Le stéréotype du surdoué

Hier, pour se détendre un peu, j’ai voulu montrer à ma fille un film que j’adore « Will Hunting ». C’est un film que j’ai beaucoup vu, comme « le cercle des poètes disparus » avant de découvrir ma propre surdouance. Hier, quand j’ai dit à mon mari que nous allions regarder ce film il a répondu :  » ça va te faire mal……. ». Sur le coup je n’ai pas compris, j’ai vu ce film 5 ou 6 fois et ça ne m’a jamais vraiment fait mal………. »oui, mais c’était avant que tu ne saches pour toi » a-t-il rétorqué.

« Avant que tu ne saches pour toi »…………. Justement avant je pensais qu’être surdoué(e) c’était être capable de résoudre des énigmes mathématiques de haut niveau, c’était être un génie, Einstein quoi, savoir lire avant d’entrer à l’école ou jouer du piano comme Mozart et composer des symphonies à 5 ans ! C’était ça pour moi être surdoué. Je voyais ce Will Hunting comme un garçon violent et tourmenté à cause de son enfance, de son milieu pareil pour sa rébellion.

Mon mari n’avait pas tort. Regarder ce film que j’adore m’a fait mal, je ne l’ai pas du tout vu comme les précédentes fois. J’ai compris plusieurs choses en le regardant, d’abord je me suis toujours excusée d’exister, j’ai toujours voulu prouver que je méritais l’amour que l’on me portait, amour que je mendiais, je me suis rendue compte aussi que je ne me suis jamais permis de vivre ce dont j’avais envie parce que j’avais l’impression d’être un imposteur. Oui j’ai toujours su que j’étais différente, que je ne pensais pas comme les autres, je comprenais plus vite et ne comprenais pas que les autres ne puissent pas me suivre, je pensais qu’ils faisaient preuve de mauvaise volonté quand ils n’arrivaient pas à faire ce que moi je parvenais à faire dans tous les domaines. Oui j’ai passé ma vie dans les livres, puis sur internet à me renseigner, à savoir, à découvrir, à vouloir comprendre le monde qui m’entoure. Oui, j’ai saoulé tout le monde depuis l’enfance à vouloir savoir tout et n’importe quoi. Oui j’ai eu la vie maritale dont je rêvais en gros parce que dans ce domaine là je me suis donné les moyens, parce que c’est un domaine réservé aux filles, pas un truc de surdoué, c’est la norme et surtout c’était la seule chose dont je rêvais : un amour inconditionnel, un être qui m’aimerait enfin pour moi-même et avoir des enfants, surtout avoir des enfants. Et là je ne me suis pas loupé, mon couple est compliqué mais solide et ma fille est la fille dont rêve tous les parents…….

Oui mais le reste ? J’ai toujours crié haut et fort que je n’avais aucune ambition, aucun désir professionnel, c’est vrai, c’est toujours vrai. J’ai un rapport à l’argent compliqué, j’en veux pour vivre et ne pas avoir de soucis mais je ne cours pas après et je n’arrive pas à faire les choses pour l’argent. Je ne gère pas celui du foyer et je me suis déchargée de tout ceci sur mon mari qui n’est pas plus doué que moi mais qui assure parce qu’il est un « homme ». Oui j’ai toujours été passionnée, rebelle, ramenant ma fraise tout le temps, partout, oui, j’ai un souci avec la hiérarchie, l’ordre établi. Mais en regardant ce film je me suis rendue compte que j’avais eu et que j’avais encore des rêves, m’épanouir artistiquement surtout en écrivant mais j’aurai adoré être actrice aussi. Tout ce qui tourne autour des mots et de la culture me passionne. Mais je ne m’en suis jamais donné les moyens, pas assez douée, pas à la hauteur de ce que je voudrais être, lâcheté, manque de courage sans doute, syndrome de l’imposteur aussi………

Moi aussi j’aurai aimé croisé sur mon chemin un Robbin Williams que ce soit en thérapeute ou en professeur comme dans « le cercle des poètes disparus ». Ces deux rôles et surtout cet acteur me parlent plus que tout. Personne ne m’a guidée, personne ne m’a dit qui j’étais et ce dont j’étais capable. Oui sans doute suis-je capable de tout faire dans la vie c’est pourtant ce que je fais au quotidien. J’ai appris mille choses toute seule, des activités plutôt artistiques, rien ne me rebute, quand j’ai envie de faire quelque chose j’apprends à le faire et je pensais vraiment que tout le monde en était capable. C’est vraiment difficile d’avoir été détectée à 50 ans, d’apprendre jour après jour à se connaître, à découvrir ses spécificités mais surtout je ne sais même pas quoi faire avec tout cela……

Quand le film a été terminé, j’étais mutique (rare chez moi), enfermée dans mes questionnements, j’essayais de comprendre ce qui, chez moi, pouvait ressembler à ce génie des maths moi qui sais à peine faire une division à 3 chiffres. Je sentais que je ressemblais à ce jeune garçon mais en quoi ? Mon mari et ma fille m’ont parlé, m’ont expliqué ce qui chez moi était identique à ce héros de films, ce qu’ils avaient reconnu de moi chez lui et surtout m’ont rappelé qu’être surdouée ce n’était pas uniquement être un génie scientifique ! Alors bien sûr j’ai fait des recherches sur internet pour comprendre un peu plus qui je suis. Et oui il y a les génies scientifiques mais il y a aussi des intelligences multiples, les surdoués émotionnels peu reconnus, les surdoués verbaux, l’intelligence perceptive avec ses prémonitions et ses capacités à lire dans les pensées et le cœur des gens mieux qu’eux mêmes, et tout ces profils dans lesquels je me suis reconnue. Je ne parlerai pas ici de la violence qui découle parfois d’être incomprise ou de se sentir différente, seule, d’être parfois si difficile à vivre pour ceux que j’aime, de ma rébellion permanente, de mon idéalisme aussi ou de certaines convictions profondes.

Après la semaine très difficile que je viens de passer (on a découvert qu’en plus du cancer de la prostate mon mari avait un problème à un oeil qu’il fallait opérer très vite et sa réaction a été……….plus que vive ce qui nous a encore valu une belle dispute mais je ferai un article sur les réactions violents des gens ayant un cancer plus tard) ce film m’a perturbée, vraiment perturbée et je dois transformer ce sentiment en quelque chose de constructif ! Et quand je me pose la question de ce que je veux vraiment faire de ma vie, il serait temps à 51 ans, je me dis que la seule chose que j’aime outre apprendre c’est écrire. Mais là encore je bloque, écrire quoi, en suis-je capable ? Ai-je du talent même si j’étais très douée à l’école ? Moi je veux être Pagnol ou d’Ormesson ou rien mais quand apprendrais-je à être juste moi-même ? Et puis c’est qui déjà moi ?

Un jour une copine pas du tout surdouée mais très très sûre d’elle m’a dit qu’elle avait écrit un livre et qu’elle l’avait fait publier chez un petit éditeur. J’étais très heureuse pour elle et j’ai acheté ce livre. Je crois que c’est le truc le plus nul qu’il m’ait été donné de lire, une nullité totale, mal écrit, plein de gros mots, une histoire lue cent fois pour moi la grande lectrice. Bref, j’ose le dire, une merde ! Elle ne m’a jamais demandé ce que j’en pensais parce que j’aurai été obligée de mentir et que je déteste ça et puis peu de temps après j’ai arrêté de la fréquenter. Cette histoire m’a mise vraiment en colère car elle, sans aucun talent, avait eu le courage de croire en elle et avait réussi à se faire publier (a-t-elle payé je n’en sais rien) et moi je n’avais même pas le courage d’essayer ?! Et puis mon frère a aussi écrit un livre qui a été publié mais là par contre j’ai adoré, en toute objectivité. Il a du talent (il est photographe de métier), il écrit bien, son histoire est formidable et j’en ai pleuré en le lisant tellement je trouvais ça bon ! Alors je me suis dit que je n’avais pas son talent et j’ai rangé mes rêves……….encore !

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Etre un homme

Depuis l’annonce du cancer de la prostate de mon mari, des explications sur l’opération et surtout sur les séquelles urinaires et sexuelles je me rends compte que mon mari, comme sans doute beaucoup d’hommes, a un vrai problème avec l’image virile de ce que doit être un homme et c’est là que les choses pèchent et qu’il coule………..

Je comprends sa peur des examens médicaux, sa peur de l’opération, de la douleur, des piqûres moi la phobique des hôpitaux et de la maladie mais je découvre, après 25 ans de mariage, l’image qu’il s’est forgé de ce qu’est être un homme. Il a grandi dans une famille d’hommes, un père assez macho qui est une sorte de caricature d’homme dans tout ce que je déteste et 2 frères qui ont tout fait pour ressembler à leur père. Quant à ma belle mère ce n’est pas mieux, son image des hommes est la même. Ce qui caractérise un homme à leurs yeux c’est la sexualité et le statut social et surtout ne pas se montrer faible et ne pas montrer ses émotions, c’est faire du sport et ne pas se laisser aller : « tu es un homme bon sang ! »

Mais ce n’est pas tout. Mon mari a des rapports compliqués avec sa famille car il s’est toujours senti un peu différent d’eux. Il s’est forgé dès l’enfance une carapace dans laquelle il s’est enfermé et où on enfouit ses émotions, ses ressentis, il est mutique de nature, secret, renfermé et si je savais tout ceci je découvre tout un pan que je ne connaissais pas. Depuis l’annonce il a d’abord été sous le choc car on va lui retirer un organe primordial pour un homme, on va toucher à sa virilité, à ses érections qui risquent de ne jamais revenir, à son système urinaire qui fera de lui un vieillard (c’est ce qu’il pense), puis il a été en colère, il a ressenti une rage immense contre les médecins, le milieu médical qui va le mutiler et contre moi qui le pousse à voir le positif et qui parfois donne raison aux médecins qui estiment son état mental plutôt négatif. Son combat contre le cancer il le met contre le milieu médical. Pourquoi pas………. Mais en même temps il est infiniment triste, pleure subitement, essaye de le cacher, va s’enfermer aux toilettes ou prétexte une course, je le vois cacher ses larmes lorsqu’il est en train de travailler à l’ordinateur et malheureusement pour lui je vois tout, ressens tout ce qu’il ressent et rien ne m’échappe.

J’essaye de parler avec lui, de lui faire sortir ses émotions, aidée par la psy ou par l’infirmière d’annonce de la clinique mais c’est si difficile. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et quand j’essaye d’être positive en lui parlant de tout ce qui existe au niveau de la récupération de sa (notre) vie sexuelle il n’écoute pas. Il reste sur la mutilation, l’amputation d’un organe et l’homme handicapé qu’il pense devenir. Bien sûr mon esprit de zèbre essaye de lui faire comprendre qu’il est un être humain avant d’être un homme, que les médecins lui ont dit qu’il n’allait pas mourir, qu’on s’adaptera à l’après, que je l’aimerai quoiqu’il arrive, que pour moi il restera un homme avec ou sans érection, qu’il reste la sensualité, l’érotisme, le désir, qu’il y a des techniques que jamais je ne le verrai autrement que comme un homme, mon homme mais je me rends compte que son image de l’homme est bien ancrée en lui et j’ai peur de l’avenir.

Hier soir alors que nous étions sur le canapé il s’est mis à pleurer, je l’ai pris dans mes bras, je lui ai dit de se laisser aller, que c’était normal, humain et même pour un homme mais il n’y arrive pas. Il dit pourtant qu’il n’a confiance qu’en moi, que je suis tout pour lui mais quand je l’ai un peu obligé à mettre sa tête sur mes genoux et à sortir toute sa peine il bloque. Il n’y a rien de nouveau dans mon comportement j’ai toujours été une femme très maternelle, très maternante, rien de neuf là dedans mais lui pense que ce n’est pas être un homme que de pleurer dans les bras de quelqu’un. Il dit même que si les choses étaient inversées il serait mort d’inquiétude mais que dans le cas actuel il n’accepter pas mon inquiétude, que ce n’est pas pareil ! Pourquoi ? Parce qu’il est un homme………………et que je n’ai pas à me rendre malade pour lui. Quand je lui suggère d’appeler son père ou ses frères dont il n’a plus aucune nouvelles depuis l’annonce du cancer, comme en temps normal d’ailleurs, il refuse. Il dit qu’il ne veut pas leur montrer qu’il va mal et quand je suggère que peut-être ils ne se doutent pas de son état psychologique, qu’ils ne peuvent pas savoir s’il ne dit rien, il répond qu’ils n’ont qu’à se renseigner et qu’il ne veut pas leur montrer son désarroi.

Je suis perdue, triste, je me sens si seule. S’il attend juste que je sois là en silence à le regarder couler, je n’y arriverai pas, ce n’est pas moi. Il sait qu’il a épousé une femme maternelle, attentionnée, aimante, patiente, câline, je ne peux pas devenir quelqu’un d’autre sauf le laisser plus respirer et moins l’étouffer, ce que je me force à faire. Hier il m’a avoué que seul son regard à lui sur son statut d’homme comptait, que le mien………..il n’arrivait pas à le prendre en compte. Il sait mon amour inconditionnel est-ce pour cela ? N’est-ce pas important de savoir que votre femme vous aime dans n’importe quelles circonstances ? Qu’elle vous voie comme un homme que vous ayez une érection ou pas ? Je suis démunie devant son image masculine qui est si loin de la mienne, moi je vois un être humain, l’homme que j’aime et pas un malade du cancer. Les psys, la nôtre et celle de l’hôpital, arriveront-elles à lui montrer une autre image de l’homme ?

J’ai si peur de l’opération, qu’il souffre mais plus encore, je crois, de sa façon de réagir après…………et même s’il dit que moi seule ai du pouvoir sur lui, serais-je capable de lui rendre sa virilité érection ou non ? Mais bon sang qu’apprend-on aux petits garçons ? Je hais sa mère, sa père et tout ce qu’on lui a inculqué et il pense pour les défendre que c’est lui s’est forgé cette image virile tout seul, comment va-t-il s’en sortir ?

Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.

Se disputer avec un(e) surdoué(e)

Je ne suis pas une spécialiste, je ne sais pas si tous les surdoués, HP, zèbres, suréfficients, fonctionnent comme moi lors des disputes mais je vas vous parler d’un mode de fonctionnement qui me fait terriblement souffrir et dont je peux avoir honte.

Depuis que je suis enfant les disputes fortes avec ma famille et à présent avec mon mari et plus rarement avec ma fille se passent toujours de la même façon et je n’arrive pas à sortir de ce cycle infernal.

J’ai été frappée par une phrase d’une de mes héroïnes préférées, Lila de l’amie prodigieuse, qui provoque toujours autours d’elle les pires réactions des gens qui l’aiment ou pas. Et elle demande à sa meilleure amie si elle est une personne mauvaise et pourquoi elle fait ressortir chez les autres le pire de ce qu’ils ont en eux. En regardant cette scène lors de son passage télé, mon mari et ma fille se sont écriés : « mais c’est normal elle les pousse à bout ! ». Et cela m’a fait très mal car je fais exactement la même chose depuis toujours. Lors d’un conflit ou d’une dispute je pousse les gens à bout, je les pousse tellement que certains ne pensent qu’à me faire taire, perdent leur sang-froid et parfois arrivent à me bousculer ou font preuve d’une relative pour violence pour que j’arrête et je n’arrive pas à m’arrêter et devient à mon tour violente………….

En fait quand lors d’une dispute je constate des mots injustes, blessants et que je constate que la personne n’arrive pas à comprendre ce que je veux dire ou comprendre, que mon sens de l’analyse, mes constatations presque toujours exactes sur la situation ou les choses sont rejetées, au lieu de laisser la dispute et de partir, je pousse, j’argumente, j’explique, j’analyse et je mets les gens face à leurs incohérences et leurs égarements. Entendons-nous bien quand j’ai tort j’ai tort, j’accepte et je me tais, je sais me remettre en question et accepter mes torts, je réfléchis et j’essaye de modifier ce que l’on me reproche. Mais quand je sais que j’ai raison, que la personne en face de moi s’égare sur le mauvais chemin et que mes arguments pour lui faire comprendre en quoi il peut se tromper et avoir tort ça rend la personne hystérique et tout le monde en arrive à le devenir, moi y compris. Et je me rends bien compte que je ne sais pas m’arrêter. Je ne sais pas laisser pourrir une situation sans aller au bout des choses, au bout des explications, au bout des émotions. Je ne sais pas partir et attendre que tout se calme parce que si ce comportement est valable pour la plupart des gens, il n’en est pas de même pour moi. Si je me mets de côté pour soi-disant calmer les choses c’est le contraire qui se produit pour moi. Si je n’arrive pas à exprimer ce que je pense, ce que je ressens ou si je ne peux expliquer je rumine et ma colère se nourrit d’elle-même………..et j’explose encore plus fort quelques temps après.

Cette semaine il y a eu une forte dispute avec mon mari qui va très mal moralement depuis l’annonce de son cancer. J’essaye depuis des semaines d’être positive, de le tirer vers le haut, de voir un peu de lumière dans tout ce négatif, j’écoute, je console, je réconforte mais quand je vois que volontairement il s’enfonce dans la dépression, devient agressif avec le corps médical et avec moi et bien j’explose. J’explose en essayant de positiver, de lui montrer la lumière, je lui dit que je ne veux pas couler avec lui mais que je voudrais qu’il remonte à la surface avec moi et quand je vois qu’il me rejette, me repousse, s’énerve après moi, au lieu de le laisser sur le côté se noyer seul j’essaye de discuter, d’expliquer, d’analyser et ça a provoqué une terrible dispute avec violence de part et d’autre……….. Je sais qu’en plus j’ai peur de l’abandon, j’ai peur quand il dit qu’il va partir réfléchir, qu’il n’en peut plus, j’ai peur qu’il se plante en voiture quand il est dans cet état là, j’ai peur qu’il fasse une connerie alors que chez les gens normaux il suffirait de le laisser partir pour le laisser réfléchir mais je ne peux pas. Au final les disputes durent des heures mais se finissent toujours pareil : à force de parler, d’expliquer, d’analyser la situation j’arrive à calmer les choses et enfin il se met à parler, à expliquer, à sortir ses émotions. Mais je ressors de tout ceci vidée, comme brûlée de l’intérieur et toute ma vie, mon enfance, mes bagarres avec mon père, mon frère, remontent à ma mémoire. Je ne veux qu’aider, consoler, réconforter alors pourquoi les choses en arrivent à ce point là ? Pourquoi, comme Lila, je pousse les gens à bout ?

Hier j’ai parlé de tout ceci avec ma psy tant j’ai honte de moi, de ce que je provoque, de ce que je n’arrive pas à maitriser, tant je voudrais être quelqu’un de calme, posée, zen. J’ai aussi ce sentiment d’injustice : pourquoi la gentille petite fille puis adolescente puis adulte que je suis peut provoquer tant de cris et de violence et finit parfois par se faire taper dessus par les siens ? Pourquoi suis-je mauvaise moi aussi ? Pourquoi suis-je si extrême ? Elle a pris le temps de m’expliquer que mon hypersensibilité me mettait dans un tel état de souffrance, de désespérance que j’en arrivais à des réactions extrêmes. Elle me disait aussi que mes pensées étaient tellement plus rapides que les gens qui m’entourent et que je voyais les situations sous un angle plus clair et plus exact ce que les autres en face de moi ne pouvaient pas voir à ce moment là, qu’ils n’avaient pas mes facultés à deviner, que mon don de lire dans leurs têtes et leurs coeurs mieux qu’eux mêmes pouvaient être perçu comme un viol et qu’ils ne le supportaient pas. Elle m’a aussi dit que je n’étais pas un monstre mais une surdouée qui était différente des autres, qui ne réfléchissait et ne fonctionnait pas comme les autres, que je devais accepter ma différence, comprendre que je réfléchissais plus vite et qu’une fois l’acceptation faite de tout ce mode de fonctionnement je pourrais travailler à laisser les autres aller à leur rythme et à ne plus vouloir leur imposer mon rythme à moi.

Il est difficile d’avouer tout ceci, un blog est plus facile, mais je sais que je serai jugée et sans doute mal jugée mais j’ai besoin de parler de cette spécificité et surtout si vous passez par ici et que vous êtes aussi surdouée, HP, zèbre, partagez avec moi votre propre expérience……………

Cancer et psychologie

Depuis un an mon mari a changé, il est plus agressif, plus en colère, il s’en prend à tout et tout le monde et puis il cherche avec sa thérapeute pourquoi il agit ainsi car il n’a jamais été comme ça.

Aujourd’hui nous savons qu’il a un cancer de la prostate et que l’on va toucher à ce qui fait de lui un homme, à sa sexualité, à sa virilité qu’il ne retrouvera peut être jamais. Il a mis du temps à accepter la perspective de l’opération mais le généraliste lui a dit que c’était la meilleure solution. Alors il s’y plie. Oui mais voilà, il est abattu, il dit qu’il ne ressent plus rien, qu’il ne pense plus, je vois bien qu’il n’arrive même plus à travailler et qu’importe la positivité que j’essaye de lui apporter, il lui faut le temps d’encaisser………et puis je suis une femme qui à priori ne comprend pas tout ! Mais moi aussi j’ai peur, bien sûr que j’ai peur quand on me dit qu’il n’y aura pas d’érection durant 2 ans si jamais cela revient ! Peur de ses réactions, peur pour lui, peur pour notre couple, peur que ça nous éloigne lui qui n’est déjà pas très affectueux.

Mais cette nuit une idée a jaillit dans mon cerveau en ébullition : la prise de sang indiquant un problème a été faite en novembre mais il est mal psychologiquement depuis au moins le début de l’année dernière et il dit qu’il a rêvé une nuit qu’il avait une maladie, qu’il sentait depuis de longs mois qu’il y avait un problème mais sans les symptômes qui vont avec. Et si il avait senti ce cancer en lui depuis tous ces mois, ce qui expliquerait son comportement depuis un an, comportement que j’ai pris pour une dépression, la crise de la cinquantaine ? Et si son agressivité et son mal-être venait tout simplement de ce qu’il craignait si fort ? Et si tous nos problèmes ne venaient que de là ? Mon mari a l’habitude de vouloir me protéger à sa façon, c’est à dire qu’il pense que s’il est désagréable avec moi je cesserai de l’aimer et que je souffrirai moins. C’est sa façon d’être quand il y a un problème. J’ai beau lui affirmer que je l’aime peu importe qu’il ait des problèmes ou pas, qu’on est mariés pour le meilleur et le pire et que je ne suis pas le genre de femme à partir quand il y a le pire, il veut me protéger. Alors ensuite il se calme, il me dit que je suis l’unique amour de sa vie, qu’il n’aime que moi, qu’il veut me protéger de lui même…………..

Aujourd’hui nous savons que notre vie sexuelle va être perturbée pour ne pas dire mise en pièces mais depuis l’annonce il ne veut même plus faire l’amour, il n’a pas la tête à ça dit-il, chose qui n’est jamais arrivée en 25 ans de vie commune. Le sexe a toujours été son échappatoire. Là on a touché à sa virilité, son sexe et il arrête déjà toute activité. J’ai beaucoup été lire sur le cancer de la prostate et surtout sur le comportement des malades et à priori tout ceci est normal, ils agissent presque tous ainsi. Mais moi je fais quoi à part le rassurer ? En plus la psy n’a répondu à aucun de ses sms ou mail depuis l’annonce et il est fou de colère contre elle, il veut la laisser tomber et aller voir un psy de la clinique où il va être opéré. Le problème est que c’est aussi ma psy et que moi aussi je suis en colère contre son comportement depuis vendredi. Je la vois demain, comment vais-je réagir, je ne sais pas cacher ma colère ou ma déception, je suis trop entière. Mais j’ai besoin d’elle, j’avance avec elle, je ne me vois pas recommencer une thérapie ailleurs, elle sait trop de choses de mon histoire. Comment va se passer le rendez-vous de demain ?

J’ai une crise d’angoisse terrible depuis ce matin que je n’arrive pas à calmer, trop de choses se passent dans nos vies depuis un an et je crains les mois à venir……….

Le verdict est tombé

Voilà le verdict est tombé : mon mari a un cancer de la prostate……………

L’annonce a été difficile, il est resté prostré, muet, sous le choc, j’ai posé toutes les questions que je pensais utiles, j’ai essayé d’encaisser parce que je n’ai retenu qu’une phrase : « ce cancer n’est pas mortel, si on retire totalement la prostate il n’y aura pas de risques de récidives, par contre si vous choisissez une autre méthode je ne peux rien garantir ». Bien sûr les séquelles de l’opération sont importantes : problèmes urinaires durant 3 à 6 mois puis surtout problèmes érectiles durant un à deux ans et encore si l’érection revient mais il y a des hormones, des traitements, une rééducation. Et tout dépend du couple et de la motivation.

La date de l’opération a été fixée au 16 avril après d’autres examens d’exploration. C’est sans doute idiot mais je me suis raccrochée à ces mots : il ne va pas mourir. Mon mari est resté abattu ou en pleurs durant deux jours. J’ai essayé de lui dire qu’on était ensemble, forts et soudés, qu’on se sortirait de tout ça, que l’érection n’était pas le plus important dans l’amour (sans doute ai-je été maladroite en voulant le rassurer), que ce qui comptait c’était que ce cancer ne revienne pas etc…

Oui mais voilà, hier il nous a annoncé qu’il voulait d’autres avis, voir d’autres médecins, qu’il ne voulait pas être privé de tout ce qui faisait de lui un homme et que sa décision il la prendrait seul, sans nous, que c’était son corps et qu’en gros on n’avait pas notre mot à dire. Il était en colère, agressif. Notre fille est partie en claquant la porte, se sentant exclue et moi j’ai mal réagi j’avoue. C’est son corps, son cancer ok, je comprends mais la décision il ne peut pas la prendre sans notre avis non ? JE NE VEUX PAS vivre avec la peur au ventre que cela revienne, avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête. Je voudrais qu’on lui retire cette merde du corps, point. S’en est suivi une après midi de disputes parce que quand il va mal il s’en prend à moi, plus facile. Je lui ai demandé de tourner sa colère contre le cancer pas contre moi, oui je suis une femme et oui j’ai du mal à comprendre l’importance de la fonction « virile », tout ce qui compte pour moi c’est la vie ! Il a fini par se calmer et m’a demander pardon mais il a mis toute ma positivité à terre, je me sens vidée, épuisée………..

Donc ce matin il va voir le généraliste, voir avec lui, s’il lui conseille d’aller voir un autre urologue il ira et si ce dernier dit autre chose que le premier, que fera-t-on ? Je comprends qu’il a du mal à accepter la situation mais sera-t-il raisonnable ? Va-t-il mettre sa vie en danger ? J’ai peur, tellement peur, je me sens seule, si seule………..

Le syndrome de l’abandon

J’ai déjà parlé ici de mes attaques de panique, mes crises d’angoisse et mon incapacité à rester seule chez moi ou à sortir seule. Durant des années les psychiatres ont diagnostiqué une agoraphobie sévère. J’ai fait mille thérapies classiques ou non, essayé mille choses mais rien ne calmait les attaques de panique. Et puis les deuils, les abandons, les coups de la vie ont fait augmenter ces attaques jusqu’à ce que mon mari soit l’unique personne avec qui je puisse rester à la maison comme à l’extérieur.

Il y un an il a craqué parce que professionnellement il avait besoin de bouger, seul de préférence et m’a demandé de reprendre une thérapie. Depuis j’ai découvert ma surdouance et dans tous livres que j’ai lu sur le sujet j’ai découvert que les suréfficients, les surdoués, les zèbres souffraient très souvent d’attaques de panique. Quand j’ai rencontré mon actuelle psychologue spécialisée en surdouance elle m’a parlé du syndrome de l’abandon que j’ai connu enfant et surtout de ses répercussions sur ma vie. Je n’ai pas été abandonnée au sens propre mais mon frère est mort lorsque j’avais 5 ans, premier abandon, et ma mère qui adorait son fils s’est détournée de moi qui n’étais qu’une fille. Et pour couronner le tout mon père était très absent professionnellement et dès ma plus tendre enfance j’ai eu le sentiment d’être seule, abandonnée face à une mère que je n’intéressais pas et qui en plus ne voulait pas de fille. Mes sentiments vis à vis de ce frère mort sont plus complexes, j’ai l’impression que je ne l’aimais pas vraiment car il me volait ma mère qui, déjà, ne me calculait pas vraiment.

J’ai lu un livre sur le syndrome de l’abandon et malheureusement je me suis reconnue dans beaucoup de descriptions. Effectivement je me suis toujours sentie seule, abandonnée, pas aimée, j’ai toujours pensé qu’il fallait que je justifie le fait d’être en vie à la place de ce frère mort mais j’ai passé des années à raconter en thérapie tout ceci sans émotions. Mes émotions étaient bloquées, ensevelies sous une chape de plomb, sous un millier de voiles. J’ai essayé l’auto-hypnose, sorte de méditation guidée profonde, très ciblée sur les attaques de panique et depuis le voile se lève tout doucement sur mes ressentis d’enfant. Je me culpabilise de faire ressortir tout ceci au moment où mon mari a une suscitation de cancer de la prostate mais d’après la psy que je vois ce n’est pas un hasard, j’ai tellement peur de le perdre que tout resurgit…………………… Je commence à comprendre ce que j’ai vécu enfant, la terreur que j’ai connu durant des années, cette terreur d’être seule au monde, de ne pas pouvoir exprimer ma peur, ma terreur, je revis petit à petit certains moments de mon enfance avec les attaques de panique qui vont avec. Tout cela correspond à mes actuelles attaques de panique d’adulte, les mêmes symptômes, les mêmes peurs, la même impression d’être seule au monde, abandonnée quand mon mari quitte la maison pour raison professionnelle. Mon cerveau comprend ce qui se joue, je sais que je dois en passer par le fait de revivre ses peurs là, que je dois comprendre le vide qui m’habitait pour comprendre le manque, nommer le manque et ensuite tout faire pour le combler à présent que je suis adulte mais c’est dur, si dur de revivre tout ça en plus de la peur que j’ai que mon mari ne soit malade…………….

Aujourd’hui nous saurons si mon mari a un cancer de la prostate et s’il doit se faire opérer. Je suis terrifiée à l’idée qu’il soit malade ou affaibli mais je suis aussi terrifiée de devoir assumer son absence s’il est opéré. Pourtant j’ai évolué cette année, j’ai surmonté tant d’angoisses lors de ses voyages pro et ma fille, ma merveilleuse fille, est là avec moi et vit tout ça à mes côtés. Mais j’ai du mal à imaginer qu’un jour j’arriverais à sortir de ce fichu syndrome de l’abandon et de ces attaques de panique………….