Le stéréotype du surdoué

Hier, pour se détendre un peu, j’ai voulu montrer à ma fille un film que j’adore « Will Hunting ». C’est un film que j’ai beaucoup vu, comme « le cercle des poètes disparus » avant de découvrir ma propre surdouance. Hier, quand j’ai dit à mon mari que nous allions regarder ce film il a répondu :  » ça va te faire mal……. ». Sur le coup je n’ai pas compris, j’ai vu ce film 5 ou 6 fois et ça ne m’a jamais vraiment fait mal………. »oui, mais c’était avant que tu ne saches pour toi » a-t-il rétorqué.

« Avant que tu ne saches pour toi »…………. Justement avant je pensais qu’être surdoué(e) c’était être capable de résoudre des énigmes mathématiques de haut niveau, c’était être un génie, Einstein quoi, savoir lire avant d’entrer à l’école ou jouer du piano comme Mozart et composer des symphonies à 5 ans ! C’était ça pour moi être surdoué. Je voyais ce Will Hunting comme un garçon violent et tourmenté à cause de son enfance, de son milieu pareil pour sa rébellion.

Mon mari n’avait pas tort. Regarder ce film que j’adore m’a fait mal, je ne l’ai pas du tout vu comme les précédentes fois. J’ai compris plusieurs choses en le regardant, d’abord je me suis toujours excusée d’exister, j’ai toujours voulu prouver que je méritais l’amour que l’on me portait, amour que je mendiais, je me suis rendue compte aussi que je ne me suis jamais permis de vivre ce dont j’avais envie parce que j’avais l’impression d’être un imposteur. Oui j’ai toujours su que j’étais différente, que je ne pensais pas comme les autres, je comprenais plus vite et ne comprenais pas que les autres ne puissent pas me suivre, je pensais qu’ils faisaient preuve de mauvaise volonté quand ils n’arrivaient pas à faire ce que moi je parvenais à faire dans tous les domaines. Oui j’ai passé ma vie dans les livres, puis sur internet à me renseigner, à savoir, à découvrir, à vouloir comprendre le monde qui m’entoure. Oui, j’ai saoulé tout le monde depuis l’enfance à vouloir savoir tout et n’importe quoi. Oui j’ai eu la vie maritale dont je rêvais en gros parce que dans ce domaine là je me suis donné les moyens, parce que c’est un domaine réservé aux filles, pas un truc de surdoué, c’est la norme et surtout c’était la seule chose dont je rêvais : un amour inconditionnel, un être qui m’aimerait enfin pour moi-même et avoir des enfants, surtout avoir des enfants. Et là je ne me suis pas loupé, mon couple est compliqué mais solide et ma fille est la fille dont rêve tous les parents…….

Oui mais le reste ? J’ai toujours crié haut et fort que je n’avais aucune ambition, aucun désir professionnel, c’est vrai, c’est toujours vrai. J’ai un rapport à l’argent compliqué, j’en veux pour vivre et ne pas avoir de soucis mais je ne cours pas après et je n’arrive pas à faire les choses pour l’argent. Je ne gère pas celui du foyer et je me suis déchargée de tout ceci sur mon mari qui n’est pas plus doué que moi mais qui assure parce qu’il est un « homme ». Oui j’ai toujours été passionnée, rebelle, ramenant ma fraise tout le temps, partout, oui, j’ai un souci avec la hiérarchie, l’ordre établi. Mais en regardant ce film je me suis rendue compte que j’avais eu et que j’avais encore des rêves, m’épanouir artistiquement surtout en écrivant mais j’aurai adoré être actrice aussi. Tout ce qui tourne autour des mots et de la culture me passionne. Mais je ne m’en suis jamais donné les moyens, pas assez douée, pas à la hauteur de ce que je voudrais être, lâcheté, manque de courage sans doute, syndrome de l’imposteur aussi………

Moi aussi j’aurai aimé croisé sur mon chemin un Robbin Williams que ce soit en thérapeute ou en professeur comme dans « le cercle des poètes disparus ». Ces deux rôles et surtout cet acteur me parlent plus que tout. Personne ne m’a guidée, personne ne m’a dit qui j’étais et ce dont j’étais capable. Oui sans doute suis-je capable de tout faire dans la vie c’est pourtant ce que je fais au quotidien. J’ai appris mille choses toute seule, des activités plutôt artistiques, rien ne me rebute, quand j’ai envie de faire quelque chose j’apprends à le faire et je pensais vraiment que tout le monde en était capable. C’est vraiment difficile d’avoir été détectée à 50 ans, d’apprendre jour après jour à se connaître, à découvrir ses spécificités mais surtout je ne sais même pas quoi faire avec tout cela……

Quand le film a été terminé, j’étais mutique (rare chez moi), enfermée dans mes questionnements, j’essayais de comprendre ce qui, chez moi, pouvait ressembler à ce génie des maths moi qui sais à peine faire une division à 3 chiffres. Je sentais que je ressemblais à ce jeune garçon mais en quoi ? Mon mari et ma fille m’ont parlé, m’ont expliqué ce qui chez moi était identique à ce héros de films, ce qu’ils avaient reconnu de moi chez lui et surtout m’ont rappelé qu’être surdouée ce n’était pas uniquement être un génie scientifique ! Alors bien sûr j’ai fait des recherches sur internet pour comprendre un peu plus qui je suis. Et oui il y a les génies scientifiques mais il y a aussi des intelligences multiples, les surdoués émotionnels peu reconnus, les surdoués verbaux, l’intelligence perceptive avec ses prémonitions et ses capacités à lire dans les pensées et le cœur des gens mieux qu’eux mêmes, et tout ces profils dans lesquels je me suis reconnue. Je ne parlerai pas ici de la violence qui découle parfois d’être incomprise ou de se sentir différente, seule, d’être parfois si difficile à vivre pour ceux que j’aime, de ma rébellion permanente, de mon idéalisme aussi ou de certaines convictions profondes.

Après la semaine très difficile que je viens de passer (on a découvert qu’en plus du cancer de la prostate mon mari avait un problème à un oeil qu’il fallait opérer très vite et sa réaction a été……….plus que vive ce qui nous a encore valu une belle dispute mais je ferai un article sur les réactions violents des gens ayant un cancer plus tard) ce film m’a perturbée, vraiment perturbée et je dois transformer ce sentiment en quelque chose de constructif ! Et quand je me pose la question de ce que je veux vraiment faire de ma vie, il serait temps à 51 ans, je me dis que la seule chose que j’aime outre apprendre c’est écrire. Mais là encore je bloque, écrire quoi, en suis-je capable ? Ai-je du talent même si j’étais très douée à l’école ? Moi je veux être Pagnol ou d’Ormesson ou rien mais quand apprendrais-je à être juste moi-même ? Et puis c’est qui déjà moi ?

Un jour une copine pas du tout surdouée mais très très sûre d’elle m’a dit qu’elle avait écrit un livre et qu’elle l’avait fait publier chez un petit éditeur. J’étais très heureuse pour elle et j’ai acheté ce livre. Je crois que c’est le truc le plus nul qu’il m’ait été donné de lire, une nullité totale, mal écrit, plein de gros mots, une histoire lue cent fois pour moi la grande lectrice. Bref, j’ose le dire, une merde ! Elle ne m’a jamais demandé ce que j’en pensais parce que j’aurai été obligée de mentir et que je déteste ça et puis peu de temps après j’ai arrêté de la fréquenter. Cette histoire m’a mise vraiment en colère car elle, sans aucun talent, avait eu le courage de croire en elle et avait réussi à se faire publier (a-t-elle payé je n’en sais rien) et moi je n’avais même pas le courage d’essayer ?! Et puis mon frère a aussi écrit un livre qui a été publié mais là par contre j’ai adoré, en toute objectivité. Il a du talent (il est photographe de métier), il écrit bien, son histoire est formidable et j’en ai pleuré en le lisant tellement je trouvais ça bon ! Alors je me suis dit que je n’avais pas son talent et j’ai rangé mes rêves……….encore !

Une grande décision et un merveilleux moment !

Il y a des années, en fait depuis toute petite, que je veux écrire, que je ne pense qu’à écrire. Je n’ai pas fait de longues études mais j’ai toujours été première en français, j’adorais faire des rédactions, des dissertations et je faisais même celles de mes camarades d’école (quand je n’écrivais pas des lettres d’amour à leur place) et même si les profs n’étaient jamais dupes je continuais car je ne me lassais jamais d’écrire.

J’ai grandi dans une famille où les livres étaient très importants avec des parents qui écrivaient beaucoup et plutôt très bien mais qui n’allaient jamais au bout de leurs écrits. En parlant un jour à mon père nous sommes tombés d’accord tous les deux : quand on lit autant que nous, que nous lisons tant de belles choses, nous pensons que notre propres écrits ne sont pas à la hauteur de ce que nous aimons lire tous les deux. Alors à chaque essai d’écriture je laisse tomber, je trouve ça plat et sans relief et mon manque de confiance en moi fait le reste. Pourtant il y a 3 ans mon frère a publié un livre, certes le tirage est assez confidentiel, mais j’ai adoré son audace, j’ai adoré son histoire et son courage.

Et puis durant cette dernière année si compliqué pour moi j’ai eu encore envie d’écrire mais je ne trouvais pas l’angle, la manière d’aborder les choses. Moi la super imaginative dans la vie je perds tout imagination dès qu’il s’agit d’écrire, je ne sais pas pourquoi. J’ai tendance à vouloir raconter de manière extrêmement fidèle ce qu’il m’est arrivé dans la vie. Et puis il y a quelques jours j’ai acheté un stylo plume dans le cadre d’une collection lancée dans les bureaux de tabac, un réflexe comme ça, j’aime l’objet et puis mon mari a décidé d’en acheter un aussi, j’y ai vu un signe. Dans le même temps nous avons eu tous les deux de grandes discussions sur sa thérapie, sur son enfance, sur tout ce qu’il a gommé, lissé pour faire plaisir à ses parents, sur qui il était vraiment et sur qui il aurait pu être si seulement…. Tout ceci a beaucoup agité mon esprit (je sais il en faut déjà peu !). Et nos discussions sans fin m’ont donné une idée : et si nous nous étions rencontrés enfants à l’âge où nos vies ont été bouleversées, le même âge d’ailleurs, 5 ans ? Que serions-nous devenus si nous avions eu la chance de nous connaître à cet âge là ? Que se serait-il passé si nous n’avions plus été seuls chacun dans nos souffrances ? Bien sûr nous n’habitions pas la même région, nos parents n’auraient pas pu se fréquenter pour tout un tas de raisons mais si cela avait été, quelle aurait été l’impact sur nos vies ?

A partir de là tout s’est mis en place naturellement dans ma tête. Une histoire, un plan, une trame, une idée à peine romancée de nos vies partant de la question des âmes sœurs. Et j’ai pris ma plume poussée par ma fille et mon mari à qui j’ai parlé de mon idée. Ma fille me pousse toujours à écrire, à faire ce que j’aime et mon mari a eu l’air totalement emballé par mon histoire et par ce que cela pourrait amener à sa mémoire d’enfance défaillante. Alors depuis je noircis des pages de cahiers avec ma plume, à l’ancienne malgré mes douleurs aux épaules et aux cervicales et tout coule limpidement.

Hier alors que les semaines qui s’annoncent m’angoissent au plus haut point (mon mari part un jour et demi ce qui est une torture pour moi et mes attaques de panique et la biopsie prévue le 6 février) nous avons décidé de penser à nous deux et de nous faire plaisir. Nous avons fait quelques courses et sommes partis en amoureux un après-midi pour nous retrouver. Ce fut un moment magique et merveilleux où nous nous sommes donc retrouvés, il faut avouer que chez nous vivent ma maman, notre fille avec qui je travaille sur sa nouvelle boîte, notre chien très très jaloux et que nous n’avons de ce fait plus vraiment de vie sexuelle. Alors cet échappatoire amoureux a été des plus bénéfiques…………. En rentrant mon mari était de bonne humeur et gai mais surtout il avait envie de partager avec nous. Il nous a raconté qu’il se reconnectait à un certain magnétisme qu’il avait en lui de famille mais qu’il n’avait jamais testé vraiment, qu’il apprenait tout seul la nuit, il nous a parlé de tout ce qu’il avait mis de côté ces dernières années comme ses dons artistiques de dessins ou d’écriture (ce qui m’avait séduit chez lui) et il nous a annoncé que lui aussi écrivait depuis quelques mois ! Il m’a demandé de lire son début de roman et même s’il n’a pas les bases littéraires (c’est un scientifique forcé alors que moi je sais son penchant artistique refoulé) ses idées sont géniales je n’ai pas peur de le dire. Son imagination est fertile et lui part où moi je ne sais pas aller en écriture, dans l’imaginaire ! Mais le plus troublant est le sujet de fond qui rejoint totalement le mien : l’enfance, les souvenirs oubliés ou enfouis et cela m’a fait encore plus prendre conscience de nos âmes sœurs ou jumelles………

Ce fut une journée magique et magnifique et il faut s’en souvenir pour les jours où cela sera plus difficile et où la réalité nous rattrapera professionnellement ou médicalement. Graver ces moments là à jamais mais surtout ne pas lâcher, comme nous l’avons toujours fait, nos projets artistiques, nos désirs, nos envies et se foutre du reste !