Faire le point

Ce matin j’ai envie, besoin, de faire le point sur moi, sur ma vie, comme je le fais très (trop ?) souvent.

Il s’est passé tant de choses en quelques mois que je ressors lessivée, épuisée et perturbée même si c’est plutôt un état normal chez moi ! Mon mari est rentré lundi dernier de la clinique après un week-end mouvementé pour lui où je l’ai vu très mal et dont les images ne sont pas prêtes de sortir de mon esprit. Nous avons donc été le chercher quelques heures après le départ de mon meilleur ami, ce qui fait que je ne suis pas restée seule sans cette fameuse « protection » dont je n’arrive pas encore à me passer même si je peux rester avec ma fille mais elle reste ma fille et pas le contraire ! ! Je n’ai jamais supporté de voir les gens souffrir ou être mal mais c’est encore bien pire quand il s’agit de quelqu’un que j’aime et encore pire quand il s’agit de mon mari que je n’avais jamais vu dans un état de faiblesse et de souffrance physique. Ce fut très difficile.

Son retour fut angoissant mais nous étions tellement heureuses de récupérer notre père et mari même s’il avait une sonde avec poche à pipi au bout, 36 points de sutures et toutes les suites post-opératoires qui le faisaient souffrir. J’avais préparé la maison, le salon qui devient sa chambre pour quelques semaines parce qu’il ne peut pas encore réintégrer le lit conjugal, il dort mal, il a mal et il a besoin de son espace pour se remettre et qu’il ne veut pas m’empêcher de dormir moi qui dort déjà si mal ! Et puis il fallait gérer aussi le chien qui, même s’il est adorable, est encore un peu foufou et saute sur les gens avec ses 27 kg ! Et là étonnement général puisque le chien fait preuve d’une douceur particulière avec son maître et a totalement changé ses attitudes. Il n’est plus un jeune chien de 2 ans mais un chien gardien qui veille sur son maître et le surveille. C’est très émouvant à voir, ce chien est exceptionnel, je m’en doutais mais j’en ai désormais la preuve ! Mon mari a passé les premiers jours assez douloureusement avec cette foutue sonde. A également commencé le défilé du médecin généraliste, des infirmières qui viennent tous les jours etc. Et puis il faut l’aider sans être envahissante ni trop maternelle, veiller à tout comme je le fais depuis toujours mais puissante 10 puisqu’il y a tout de même une surveillance accrue, il faut également veiller aux repas car mon mari a trop maigri ses derniers mois et qu’il doit reprendre du poids, mais il faut aussi s’occuper de maman de 85 ans, de la maison qui est grande et j’en passe. Encore une fois ma fille m’aide beaucoup mais elle est épuisée elle aussi.

Avant hier nous avons amené mon mari passer un examen post-opératoire à la clinique pour voir l’état de la cicatrice sur la vessie, un moment encore difficile pour lui à passer et angoissant pour nous. L’après-midi (et oui difficile d’avoir 2 rdv qui se succèdent) nous sommes retournés à la clinique voir le remplaçant de l’urologue. Là encore petite contrariété pour la surdouée que je suis : j’ai croisé sur le parking une des secrétaires avec qui je m’entends très bien et avec qui je prends de vrais fous-rires quand tout va mal et qui en plus était dans le même lycée que ma fille et là elle a fait preuve d’une vraie froideur pour ne pas dire qu’elle a été désagréable. J’ai été totalement déstabilisée par son comportement qui, bien entendu, m’a fait me remettre en question. Qu’ai-je fait de mal ?

J’ai laissé mon mari voir l’urologue seul puisqu’il était question de retirer la sonde et que je n’avais donc pas ma place lors d’un acte médical. Effectivement la sonde a été retirée parce que la cicatrisation se fait bien même si pour l’instant l’envie d’uriner ne se maîtrise pas et que mon mari doit porter des protections urinaires durant quelques temps mais le plus important n’est pas vraiment là (enfin si pour lui c’est très humiliant) parce que les résultats d’analyse de l’opération étaient déjà arrivés et que mon mari n’a plus aucune cellules cancéreuses dans le corps ! Donc exit la radiothérapie et le risque de récidive ! J’en ai pleuré de joie même si je sais qu’il faudra du temps pour régler le problème urinaire et encore plus les problèmes sexuels………….

Mais je me rends compte qu’une fois de plus je raconte les choses telles qu’elles se sont passées et je ne parle pas vraiment de moi. Alors je vais me poser la question : comment vais-je vraiment ? Épuisée je l’ai déjà dit, les infirmières à domicile qui ne me connaissaient pas s’inquiète de mon état de fatigue mais comment faire autrement ? Je me couche très tôt mais je me réveille entre 4 et 5 h du matin et les journées sont longues ensuite. Moralement je ne saurai que dire. Tout ceci a été très très perturbant et il faudra du temps pour que tout le monde se remette. Je suis heureuse que mon mari soit auprès de moi à la maison mais là encore il y a un risque pour moi qui souffre du syndrome de l’abandon : comment vais-je réagir quand il sera en état de ressortir seul, de vouloir aller travailler et quand il reprendra une vie normale ? J’ai eu si peur de le perdre durant cette intervention, vais-je réussir à surmonter ma peur une fois encore ? Et puis il y a cette histoire avec ma belle-mère qui m’a fait comprendre que beaucoup de gens avaient une idée fausse sur notre couple et une très mauvaise image de moi simplement. Mon mari a fini par dire à sa mère ce qu’il avait à lui dire à ce sujet, lui qui a tant de mal à exprimer ses sentiments et ses émotions, elle l’a mal pris mais je sais désormais ce qu’elle pense de moi et de la vie terrible que son fils mène à mes côtés et désolée mais je n’arrive pas encore à m’en foutre ! Je dois travailler sur le regard des autres et sur ce que je vaux sans me laisser démonter tout le temps………. Je sais qu’au niveau santé les choses vont aller de mieux en mieux pour mon mari, psychologiquement je l’espère vraiment, j’espère que cette année cauchemardesque tant au niveau moral que physique est derrière nous mais j’ai peur, peur de ses réactions qui ont été si étranges ces derniers mois même si je reste convaincue que c’est le cancer qui le faisait agir comme ça.

Je regardais une émission cette semaine où un homme disait : « pourquoi les femmes ont-elles toujours besoin qu’on leur parle de nos sentiments, on est là près d’elle ça prouve tout non ? » Ben non monsieur, les femmes, moi en particulier ont besoin d’entendre des mots d’amour, d’être rassurée peut-être trop souvent pour ma part mais oui, à 51 ans, je me sens vieille, moche, dépassée, effrayée et j’ai besoin d’être rassurée par un mari qui ne sait pas faire ce genre de choses……… Il dit aussi qu’il est là, qu’il me le prouve et que ça suffit. Oui, sans doute mais qu’en sera-t-il s’il ne retrouve pas ses capacités sexuelles ? Allons-nous nous éloigner ? Comment va-t-il réagir ? Je sais aussi qu’il va falloir que je m’occupe de moi, de mes désirs, de mes plaisirs mais je ne sais même ce qu’ils sont mis à part mes livres et tout ce qui m’intéresse et qui n’intéresse que moi……. Et puis j’ai peur de veillir, j’ai peur de la maladie, j’ai peur des hôpitaux, j’ai peur de la mort, j’ai perdu l’insouciance que l’on a à 20 ans !

Je voulais faire un point, je ne pensais pas qu’il serait si long et je ne sais même pas si je me sens mieux. J’ai toujours au fond de moi ce sentiment de solitude, de peur, de fatigue, il va falloir que je m’attaque à tout cela et que je puise au fond de moi encore un peu de force ………..

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