Faire le point

Ce matin j’ai envie, besoin, de faire le point sur moi, sur ma vie, comme je le fais très (trop ?) souvent.

Il s’est passé tant de choses en quelques mois que je ressors lessivée, épuisée et perturbée même si c’est plutôt un état normal chez moi ! Mon mari est rentré lundi dernier de la clinique après un week-end mouvementé pour lui où je l’ai vu très mal et dont les images ne sont pas prêtes de sortir de mon esprit. Nous avons donc été le chercher quelques heures après le départ de mon meilleur ami, ce qui fait que je ne suis pas restée seule sans cette fameuse « protection » dont je n’arrive pas encore à me passer même si je peux rester avec ma fille mais elle reste ma fille et pas le contraire ! ! Je n’ai jamais supporté de voir les gens souffrir ou être mal mais c’est encore bien pire quand il s’agit de quelqu’un que j’aime et encore pire quand il s’agit de mon mari que je n’avais jamais vu dans un état de faiblesse et de souffrance physique. Ce fut très difficile.

Son retour fut angoissant mais nous étions tellement heureuses de récupérer notre père et mari même s’il avait une sonde avec poche à pipi au bout, 36 points de sutures et toutes les suites post-opératoires qui le faisaient souffrir. J’avais préparé la maison, le salon qui devient sa chambre pour quelques semaines parce qu’il ne peut pas encore réintégrer le lit conjugal, il dort mal, il a mal et il a besoin de son espace pour se remettre et qu’il ne veut pas m’empêcher de dormir moi qui dort déjà si mal ! Et puis il fallait gérer aussi le chien qui, même s’il est adorable, est encore un peu foufou et saute sur les gens avec ses 27 kg ! Et là étonnement général puisque le chien fait preuve d’une douceur particulière avec son maître et a totalement changé ses attitudes. Il n’est plus un jeune chien de 2 ans mais un chien gardien qui veille sur son maître et le surveille. C’est très émouvant à voir, ce chien est exceptionnel, je m’en doutais mais j’en ai désormais la preuve ! Mon mari a passé les premiers jours assez douloureusement avec cette foutue sonde. A également commencé le défilé du médecin généraliste, des infirmières qui viennent tous les jours etc. Et puis il faut l’aider sans être envahissante ni trop maternelle, veiller à tout comme je le fais depuis toujours mais puissante 10 puisqu’il y a tout de même une surveillance accrue, il faut également veiller aux repas car mon mari a trop maigri ses derniers mois et qu’il doit reprendre du poids, mais il faut aussi s’occuper de maman de 85 ans, de la maison qui est grande et j’en passe. Encore une fois ma fille m’aide beaucoup mais elle est épuisée elle aussi.

Avant hier nous avons amené mon mari passer un examen post-opératoire à la clinique pour voir l’état de la cicatrice sur la vessie, un moment encore difficile pour lui à passer et angoissant pour nous. L’après-midi (et oui difficile d’avoir 2 rdv qui se succèdent) nous sommes retournés à la clinique voir le remplaçant de l’urologue. Là encore petite contrariété pour la surdouée que je suis : j’ai croisé sur le parking une des secrétaires avec qui je m’entends très bien et avec qui je prends de vrais fous-rires quand tout va mal et qui en plus était dans le même lycée que ma fille et là elle a fait preuve d’une vraie froideur pour ne pas dire qu’elle a été désagréable. J’ai été totalement déstabilisée par son comportement qui, bien entendu, m’a fait me remettre en question. Qu’ai-je fait de mal ?

J’ai laissé mon mari voir l’urologue seul puisqu’il était question de retirer la sonde et que je n’avais donc pas ma place lors d’un acte médical. Effectivement la sonde a été retirée parce que la cicatrisation se fait bien même si pour l’instant l’envie d’uriner ne se maîtrise pas et que mon mari doit porter des protections urinaires durant quelques temps mais le plus important n’est pas vraiment là (enfin si pour lui c’est très humiliant) parce que les résultats d’analyse de l’opération étaient déjà arrivés et que mon mari n’a plus aucune cellules cancéreuses dans le corps ! Donc exit la radiothérapie et le risque de récidive ! J’en ai pleuré de joie même si je sais qu’il faudra du temps pour régler le problème urinaire et encore plus les problèmes sexuels………….

Mais je me rends compte qu’une fois de plus je raconte les choses telles qu’elles se sont passées et je ne parle pas vraiment de moi. Alors je vais me poser la question : comment vais-je vraiment ? Épuisée je l’ai déjà dit, les infirmières à domicile qui ne me connaissaient pas s’inquiète de mon état de fatigue mais comment faire autrement ? Je me couche très tôt mais je me réveille entre 4 et 5 h du matin et les journées sont longues ensuite. Moralement je ne saurai que dire. Tout ceci a été très très perturbant et il faudra du temps pour que tout le monde se remette. Je suis heureuse que mon mari soit auprès de moi à la maison mais là encore il y a un risque pour moi qui souffre du syndrome de l’abandon : comment vais-je réagir quand il sera en état de ressortir seul, de vouloir aller travailler et quand il reprendra une vie normale ? J’ai eu si peur de le perdre durant cette intervention, vais-je réussir à surmonter ma peur une fois encore ? Et puis il y a cette histoire avec ma belle-mère qui m’a fait comprendre que beaucoup de gens avaient une idée fausse sur notre couple et une très mauvaise image de moi simplement. Mon mari a fini par dire à sa mère ce qu’il avait à lui dire à ce sujet, lui qui a tant de mal à exprimer ses sentiments et ses émotions, elle l’a mal pris mais je sais désormais ce qu’elle pense de moi et de la vie terrible que son fils mène à mes côtés et désolée mais je n’arrive pas encore à m’en foutre ! Je dois travailler sur le regard des autres et sur ce que je vaux sans me laisser démonter tout le temps………. Je sais qu’au niveau santé les choses vont aller de mieux en mieux pour mon mari, psychologiquement je l’espère vraiment, j’espère que cette année cauchemardesque tant au niveau moral que physique est derrière nous mais j’ai peur, peur de ses réactions qui ont été si étranges ces derniers mois même si je reste convaincue que c’est le cancer qui le faisait agir comme ça.

Je regardais une émission cette semaine où un homme disait : « pourquoi les femmes ont-elles toujours besoin qu’on leur parle de nos sentiments, on est là près d’elle ça prouve tout non ? » Ben non monsieur, les femmes, moi en particulier ont besoin d’entendre des mots d’amour, d’être rassurée peut-être trop souvent pour ma part mais oui, à 51 ans, je me sens vieille, moche, dépassée, effrayée et j’ai besoin d’être rassurée par un mari qui ne sait pas faire ce genre de choses……… Il dit aussi qu’il est là, qu’il me le prouve et que ça suffit. Oui, sans doute mais qu’en sera-t-il s’il ne retrouve pas ses capacités sexuelles ? Allons-nous nous éloigner ? Comment va-t-il réagir ? Je sais aussi qu’il va falloir que je m’occupe de moi, de mes désirs, de mes plaisirs mais je ne sais même ce qu’ils sont mis à part mes livres et tout ce qui m’intéresse et qui n’intéresse que moi……. Et puis j’ai peur de veillir, j’ai peur de la maladie, j’ai peur des hôpitaux, j’ai peur de la mort, j’ai perdu l’insouciance que l’on a à 20 ans !

Je voulais faire un point, je ne pensais pas qu’il serait si long et je ne sais même pas si je me sens mieux. J’ai toujours au fond de moi ce sentiment de solitude, de peur, de fatigue, il va falloir que je m’attaque à tout cela et que je puise au fond de moi encore un peu de force ………..

Le cancer

Mon mari a un cancer. Il sait que son cancer est pris à temps, qu’il ne va pas mourir, de ça tout du moins, mais il est au fond du trou depuis des mois maintenant.

On va toucher à sa virilité, son organe masculin, sa prostate avec menace de ne plus avoir de vie sexuelle normale par la suite (50% de chance et de malchance). Il a subi une batterie d’examens qui lui ont tous fait plus peur les uns que les autres, il a été pris d’une colère, d’une rage contre les médecins, il se sent un rat de laboratoire à la merci de chaque médecins qui prescrit un examen puis un autre………

Même si j’ai peur de chaque examen moi la phobique des hôpitaux et la femme qui n’arrive pas à rester seule je sais que cette opération le sauvera mais ce qui me terrifie c’est son changement d’humeur depuis des mois. J’ai pu parler à une amie qui a eu un mari malade d’un autre cancer et qui a traversé les mêmes choses que moi mais, même si cela me rassure, cela ne calme pas mon angoisse.

Il est enfermé dans sa bulle de douleur et de peur, de terreur même, lui qui était déjà mutique et secret devient totalement hermétique. Il y a des jours où je n’arrive même pas à l’atteindre ! D’autres jours il n’est que colère et rage et s’en prend même à moi qui ne comprend rien soi-disant. Ces jours-là il se transforme en espèce de monstre qui peut dire des horreurs, le contraire de tout ce qu’il a pu dire en 25 ans de mariage, je ne vois dans ces yeux que haine et plus aucune tendresse et ça me terrifie. Je sais que je ne devrais pas croire ce qu’il dit à ce moment là quand il dit qu’il va partir, aller se soigner seul, qu’il ne peut gérer sa maladie et nous en gros etc……..Il dit que son monde s’écroule et qu’il ne sait plus comment s’en sortir et quand je lui suggère de s’accrocher à moi, à nous, à notre couple il dit qu’il n’y arrive pas, qu’il sait qu’il m’aime mais qu’il a l’impression que rien, même pas moi, n’apaise son angoisse. Et moi pauvre débile de surdouée, j’essaye de parler, d’expliquer, de lui montrer une autre façon de voir et il m’en veut même si parfois il m’écoute mais je ne sais pas si ce que je dis entre dans sa tête. La psy dit qu’il n’écoute que moi au monde, que moi seule ai du pouvoir sur lui, que je dois garder confiance mais je doute tellement de moi.

Il reste 15 jours avant l’opération qui va être une horreur pour lui mais pour moi aussi qui sera séparée de lui du moins durant les premiers jours car il veut rester seul au moins le jour de l’opération tant il a peur de ses réactions. Je voudrais être calme, sereine, sûre de moi, de lui, de notre amour mais parfois il dit de telles horreurs que je doute de tout. Il me rassure en me disant qu’il dit n’importe quoi dans ces cas là ou plutôt qu’il dit ce qui lui passe par la tête à ce moment là, ce moment de rage et que je ne dois pas en tenir compte mais je n’y arrive pas. Je me sens vivre dans une insécurité totale, une impression qu’il est capable de tout foutre en l’air, nous, notre couple sur un coup de tête tant il est perdu. Je voudrais être forte, solide, pas hypersensible comme je le suis. Je voudrais ne pas me laisser perturber par une attitude, un mot, un geste mais je n’y arrive pas.

Je savais que le cancer changeait les gens, on m’avait prévenue mais je ne pensais pas que c’était à ce point là surtout ce cancer là qui touche à la virilité d’un homme ! Se disputer parce que je veux lui servir une salade, ce que je fais depuis 25 ans puisqu’il est habitué à se faire servir, et le voir hurler qu’il peut le faire, qu’il n’est pas impotent me rend totalement abasourdie et pétrie de peur. Le cancer change un homme, une femme, une famille c’est un fait et je sais qu’il faudra reconstruire ensuite surtout si tout ne fonctionne pas comme il le veut ensuite mais si nous n’y arrivons pas ?

Etre un homme

Depuis l’annonce du cancer de la prostate de mon mari, des explications sur l’opération et surtout sur les séquelles urinaires et sexuelles je me rends compte que mon mari, comme sans doute beaucoup d’hommes, a un vrai problème avec l’image virile de ce que doit être un homme et c’est là que les choses pèchent et qu’il coule………..

Je comprends sa peur des examens médicaux, sa peur de l’opération, de la douleur, des piqûres moi la phobique des hôpitaux et de la maladie mais je découvre, après 25 ans de mariage, l’image qu’il s’est forgé de ce qu’est être un homme. Il a grandi dans une famille d’hommes, un père assez macho qui est une sorte de caricature d’homme dans tout ce que je déteste et 2 frères qui ont tout fait pour ressembler à leur père. Quant à ma belle mère ce n’est pas mieux, son image des hommes est la même. Ce qui caractérise un homme à leurs yeux c’est la sexualité et le statut social et surtout ne pas se montrer faible et ne pas montrer ses émotions, c’est faire du sport et ne pas se laisser aller : « tu es un homme bon sang ! »

Mais ce n’est pas tout. Mon mari a des rapports compliqués avec sa famille car il s’est toujours senti un peu différent d’eux. Il s’est forgé dès l’enfance une carapace dans laquelle il s’est enfermé et où on enfouit ses émotions, ses ressentis, il est mutique de nature, secret, renfermé et si je savais tout ceci je découvre tout un pan que je ne connaissais pas. Depuis l’annonce il a d’abord été sous le choc car on va lui retirer un organe primordial pour un homme, on va toucher à sa virilité, à ses érections qui risquent de ne jamais revenir, à son système urinaire qui fera de lui un vieillard (c’est ce qu’il pense), puis il a été en colère, il a ressenti une rage immense contre les médecins, le milieu médical qui va le mutiler et contre moi qui le pousse à voir le positif et qui parfois donne raison aux médecins qui estiment son état mental plutôt négatif. Son combat contre le cancer il le met contre le milieu médical. Pourquoi pas………. Mais en même temps il est infiniment triste, pleure subitement, essaye de le cacher, va s’enfermer aux toilettes ou prétexte une course, je le vois cacher ses larmes lorsqu’il est en train de travailler à l’ordinateur et malheureusement pour lui je vois tout, ressens tout ce qu’il ressent et rien ne m’échappe.

J’essaye de parler avec lui, de lui faire sortir ses émotions, aidée par la psy ou par l’infirmière d’annonce de la clinique mais c’est si difficile. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et quand j’essaye d’être positive en lui parlant de tout ce qui existe au niveau de la récupération de sa (notre) vie sexuelle il n’écoute pas. Il reste sur la mutilation, l’amputation d’un organe et l’homme handicapé qu’il pense devenir. Bien sûr mon esprit de zèbre essaye de lui faire comprendre qu’il est un être humain avant d’être un homme, que les médecins lui ont dit qu’il n’allait pas mourir, qu’on s’adaptera à l’après, que je l’aimerai quoiqu’il arrive, que pour moi il restera un homme avec ou sans érection, qu’il reste la sensualité, l’érotisme, le désir, qu’il y a des techniques que jamais je ne le verrai autrement que comme un homme, mon homme mais je me rends compte que son image de l’homme est bien ancrée en lui et j’ai peur de l’avenir.

Hier soir alors que nous étions sur le canapé il s’est mis à pleurer, je l’ai pris dans mes bras, je lui ai dit de se laisser aller, que c’était normal, humain et même pour un homme mais il n’y arrive pas. Il dit pourtant qu’il n’a confiance qu’en moi, que je suis tout pour lui mais quand je l’ai un peu obligé à mettre sa tête sur mes genoux et à sortir toute sa peine il bloque. Il n’y a rien de nouveau dans mon comportement j’ai toujours été une femme très maternelle, très maternante, rien de neuf là dedans mais lui pense que ce n’est pas être un homme que de pleurer dans les bras de quelqu’un. Il dit même que si les choses étaient inversées il serait mort d’inquiétude mais que dans le cas actuel il n’accepter pas mon inquiétude, que ce n’est pas pareil ! Pourquoi ? Parce qu’il est un homme………………et que je n’ai pas à me rendre malade pour lui. Quand je lui suggère d’appeler son père ou ses frères dont il n’a plus aucune nouvelles depuis l’annonce du cancer, comme en temps normal d’ailleurs, il refuse. Il dit qu’il ne veut pas leur montrer qu’il va mal et quand je suggère que peut-être ils ne se doutent pas de son état psychologique, qu’ils ne peuvent pas savoir s’il ne dit rien, il répond qu’ils n’ont qu’à se renseigner et qu’il ne veut pas leur montrer son désarroi.

Je suis perdue, triste, je me sens si seule. S’il attend juste que je sois là en silence à le regarder couler, je n’y arriverai pas, ce n’est pas moi. Il sait qu’il a épousé une femme maternelle, attentionnée, aimante, patiente, câline, je ne peux pas devenir quelqu’un d’autre sauf le laisser plus respirer et moins l’étouffer, ce que je me force à faire. Hier il m’a avoué que seul son regard à lui sur son statut d’homme comptait, que le mien………..il n’arrivait pas à le prendre en compte. Il sait mon amour inconditionnel est-ce pour cela ? N’est-ce pas important de savoir que votre femme vous aime dans n’importe quelles circonstances ? Qu’elle vous voie comme un homme que vous ayez une érection ou pas ? Je suis démunie devant son image masculine qui est si loin de la mienne, moi je vois un être humain, l’homme que j’aime et pas un malade du cancer. Les psys, la nôtre et celle de l’hôpital, arriveront-elles à lui montrer une autre image de l’homme ?

J’ai si peur de l’opération, qu’il souffre mais plus encore, je crois, de sa façon de réagir après…………et même s’il dit que moi seule ai du pouvoir sur lui, serais-je capable de lui rendre sa virilité érection ou non ? Mais bon sang qu’apprend-on aux petits garçons ? Je hais sa mère, sa père et tout ce qu’on lui a inculqué et il pense pour les défendre que c’est lui s’est forgé cette image virile tout seul, comment va-t-il s’en sortir ?

Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.

Cancer et psychologie

Depuis un an mon mari a changé, il est plus agressif, plus en colère, il s’en prend à tout et tout le monde et puis il cherche avec sa thérapeute pourquoi il agit ainsi car il n’a jamais été comme ça.

Aujourd’hui nous savons qu’il a un cancer de la prostate et que l’on va toucher à ce qui fait de lui un homme, à sa sexualité, à sa virilité qu’il ne retrouvera peut être jamais. Il a mis du temps à accepter la perspective de l’opération mais le généraliste lui a dit que c’était la meilleure solution. Alors il s’y plie. Oui mais voilà, il est abattu, il dit qu’il ne ressent plus rien, qu’il ne pense plus, je vois bien qu’il n’arrive même plus à travailler et qu’importe la positivité que j’essaye de lui apporter, il lui faut le temps d’encaisser………et puis je suis une femme qui à priori ne comprend pas tout ! Mais moi aussi j’ai peur, bien sûr que j’ai peur quand on me dit qu’il n’y aura pas d’érection durant 2 ans si jamais cela revient ! Peur de ses réactions, peur pour lui, peur pour notre couple, peur que ça nous éloigne lui qui n’est déjà pas très affectueux.

Mais cette nuit une idée a jaillit dans mon cerveau en ébullition : la prise de sang indiquant un problème a été faite en novembre mais il est mal psychologiquement depuis au moins le début de l’année dernière et il dit qu’il a rêvé une nuit qu’il avait une maladie, qu’il sentait depuis de longs mois qu’il y avait un problème mais sans les symptômes qui vont avec. Et si il avait senti ce cancer en lui depuis tous ces mois, ce qui expliquerait son comportement depuis un an, comportement que j’ai pris pour une dépression, la crise de la cinquantaine ? Et si son agressivité et son mal-être venait tout simplement de ce qu’il craignait si fort ? Et si tous nos problèmes ne venaient que de là ? Mon mari a l’habitude de vouloir me protéger à sa façon, c’est à dire qu’il pense que s’il est désagréable avec moi je cesserai de l’aimer et que je souffrirai moins. C’est sa façon d’être quand il y a un problème. J’ai beau lui affirmer que je l’aime peu importe qu’il ait des problèmes ou pas, qu’on est mariés pour le meilleur et le pire et que je ne suis pas le genre de femme à partir quand il y a le pire, il veut me protéger. Alors ensuite il se calme, il me dit que je suis l’unique amour de sa vie, qu’il n’aime que moi, qu’il veut me protéger de lui même…………..

Aujourd’hui nous savons que notre vie sexuelle va être perturbée pour ne pas dire mise en pièces mais depuis l’annonce il ne veut même plus faire l’amour, il n’a pas la tête à ça dit-il, chose qui n’est jamais arrivée en 25 ans de vie commune. Le sexe a toujours été son échappatoire. Là on a touché à sa virilité, son sexe et il arrête déjà toute activité. J’ai beaucoup été lire sur le cancer de la prostate et surtout sur le comportement des malades et à priori tout ceci est normal, ils agissent presque tous ainsi. Mais moi je fais quoi à part le rassurer ? En plus la psy n’a répondu à aucun de ses sms ou mail depuis l’annonce et il est fou de colère contre elle, il veut la laisser tomber et aller voir un psy de la clinique où il va être opéré. Le problème est que c’est aussi ma psy et que moi aussi je suis en colère contre son comportement depuis vendredi. Je la vois demain, comment vais-je réagir, je ne sais pas cacher ma colère ou ma déception, je suis trop entière. Mais j’ai besoin d’elle, j’avance avec elle, je ne me vois pas recommencer une thérapie ailleurs, elle sait trop de choses de mon histoire. Comment va se passer le rendez-vous de demain ?

J’ai une crise d’angoisse terrible depuis ce matin que je n’arrive pas à calmer, trop de choses se passent dans nos vies depuis un an et je crains les mois à venir……….