. Si je n’arrive pas à exprimer ce que je pense, ce que je ressens ou si je ne peux expliquer je rumine et ma colère se nourrit d’elle-même………..et j’explose encore plus fort quelques temps après.

Cette semaine il y a eu une forte dispute avec mon mari qui va très mal moralement depuis l’annonce de son cancer. J’essaye depuis des semaines d’être positive, de le tirer vers le haut, de voir un peu de lumière dans tout ce négatif, j’écoute, je console, je réconforte mais quand je vois que volontairement il s’enfonce dans la dépression, devient agressif avec le corps médical et avec moi et bien j’explose. J’explose en essayant de positiver, de lui montrer la lumière, je lui dit que je ne veux pas couler avec lui mais que je voudrais qu’il remonte à la surface avec moi et quand je vois qu’il me rejette, me repousse, s’énerve après moi, au lieu de le laisser sur le côté se noyer seul j’essaye de discuter, d’expliquer, d’analyser et ça a provoqué une terrible dispute avec violence de part et d’autre……….. Je sais qu’en plus j’ai peur de l’abandon, j’ai peur quand il dit qu’il va partir réfléchir, qu’il n’en peut plus, j’ai peur qu’il se plante en voiture quand il est dans cet état là, j’ai peur qu’il fasse une connerie alors que chez les gens normaux il suffirait de le laisser partir pour le laisser réfléchir mais je ne peux pas. Au final les disputes durent des heures mais se finissent toujours pareil : à force de parler, d’expliquer, d’analyser la situation j’arrive à calmer les choses et enfin il se met à parler, à expliquer, à sortir ses émotions. Mais je ressors de tout ceci vidée, comme brûlée de l’intérieur et toute ma vie, mon enfance, mes bagarres avec mon père, mon frère, remontent à ma mémoire. Je ne veux qu’aider, consoler, réconforter alors pourquoi les choses en arrivent à ce point là ? Pourquoi, comme Lila, je pousse les gens à bout ?

Hier j’ai parlé de tout ceci avec ma psy tant j’ai honte de moi, de ce que je provoque, de ce que je n’arrive pas à maitriser, tant je voudrais être quelqu’un de calme, posée, zen. J’ai aussi ce sentiment d’injustice : pourquoi la gentille petite fille puis adolescente puis adulte que je suis peut provoquer tant de cris et de violence et finit parfois par se faire taper dessus par les siens ? Pourquoi suis-je mauvaise moi aussi ? Pourquoi suis-je si extrême ? Elle a pris le temps de m’expliquer que mon hypersensibilité me mettait dans un tel état de souffrance, de désespérance que j’en arrivais à des réactions extrêmes. Elle me disait aussi que mes pensées étaient tellement plus rapides que les gens qui m’entourent et que je voyais les situations sous un angle plus clair et plus exact ce que les autres en face de moi ne pouvaient pas voir à ce moment là, qu’ils n’avaient pas mes facultés à deviner, que mon don de lire dans leurs têtes et leurs coeurs mieux qu’eux mêmes pouvaient être perçu comme un viol et qu’ils ne le supportaient pas. Elle m’a aussi dit que je n’étais pas un monstre mais une surdouée qui était différente des autres, qui ne réfléchissait et ne fonctionnait pas comme les autres, que je devais accepter ma différence, comprendre que je réfléchissais plus vite et qu’une fois l’acceptation faite de tout ce mode de fonctionnement je pourrais travailler à laisser les autres aller à leur rythme et à ne plus vouloir leur imposer mon rythme à moi.

Il est difficile d’avouer tout ceci, un blog est plus facile, mais je sais que je serai jugée et sans doute mal jugée mais j’ai besoin de parler de cette spécificité et surtout si vous passez par ici et que vous êtes aussi surdouée, HP, zèbre, partagez avec moi votre propre expérience……………

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3 commentaires sur “Se disputer avec un(e) surdoué(e)

  1. Bonjour Anne, je viens de lire ton article. En effet je reconnais mon type de fonctionnement d’avant. J’étais tout à fait ainsi. A un moment je me suis dit de ne plus me mêler des affaires des autres parce que je perdais du temps et que cela me faisait mal au coeur ensuite. Je comprends, c’est ton mari. Essaie juste d’être présente à ses côtés et juste de l’écouter sans jouer un rôle de thérapeute, de conseiller, de coach. On a tendance à raisonner avec la tête plutôt qu’avec le coeur. Ça devrait détendre l’atmosphère. Quoi que tu penses et veuilles, c’est sa vie. Peut être qu’ensuite il viendra vers toi te demander. J’ai appris à ne plus m’occuper des affaires des autres même si ça me démange parfois. Il arrive souvent que les gens se débrouillent seuls. Et si ça ne fonctionne pas c’est ainsi.
    Je ne dis plus vraiment ma vérité car je m’aperçois qu’il existe tellement de différentes façons de faire.
    Bonne soirée.
    Raphael

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