Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.

Se disputer avec un(e) surdoué(e)

Je ne suis pas une spécialiste, je ne sais pas si tous les surdoués, HP, zèbres, suréfficients, fonctionnent comme moi lors des disputes mais je vas vous parler d’un mode de fonctionnement qui me fait terriblement souffrir et dont je peux avoir honte.

Depuis que je suis enfant les disputes fortes avec ma famille et à présent avec mon mari et plus rarement avec ma fille se passent toujours de la même façon et je n’arrive pas à sortir de ce cycle infernal.

J’ai été frappée par une phrase d’une de mes héroïnes préférées, Lila de l’amie prodigieuse, qui provoque toujours autours d’elle les pires réactions des gens qui l’aiment ou pas. Et elle demande à sa meilleure amie si elle est une personne mauvaise et pourquoi elle fait ressortir chez les autres le pire de ce qu’ils ont en eux. En regardant cette scène lors de son passage télé, mon mari et ma fille se sont écriés : « mais c’est normal elle les pousse à bout ! ». Et cela m’a fait très mal car je fais exactement la même chose depuis toujours. Lors d’un conflit ou d’une dispute je pousse les gens à bout, je les pousse tellement que certains ne pensent qu’à me faire taire, perdent leur sang-froid et parfois arrivent à me bousculer ou font preuve d’une relative pour violence pour que j’arrête et je n’arrive pas à m’arrêter et devient à mon tour violente………….

En fait quand lors d’une dispute je constate des mots injustes, blessants et que je constate que la personne n’arrive pas à comprendre ce que je veux dire ou comprendre, que mon sens de l’analyse, mes constatations presque toujours exactes sur la situation ou les choses sont rejetées, au lieu de laisser la dispute et de partir, je pousse, j’argumente, j’explique, j’analyse et je mets les gens face à leurs incohérences et leurs égarements. Entendons-nous bien quand j’ai tort j’ai tort, j’accepte et je me tais, je sais me remettre en question et accepter mes torts, je réfléchis et j’essaye de modifier ce que l’on me reproche. Mais quand je sais que j’ai raison, que la personne en face de moi s’égare sur le mauvais chemin et que mes arguments pour lui faire comprendre en quoi il peut se tromper et avoir tort ça rend la personne hystérique et tout le monde en arrive à le devenir, moi y compris. Et je me rends bien compte que je ne sais pas m’arrêter. Je ne sais pas laisser pourrir une situation sans aller au bout des choses, au bout des explications, au bout des émotions. Je ne sais pas partir et attendre que tout se calme parce que si ce comportement est valable pour la plupart des gens, il n’en est pas de même pour moi. Si je me mets de côté pour soi-disant calmer les choses c’est le contraire qui se produit pour moi. Si je n’arrive pas à exprimer ce que je pense, ce que je ressens ou si je ne peux expliquer je rumine et ma colère se nourrit d’elle-même………..et j’explose encore plus fort quelques temps après.

Cette semaine il y a eu une forte dispute avec mon mari qui va très mal moralement depuis l’annonce de son cancer. J’essaye depuis des semaines d’être positive, de le tirer vers le haut, de voir un peu de lumière dans tout ce négatif, j’écoute, je console, je réconforte mais quand je vois que volontairement il s’enfonce dans la dépression, devient agressif avec le corps médical et avec moi et bien j’explose. J’explose en essayant de positiver, de lui montrer la lumière, je lui dit que je ne veux pas couler avec lui mais que je voudrais qu’il remonte à la surface avec moi et quand je vois qu’il me rejette, me repousse, s’énerve après moi, au lieu de le laisser sur le côté se noyer seul j’essaye de discuter, d’expliquer, d’analyser et ça a provoqué une terrible dispute avec violence de part et d’autre……….. Je sais qu’en plus j’ai peur de l’abandon, j’ai peur quand il dit qu’il va partir réfléchir, qu’il n’en peut plus, j’ai peur qu’il se plante en voiture quand il est dans cet état là, j’ai peur qu’il fasse une connerie alors que chez les gens normaux il suffirait de le laisser partir pour le laisser réfléchir mais je ne peux pas. Au final les disputes durent des heures mais se finissent toujours pareil : à force de parler, d’expliquer, d’analyser la situation j’arrive à calmer les choses et enfin il se met à parler, à expliquer, à sortir ses émotions. Mais je ressors de tout ceci vidée, comme brûlée de l’intérieur et toute ma vie, mon enfance, mes bagarres avec mon père, mon frère, remontent à ma mémoire. Je ne veux qu’aider, consoler, réconforter alors pourquoi les choses en arrivent à ce point là ? Pourquoi, comme Lila, je pousse les gens à bout ?

Hier j’ai parlé de tout ceci avec ma psy tant j’ai honte de moi, de ce que je provoque, de ce que je n’arrive pas à maitriser, tant je voudrais être quelqu’un de calme, posée, zen. J’ai aussi ce sentiment d’injustice : pourquoi la gentille petite fille puis adolescente puis adulte que je suis peut provoquer tant de cris et de violence et finit parfois par se faire taper dessus par les siens ? Pourquoi suis-je mauvaise moi aussi ? Pourquoi suis-je si extrême ? Elle a pris le temps de m’expliquer que mon hypersensibilité me mettait dans un tel état de souffrance, de désespérance que j’en arrivais à des réactions extrêmes. Elle me disait aussi que mes pensées étaient tellement plus rapides que les gens qui m’entourent et que je voyais les situations sous un angle plus clair et plus exact ce que les autres en face de moi ne pouvaient pas voir à ce moment là, qu’ils n’avaient pas mes facultés à deviner, que mon don de lire dans leurs têtes et leurs coeurs mieux qu’eux mêmes pouvaient être perçu comme un viol et qu’ils ne le supportaient pas. Elle m’a aussi dit que je n’étais pas un monstre mais une surdouée qui était différente des autres, qui ne réfléchissait et ne fonctionnait pas comme les autres, que je devais accepter ma différence, comprendre que je réfléchissais plus vite et qu’une fois l’acceptation faite de tout ce mode de fonctionnement je pourrais travailler à laisser les autres aller à leur rythme et à ne plus vouloir leur imposer mon rythme à moi.

Il est difficile d’avouer tout ceci, un blog est plus facile, mais je sais que je serai jugée et sans doute mal jugée mais j’ai besoin de parler de cette spécificité et surtout si vous passez par ici et que vous êtes aussi surdouée, HP, zèbre, partagez avec moi votre propre expérience……………

Cancer et psychologie

Depuis un an mon mari a changé, il est plus agressif, plus en colère, il s’en prend à tout et tout le monde et puis il cherche avec sa thérapeute pourquoi il agit ainsi car il n’a jamais été comme ça.

Aujourd’hui nous savons qu’il a un cancer de la prostate et que l’on va toucher à ce qui fait de lui un homme, à sa sexualité, à sa virilité qu’il ne retrouvera peut être jamais. Il a mis du temps à accepter la perspective de l’opération mais le généraliste lui a dit que c’était la meilleure solution. Alors il s’y plie. Oui mais voilà, il est abattu, il dit qu’il ne ressent plus rien, qu’il ne pense plus, je vois bien qu’il n’arrive même plus à travailler et qu’importe la positivité que j’essaye de lui apporter, il lui faut le temps d’encaisser………et puis je suis une femme qui à priori ne comprend pas tout ! Mais moi aussi j’ai peur, bien sûr que j’ai peur quand on me dit qu’il n’y aura pas d’érection durant 2 ans si jamais cela revient ! Peur de ses réactions, peur pour lui, peur pour notre couple, peur que ça nous éloigne lui qui n’est déjà pas très affectueux.

Mais cette nuit une idée a jaillit dans mon cerveau en ébullition : la prise de sang indiquant un problème a été faite en novembre mais il est mal psychologiquement depuis au moins le début de l’année dernière et il dit qu’il a rêvé une nuit qu’il avait une maladie, qu’il sentait depuis de longs mois qu’il y avait un problème mais sans les symptômes qui vont avec. Et si il avait senti ce cancer en lui depuis tous ces mois, ce qui expliquerait son comportement depuis un an, comportement que j’ai pris pour une dépression, la crise de la cinquantaine ? Et si son agressivité et son mal-être venait tout simplement de ce qu’il craignait si fort ? Et si tous nos problèmes ne venaient que de là ? Mon mari a l’habitude de vouloir me protéger à sa façon, c’est à dire qu’il pense que s’il est désagréable avec moi je cesserai de l’aimer et que je souffrirai moins. C’est sa façon d’être quand il y a un problème. J’ai beau lui affirmer que je l’aime peu importe qu’il ait des problèmes ou pas, qu’on est mariés pour le meilleur et le pire et que je ne suis pas le genre de femme à partir quand il y a le pire, il veut me protéger. Alors ensuite il se calme, il me dit que je suis l’unique amour de sa vie, qu’il n’aime que moi, qu’il veut me protéger de lui même…………..

Aujourd’hui nous savons que notre vie sexuelle va être perturbée pour ne pas dire mise en pièces mais depuis l’annonce il ne veut même plus faire l’amour, il n’a pas la tête à ça dit-il, chose qui n’est jamais arrivée en 25 ans de vie commune. Le sexe a toujours été son échappatoire. Là on a touché à sa virilité, son sexe et il arrête déjà toute activité. J’ai beaucoup été lire sur le cancer de la prostate et surtout sur le comportement des malades et à priori tout ceci est normal, ils agissent presque tous ainsi. Mais moi je fais quoi à part le rassurer ? En plus la psy n’a répondu à aucun de ses sms ou mail depuis l’annonce et il est fou de colère contre elle, il veut la laisser tomber et aller voir un psy de la clinique où il va être opéré. Le problème est que c’est aussi ma psy et que moi aussi je suis en colère contre son comportement depuis vendredi. Je la vois demain, comment vais-je réagir, je ne sais pas cacher ma colère ou ma déception, je suis trop entière. Mais j’ai besoin d’elle, j’avance avec elle, je ne me vois pas recommencer une thérapie ailleurs, elle sait trop de choses de mon histoire. Comment va se passer le rendez-vous de demain ?

J’ai une crise d’angoisse terrible depuis ce matin que je n’arrive pas à calmer, trop de choses se passent dans nos vies depuis un an et je crains les mois à venir……….

Le verdict est tombé

Voilà le verdict est tombé : mon mari a un cancer de la prostate……………

L’annonce a été difficile, il est resté prostré, muet, sous le choc, j’ai posé toutes les questions que je pensais utiles, j’ai essayé d’encaisser parce que je n’ai retenu qu’une phrase : « ce cancer n’est pas mortel, si on retire totalement la prostate il n’y aura pas de risques de récidives, par contre si vous choisissez une autre méthode je ne peux rien garantir ». Bien sûr les séquelles de l’opération sont importantes : problèmes urinaires durant 3 à 6 mois puis surtout problèmes érectiles durant un à deux ans et encore si l’érection revient mais il y a des hormones, des traitements, une rééducation. Et tout dépend du couple et de la motivation.

La date de l’opération a été fixée au 16 avril après d’autres examens d’exploration. C’est sans doute idiot mais je me suis raccrochée à ces mots : il ne va pas mourir. Mon mari est resté abattu ou en pleurs durant deux jours. J’ai essayé de lui dire qu’on était ensemble, forts et soudés, qu’on se sortirait de tout ça, que l’érection n’était pas le plus important dans l’amour (sans doute ai-je été maladroite en voulant le rassurer), que ce qui comptait c’était que ce cancer ne revienne pas etc…

Oui mais voilà, hier il nous a annoncé qu’il voulait d’autres avis, voir d’autres médecins, qu’il ne voulait pas être privé de tout ce qui faisait de lui un homme et que sa décision il la prendrait seul, sans nous, que c’était son corps et qu’en gros on n’avait pas notre mot à dire. Il était en colère, agressif. Notre fille est partie en claquant la porte, se sentant exclue et moi j’ai mal réagi j’avoue. C’est son corps, son cancer ok, je comprends mais la décision il ne peut pas la prendre sans notre avis non ? JE NE VEUX PAS vivre avec la peur au ventre que cela revienne, avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête. Je voudrais qu’on lui retire cette merde du corps, point. S’en est suivi une après midi de disputes parce que quand il va mal il s’en prend à moi, plus facile. Je lui ai demandé de tourner sa colère contre le cancer pas contre moi, oui je suis une femme et oui j’ai du mal à comprendre l’importance de la fonction « virile », tout ce qui compte pour moi c’est la vie ! Il a fini par se calmer et m’a demander pardon mais il a mis toute ma positivité à terre, je me sens vidée, épuisée………..

Donc ce matin il va voir le généraliste, voir avec lui, s’il lui conseille d’aller voir un autre urologue il ira et si ce dernier dit autre chose que le premier, que fera-t-on ? Je comprends qu’il a du mal à accepter la situation mais sera-t-il raisonnable ? Va-t-il mettre sa vie en danger ? J’ai peur, tellement peur, je me sens seule, si seule………..

Le syndrome de l’abandon

J’ai déjà parlé ici de mes attaques de panique, mes crises d’angoisse et mon incapacité à rester seule chez moi ou à sortir seule. Durant des années les psychiatres ont diagnostiqué une agoraphobie sévère. J’ai fait mille thérapies classiques ou non, essayé mille choses mais rien ne calmait les attaques de panique. Et puis les deuils, les abandons, les coups de la vie ont fait augmenter ces attaques jusqu’à ce que mon mari soit l’unique personne avec qui je puisse rester à la maison comme à l’extérieur.

Il y un an il a craqué parce que professionnellement il avait besoin de bouger, seul de préférence et m’a demandé de reprendre une thérapie. Depuis j’ai découvert ma surdouance et dans tous livres que j’ai lu sur le sujet j’ai découvert que les suréfficients, les surdoués, les zèbres souffraient très souvent d’attaques de panique. Quand j’ai rencontré mon actuelle psychologue spécialisée en surdouance elle m’a parlé du syndrome de l’abandon que j’ai connu enfant et surtout de ses répercussions sur ma vie. Je n’ai pas été abandonnée au sens propre mais mon frère est mort lorsque j’avais 5 ans, premier abandon, et ma mère qui adorait son fils s’est détournée de moi qui n’étais qu’une fille. Et pour couronner le tout mon père était très absent professionnellement et dès ma plus tendre enfance j’ai eu le sentiment d’être seule, abandonnée face à une mère que je n’intéressais pas et qui en plus ne voulait pas de fille. Mes sentiments vis à vis de ce frère mort sont plus complexes, j’ai l’impression que je ne l’aimais pas vraiment car il me volait ma mère qui, déjà, ne me calculait pas vraiment.

J’ai lu un livre sur le syndrome de l’abandon et malheureusement je me suis reconnue dans beaucoup de descriptions. Effectivement je me suis toujours sentie seule, abandonnée, pas aimée, j’ai toujours pensé qu’il fallait que je justifie le fait d’être en vie à la place de ce frère mort mais j’ai passé des années à raconter en thérapie tout ceci sans émotions. Mes émotions étaient bloquées, ensevelies sous une chape de plomb, sous un millier de voiles. J’ai essayé l’auto-hypnose, sorte de méditation guidée profonde, très ciblée sur les attaques de panique et depuis le voile se lève tout doucement sur mes ressentis d’enfant. Je me culpabilise de faire ressortir tout ceci au moment où mon mari a une suscitation de cancer de la prostate mais d’après la psy que je vois ce n’est pas un hasard, j’ai tellement peur de le perdre que tout resurgit…………………… Je commence à comprendre ce que j’ai vécu enfant, la terreur que j’ai connu durant des années, cette terreur d’être seule au monde, de ne pas pouvoir exprimer ma peur, ma terreur, je revis petit à petit certains moments de mon enfance avec les attaques de panique qui vont avec. Tout cela correspond à mes actuelles attaques de panique d’adulte, les mêmes symptômes, les mêmes peurs, la même impression d’être seule au monde, abandonnée quand mon mari quitte la maison pour raison professionnelle. Mon cerveau comprend ce qui se joue, je sais que je dois en passer par le fait de revivre ses peurs là, que je dois comprendre le vide qui m’habitait pour comprendre le manque, nommer le manque et ensuite tout faire pour le combler à présent que je suis adulte mais c’est dur, si dur de revivre tout ça en plus de la peur que j’ai que mon mari ne soit malade…………….

Aujourd’hui nous saurons si mon mari a un cancer de la prostate et s’il doit se faire opérer. Je suis terrifiée à l’idée qu’il soit malade ou affaibli mais je suis aussi terrifiée de devoir assumer son absence s’il est opéré. Pourtant j’ai évolué cette année, j’ai surmonté tant d’angoisses lors de ses voyages pro et ma fille, ma merveilleuse fille, est là avec moi et vit tout ça à mes côtés. Mais j’ai du mal à imaginer qu’un jour j’arriverais à sortir de ce fichu syndrome de l’abandon et de ces attaques de panique………….

Je dérange

Depuis l’enfance je dérange…………………

C’est tout du moins ce que je ressens et ce que l’on me fait ressentir si souvent au sein de ma famille, de certains amis ou pire sur les réseaux sociaux. Est-ce du à ma suréfficience ? A ma façon de penser qui ne ressemble pas aux autres, à ma façon plus globale et à plus long terme qui dérange, au fait que je ne me fonds pas dans la masse, dans la majorité ?

En ce moment où je vais plutôt mal à cause de tout ce dont je parle sur ce blog, déprime de mon mari, suspicion de cancer pour lui, notre couple qui doit trouver une autre façon de fonctionner (crise de la cinquantaine sans doute) ou nos deux thérapies qui font des remous, je me rends compte en plus que dès que je dis ce que je pense réellement cela créé des tensions en privé comme en public. Mais ce n’est pas nouveau !

Quand je dis à mon mari que quelque chose chez lui m’a blessée, il s’énerve, se sent coupable et m’en veut souvent de toucher du doigt ce qu’il préférerait ne pas voir. J’ai souvent droit à la phrase « ho toi tu sais tout, tu vois tout, tu crois tout savoir » et au final il s’avère que j’ai souvent pour ne pas dire toujours raison et que j’ai vu les choses bien avant qu’elles n’arrivent………..

Dans ma famille c’est pareil, quand je dis non à mon frère comme la semaine dernière parce que ce qu’il propose n’est pas raisonnable j’ai droit à des colères, des bouderies, il me prive de ma petite nièce et c’est moi qui souffre pourtant j’ai le droit tout de même de dire non !

En ce qui concerne l’actualité et ce qui se passe dans notre pays et dans le monde à chaque fois que je poste sur les réseaux sociaux mon avis je me fais incendier par mon père ou des amis. Ce que je pense dérange, ne correspond pas à la majorité, à la norme, je démonte certains mouvements comme celui des gilets jaunes en ce moment parce que je connais la nature humaine et que je sais instinctivement de quoi l’Homme est capable. J’avais prévu au tout début les dérives racistes, antisémites et homophobes que nous vivons, la sortie du bois des extrêmes, tout cela je l’avais dit. Et je ne parle pas des 72 000 personnes au chômage technique, des magasins qui ferment, des revendications au début compréhensibles qui se transforment en grand n’importe quoi. Dans mon argumentaire je cite l’histoire de France ou du monde, je cite des livres, des auteurs, je donne des exemples et cela dérange et agace………..encore. Est-ce ma façon de parler, d’écrire, de m’exprimer qui dérange autant ? Je sais que je peux passer pour arrogante mais au final j’ai souvent raison et quand je ne sais pas je me tais simplement. Qu’est-ce qui chez moi agace autant et ça depuis l’enfance ?

Moi qui ai très peu confiance en moi je souffre de ce rejet des autres, de cette non-acceptation de qui je suis ou de ce que je dis, et je finis par penser que tout vient de moi et je me sens seule. Est-ce du à la surdouance ? Vous surdoués, zèbres ou autres qui passez par là, dites moi si vous ressentez la même chose, ça me rassurerait.

Quant à dire que je me fous de ce que les autres pensent de moi, ben non j’en suis loin, très loin, vu l’image que j’ai de moi j’ai besoin que les autres me rassurent.

Sa place dans la famille

Plus je vieillis, plus j’écris aussi, plus je retrace le chemin de ma vie, plus je me rends compte que je n’arrive plus à supporter la place que l’on m’a attribuée dans la famille. Je suis celle sur qui l’on compte, la fille aînée, celle qui est là pour tout dès que l’on a besoin d’elle mais qui énerve dès qu’elle ouvre la bouche ou exprime son mécontentement. Il faut reconnaître qu’en tant que suréfficiente je tape souvent juste et que ça contrarie d’autant plus………..

Je m’occupe de ma vieille mère qui vit à la maison et qui ne veut plus s’occuper de rien. Ainsi elle me demande presque autant de travail qu’un jeune enfant mais je le fais de bon coeur même si souvent elle râle comme beaucoup de personnes âgées. Le samedi mon frère vient souvent manger avec sa fille en bas-âge et je cuisine, je m’occupe de la petite, du chien qui encore jeune doit être tenu en laisse pour plus de sécurité et comme toujours je gère tout. Ce week-end il n’est pas venu parce qu’il est encore malade mais quand dimanche à 10h30 il m’appelle pour me dire qu’il viendrait bien chercher maman pour manger je lui rappelle qu’il est malade, que passer du temps avec une dame de 85 ans n’est pas une bonne idée dans ces conditions surtout que nous n’avons pas encore les résultats de la biopsie de mon mari qui est assez fatigué et que, non, aujourd’hui cela ne m’arrange pas d’habiller maman, de lui préparer ses médicaments et que surtout je suis en train de faire à manger. Et là je me fais presque insultée parce que j’ose dire non et que je décide en gros. Il le prend mal, m’insulte presque et me raccroche au nez ! Mais n’est-ce pas logique de ne pas voir une vieille dame faible quand on est malade et encore moins quand il y a une personne qui a peut être un cancer à la maison ? N’ai-je pas le droit de dire que certains jours je ne veux personne chez moi ? Suis-je un monstre qui séquestre sa mère ? Qui la séquestre mais qui s’occupe d’elle entièrement alors que lui ne la sort que de temps en temps sans s’occuper de rien d’autre ?

Et quand en plus je pousse un coup de gueule sur ma page facebook sans ne citer personne (je n’ai pas mon frère sur facebook et des amis que je trie consciencieusement) je me fais faire la morale par mon père assez agressivement ! Mais j’ai 51 ans bon sang ! J’écris ce que je veux, comme je veux sur MA page facebook non ? Alors pour ne pas être désagréable à mon vieux père qui est malade au lieu de répondre, j’ai effacé mon message mais j’ai passé un dimanche horrible à pleurer devant ce que je prends pour trop d’injustice !

N’ai-je pas assez de soucis en ce moment ? Ne peut-on pas se mettre à ma place quelques minutes ? Ne peut-on pas accepter mon « non » en essayant de comprendre ? Je n’arrive plus à supporter le rôle que l’on me fait jouer depuis l’enfance, je n’arrive plus à supporter cette agressivité et parfois cette violence verbale. Je me sens épuisée, fatiguée, angoissée, anxieuse et surtout incomprise dans ma propre famille qui par contre ne me remercie jamais de tout ce que je fais comme si cela était normal depuis toujours…..

J’ai peur de cette semaine qui arrive, peur que le laboratoire ou l’urologue n’appellent plus tôt que prévu parce que c’est grave, peur de la « sanction », peur d’aller chez la psy parler de tout ce qui se passe en moi en ce moment, de tout ce que j’ai découvert sur mon syndrome de l’abandon, sur mes attaques de panique, j’ai peur de lever le voile, de lever la chape de plomb, j’ai besoin de tendresse et d’être rassurée, mon mari n’est pas en état moral pour cela, ma famille se comporte toujours de la même façon et quant aux amis j’ai la chance d’en avoir très peu mais des bons mais ils n’en peuvent surement plus de l’année que je viens de leur faire passer………

Quand sortirais-je de tout ceci, j’ai comme une envie de tout bazarder, de ne vivre que pour mon mari et ma fille, mes animaux mais je ne laisserai jamais ma mère et je ne sais pas couper le cordon avec mon frère et mon père que j’aime. A présent je sais que si je me fâche avec mon frère je ne verrai plus ma nièce, c’est la nouvelle arme de mon frère……….

J’avance

J’avance, petit à petit, pas à pas, j’avance dans cette année difficile.

Rien ne m’aura été épargné cette année, déprime de mon mari qui a fait éclater au grand jour tout ce qu’il ressentait principalement face à mes angoisses et mes attaques de panique qui l’empêchait de quitter la maison pour travailler à sa guise, disputes, remise en question et puis cette suspicion de cancer de la prostate à présent………..

La découverte de ma suréfficience, les livres lus, les entretiens passés, la thérapie commencée avec cette super psychologue spécialisée, la découverte de mon super syndrome de l’abandon, mais aussi la thérapie que mon mari a entamé pour mieux se comprendre et la résurgence de ses souvenirs d’enfance enfouis si profondément, tout cela m’a énormément fragilisée c’est un fait. Je comprends mieux qui je suis et pourquoi j’agis ou ressens toutes ces choses mais d’autres émotions que je déteste comme la méfiance et le doute surgissent en même temps. Je dois comprendre pourquoi tout à coup je me mets à éprouver ces sentiments négatifs que je ne connaissais pas et qui, je le sais, ne font pas partie de moi. Il y a encore du travail, beaucoup.

Mais aujourd’hui je dois reconnaître que j’avance, avec des hauts et beaucoup de bas, avec de gros coups de déprimes, de terribles attaques de panique mais je ne recule pas, j’avance !

Hier j’ai laissé mon mari 6 h à la clinique sans moyen de le joindre pour qu’il fasse sa biopsie, il y a un an seulement je n’aurai jamais cru que j’y arriverais. Là on cumule l’impossibilité de le joindre, la peur des hôpitaux, la peur du cancer et j’en passe pourtant j’ai passé cette journée ! Bien sûr quand à 14 h je n’avais toujours aucune nouvelle, aucun sms de lui me disant qu’il était remonté en chambre j’ai paniqué, fortement paniqué, j’ai imaginé le pire, qu’il était mort, qu’il allait mal et j’en passe et avec notre fille nous nous sommes précipitées à la clinique pour savoir et quand nous l’avons vu (il venait à peine de remonter) il était confus et perturbé mais j’ai assuré ! Tout assuré !

Et ce matin je réfléchis, heureuse qu’il soit là à la maison, à ce que j’ai accompli en un an. Je l’ai laissé aller 3 fois à Paris pour le travail, une fois à Barcelone, il va travailler en centre ville 2 à 3 fois par mois et même si les attaques de panique sont toujours là et bien là je touche du doigt ce qui a pu les déclencher dans ma petite enfance. Bien sûr rien n’est simple, je suis épuisée, éreintée, je voudrais que la vie soit comme dans les contes pour enfants, souvenez-vous tous les contes se terminent par : « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants et furent très heureux » et ça s’arrête là ! Les contes ne parlent pas de galères, de crises de couple, d’infidélité, de maladie, de cancer, de disputes, non non non ! Moi je croyais vraiment que la vie serait ainsi…………. mais il n’en ai rien. La vie est souvent un combat entrecoupé de moments de bonheur et il faut se battre pour tout, je ne me sens souvent pas armée pour la vie, pas adaptée, pas assez adulte.

Je sais qu’à présent il faudra attendre le 22 février pour avoir les résultats de la biopsie avec le risque de cancer qui va avec. Je sais aussi que si c’est le cas c’est un cancer fréquent et qui est pris assez tôt mais il faudra affronter l’opération, l’absence, peut être la chimio qui me terrorise et que je devrais encore prendre sur moi …………… Mais je sais que même avec des états d’angoisse extrême et des attaques de panique j’y arriverai comme j’ai réussis tout le reste cette année et même avant.

Alors en attendant je vais continuer à travailler sur moi-même et surtout à profiter des petits plaisirs de la vie………….

Ecrire encore et encore

Je me suis mise à écrire il y a quinze jours et je ne fais presque plus que ça en dehors des obligations que j’ai à la maison. Comme je le disais dans un précédent post j’ai eu l’idée, la trame, le déroulement de ce que je voulais écrire et depuis je ne m’arrête plus ayant même déjà rempli un cahier entier puisque j’écris avec un stylo plume.

Nos enfances à mon mari et à moi, une rencontre totalement inventée, nos errances adolescentes à nos vies d’adulte j’ai envie (ou besoin) de retracer nos histoires à un âge où j’ai l’impression que nous remettons tout à plat et à un moment où surgit le spectre de la maladie avec la biopsie de mon mari qui aura lieue mercredi prochain.

Mais pour retracer l’histoire de mon mari, même si je suis avec lui depuis 25 ans, il faut enquêter, poser des questions car beaucoup de ses souvenirs sont soient enfouis soit peu importants à ses yeux et que la thérapie qu’il a entrepris lui fait remonter tout un tas de choses. Et j’en ai plus appris sur la vie de mon taiseux de mari durant toute cette enquête que durant des années. C’est un peu une thérapie pour lui comme pour moi et tout prend un sens, tout s’explique, toutes ces choses que je ressentais sans pouvoir les expliquer comme toujours ………….

Quel avenir aura ce livre une fois corrigé et remanié ? Je ne sais pas, j’espère qu’il pourra plaire et trouver un public même si je doute de moi terriblement. Et puis si j’inventais une fin qui nous correspondait mieux, une fin qui ferait de nous des êtres libérés de toutes les obligations familiales qu’on leur a imposées, s’ils étaient enfin un couple qui s’aiment mais rejettent ce qui leur pèse……

Tant de questions se posent, et si c’était l’occasion de changer cet avenir qui nous fait si peur ?

Une grande décision et un merveilleux moment !

Il y a des années, en fait depuis toute petite, que je veux écrire, que je ne pense qu’à écrire. Je n’ai pas fait de longues études mais j’ai toujours été première en français, j’adorais faire des rédactions, des dissertations et je faisais même celles de mes camarades d’école (quand je n’écrivais pas des lettres d’amour à leur place) et même si les profs n’étaient jamais dupes je continuais car je ne me lassais jamais d’écrire.

J’ai grandi dans une famille où les livres étaient très importants avec des parents qui écrivaient beaucoup et plutôt très bien mais qui n’allaient jamais au bout de leurs écrits. En parlant un jour à mon père nous sommes tombés d’accord tous les deux : quand on lit autant que nous, que nous lisons tant de belles choses, nous pensons que notre propres écrits ne sont pas à la hauteur de ce que nous aimons lire tous les deux. Alors à chaque essai d’écriture je laisse tomber, je trouve ça plat et sans relief et mon manque de confiance en moi fait le reste. Pourtant il y a 3 ans mon frère a publié un livre, certes le tirage est assez confidentiel, mais j’ai adoré son audace, j’ai adoré son histoire et son courage.

Et puis durant cette dernière année si compliqué pour moi j’ai eu encore envie d’écrire mais je ne trouvais pas l’angle, la manière d’aborder les choses. Moi la super imaginative dans la vie je perds tout imagination dès qu’il s’agit d’écrire, je ne sais pas pourquoi. J’ai tendance à vouloir raconter de manière extrêmement fidèle ce qu’il m’est arrivé dans la vie. Et puis il y a quelques jours j’ai acheté un stylo plume dans le cadre d’une collection lancée dans les bureaux de tabac, un réflexe comme ça, j’aime l’objet et puis mon mari a décidé d’en acheter un aussi, j’y ai vu un signe. Dans le même temps nous avons eu tous les deux de grandes discussions sur sa thérapie, sur son enfance, sur tout ce qu’il a gommé, lissé pour faire plaisir à ses parents, sur qui il était vraiment et sur qui il aurait pu être si seulement…. Tout ceci a beaucoup agité mon esprit (je sais il en faut déjà peu !). Et nos discussions sans fin m’ont donné une idée : et si nous nous étions rencontrés enfants à l’âge où nos vies ont été bouleversées, le même âge d’ailleurs, 5 ans ? Que serions-nous devenus si nous avions eu la chance de nous connaître à cet âge là ? Que se serait-il passé si nous n’avions plus été seuls chacun dans nos souffrances ? Bien sûr nous n’habitions pas la même région, nos parents n’auraient pas pu se fréquenter pour tout un tas de raisons mais si cela avait été, quelle aurait été l’impact sur nos vies ?

A partir de là tout s’est mis en place naturellement dans ma tête. Une histoire, un plan, une trame, une idée à peine romancée de nos vies partant de la question des âmes sœurs. Et j’ai pris ma plume poussée par ma fille et mon mari à qui j’ai parlé de mon idée. Ma fille me pousse toujours à écrire, à faire ce que j’aime et mon mari a eu l’air totalement emballé par mon histoire et par ce que cela pourrait amener à sa mémoire d’enfance défaillante. Alors depuis je noircis des pages de cahiers avec ma plume, à l’ancienne malgré mes douleurs aux épaules et aux cervicales et tout coule limpidement.

Hier alors que les semaines qui s’annoncent m’angoissent au plus haut point (mon mari part un jour et demi ce qui est une torture pour moi et mes attaques de panique et la biopsie prévue le 6 février) nous avons décidé de penser à nous deux et de nous faire plaisir. Nous avons fait quelques courses et sommes partis en amoureux un après-midi pour nous retrouver. Ce fut un moment magique et merveilleux où nous nous sommes donc retrouvés, il faut avouer que chez nous vivent ma maman, notre fille avec qui je travaille sur sa nouvelle boîte, notre chien très très jaloux et que nous n’avons de ce fait plus vraiment de vie sexuelle. Alors cet échappatoire amoureux a été des plus bénéfiques…………. En rentrant mon mari était de bonne humeur et gai mais surtout il avait envie de partager avec nous. Il nous a raconté qu’il se reconnectait à un certain magnétisme qu’il avait en lui de famille mais qu’il n’avait jamais testé vraiment, qu’il apprenait tout seul la nuit, il nous a parlé de tout ce qu’il avait mis de côté ces dernières années comme ses dons artistiques de dessins ou d’écriture (ce qui m’avait séduit chez lui) et il nous a annoncé que lui aussi écrivait depuis quelques mois ! Il m’a demandé de lire son début de roman et même s’il n’a pas les bases littéraires (c’est un scientifique forcé alors que moi je sais son penchant artistique refoulé) ses idées sont géniales je n’ai pas peur de le dire. Son imagination est fertile et lui part où moi je ne sais pas aller en écriture, dans l’imaginaire ! Mais le plus troublant est le sujet de fond qui rejoint totalement le mien : l’enfance, les souvenirs oubliés ou enfouis et cela m’a fait encore plus prendre conscience de nos âmes sœurs ou jumelles………

Ce fut une journée magique et magnifique et il faut s’en souvenir pour les jours où cela sera plus difficile et où la réalité nous rattrapera professionnellement ou médicalement. Graver ces moments là à jamais mais surtout ne pas lâcher, comme nous l’avons toujours fait, nos projets artistiques, nos désirs, nos envies et se foutre du reste !