Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.

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