Les souvenirs de l’enfance

En cette période difficile, à J-10 de l’opération de mon mari et donc de cette hospitalisation qui va nous séparer et des suites opératoires qui nous terrifient, les attaques de panique reviennent en flèche dans ma vie. Alors je sais qu’il faut, en parallèle de tout le reste, que je recommence à travailler sur le pourquoi de ces attaques qui me laissent KO. Après des années de thérapies classiques où l’on m’a fait croire que c’était de l’agoraphobie, je sais donc que ce n’est pas ça, que le fait de rester seule de plus en plus ne m’habitue à rien et ne fait pas diminuer ma peur par habitude, je sais aujourd’hui que je souffre d’un très fort sentiment d’abandon à origines multiples. J’en connais certaines mais je continue à chercher les autres.

J’ai ce que l’on pourrait appeler des souvenirs sur papier glacé, c’est à dire des souvenirs sans émotions et sans ressentis et avec la psychologue que je suis à présent je sais que je dois arriver à faire sortir les émotions que j’ai enfouies pour les exprimer et les régler. Je l’ai fait pour certains gros événements de mon enfance, la mort de mon frère, l’indifférence voire la froideur de ma mère avant et après cette mort, les absences professionnelles et amoureuses de mon père, l’histoire familiale plus ancienne (je suis une petite fille de la Shoah) et l’attitude de ma mère vis à vis du fait que je n’étais qu’une fille………. Oui mais voilà ça ne suffit pas je le sens bien.

Il y a quelque temps, j’en ai parlé ici, j’ai revécu un souvenir sur papier glacé où je me réveillais de la sieste avec mon petit frère, où la maison était déserte et où je pensais sincèrement du haut de mes 4 ans que maman nous avait abandonné. Mais il y a un autre souvenir qui me revient régulièrement, toujours sans émotions, toujours comme une image sur papier glacé : le jour où mon père m’a annoncé que maman avait fait une fausse-couche et qu’elle était en clinique. Hier durant une séance d’auto-hypnose, j’ai revécu cette scène et je me suis retrouvée terrifiée. Je pensais encore une fois que maman (ou le bébé mort ?) m’avait abandonnée et que j’étais seule au monde. La scène se passait ainsi, j’étais dans la cour chez la voisine d’en face à la sortie de l’école et papa s’agenouillait devant moi en pleurant pour me dire que maman avait perdu le bébé et qu’il devait partir la rejoindre et qu’ils rentreraient le lendemain et qu’en attendant je devait aller chez des amis. J’ai ressenti ce même vide abyssal que quand j’ai une attaque de panique aujourd’hui, quand mon mari part pour le travail surtout entre midi et deux heures où les pharmacies sont fermées, cette même peur, cette même terreur de l’abandon, d’être livrée à moi-même, d’être abandonnée. Et vient s’ajouter depuis quelques mois une autre peur celle que mon mari me mente et ne parte ailleurs. Mais ceci fera l’objet d’un autre article.

Quand j’ai téléphoné à mon père à la suite de cette séance pour avoir plus de précisions sur ce jour-là parce que maman ne se souvient jamais de rien, j’ai eu une grosse surprise. La scène ne s’est absolument pas passée comme ça ! Je n’étais pas chez la voisine d’en face mais chez nos amis, avec mon frère qui n’apparaît absolument pas dans mon souvenir, attablés tous les deux pour le goûter quand papa est arrivé. Effectivement il s’est agenouillé devant nous en larmes, nous pleurions tous les trois, il nous a bien expliqué que maman avait perdu le bébé mais il nous a ramené à la maison et est resté avec nous la soirée et la nuit avant de nous ramener chez nos amis et de partir chercher maman en clinique…………. Bien sûr quand je lui ai parlé du sentiment d’abandon de ce moment là il s’est énervé en me disant que je n’avais pas du tout été abandonnée puisqu’il avait passé la soirée et la nuit avec nous. Alors je me suis posée mille questions : qu’est-ce qui compte le plus, les souvenirs que l’on a fabriqué ou la vérité des faits ? Pourquoi ai-je eu à ce moment là la terrible impression que maman nous abandonnait ? Quel rapport avec mes peurs de certaines heures qui n’ont rien à voir avec celles décrites dans cette scène ?

Je me suis souvenue d’un récit de Boris Cyrulnik sur son évasion pendant son arrestation. Toute sa vie il a cru qu’il ne devait sa survie qu’au fait de s’être cachée dans une ambulance sous le corps d’une morte et il a appris des années et des années après que cette femme n’était absolument pas morte mais blessée……….Alors j’ai cherché et tous les psys disent que ce qui compte c’est le souvenir fabriqué, le ressenti de ce souvenir, peu importe la réalité en fait. Ce qui reste au final est cette émotion, ce ressenti. Peut-être ai-je tout de même besoin de la véracité des faits pour remettre les choses à leur place et me rendre compte que je n’ai jamais été abandonnée, je dois voir ça avec la psy sans doute.

Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi malgré tout le travail que je fournis sur moi-même je n’arrive pas à me débarrasser de cette impression d’abandon que je revis en ce moment avec mon mari et sa maladie. Je n’ai plus 5 ans, j’ai 51 ans, je suis capable de comprendre les choses passées et présentes, je suis capable de prendre soin de moi etc alors pourquoi malgré la méditation, l’auto-hypnose etc je n’arrive pas (encore) à en sortir ? En quoi ma surdouance influe-t-elle sur tout ceci ? Hypersensible je sais bien, un peu dépressive par moment je sais aussi mais pourquoi avec ce cerveau là je n’arrive pas à régler ma problématique ? Un jour, un psy m’a dit : « ha si seulement vous étiez plus bête vous vous en seriez déjà sortie ! ». Cette phrase m’a hantée des années jusqu’à ce que j’apprenne pour mon côté zèbre. Aujourd’hui la psychologue me dit que je serai toujours angoissée mais que j’apprendrais à gérer mes attaques de panique surtout en comprenant d’où elles venaient.

Je suis fatiguée de gérer la maladie de mon mari, sa peur extrême, notre incertitude quant à la suite post-opératoire, la séparation aussi quand il sera en clinique même si mon meilleur ami sera là « presque » jusqu’au bout, et le presque est si important pour ma peur…………. Ce souvenir revenu va-t-il faire avancer les choses ? Pourquoi ai-je l’impression d’être anormale sans cesse et surtout de ne pas être capable de passer au-dessus de ces peurs d’enfant ?

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