Etre un homme

Depuis l’annonce du cancer de la prostate de mon mari, des explications sur l’opération et surtout sur les séquelles urinaires et sexuelles je me rends compte que mon mari, comme sans doute beaucoup d’hommes, a un vrai problème avec l’image virile de ce que doit être un homme et c’est là que les choses pèchent et qu’il coule………..

Je comprends sa peur des examens médicaux, sa peur de l’opération, de la douleur, des piqûres moi la phobique des hôpitaux et de la maladie mais je découvre, après 25 ans de mariage, l’image qu’il s’est forgé de ce qu’est être un homme. Il a grandi dans une famille d’hommes, un père assez macho qui est une sorte de caricature d’homme dans tout ce que je déteste et 2 frères qui ont tout fait pour ressembler à leur père. Quant à ma belle mère ce n’est pas mieux, son image des hommes est la même. Ce qui caractérise un homme à leurs yeux c’est la sexualité et le statut social et surtout ne pas se montrer faible et ne pas montrer ses émotions, c’est faire du sport et ne pas se laisser aller : « tu es un homme bon sang ! »

Mais ce n’est pas tout. Mon mari a des rapports compliqués avec sa famille car il s’est toujours senti un peu différent d’eux. Il s’est forgé dès l’enfance une carapace dans laquelle il s’est enfermé et où on enfouit ses émotions, ses ressentis, il est mutique de nature, secret, renfermé et si je savais tout ceci je découvre tout un pan que je ne connaissais pas. Depuis l’annonce il a d’abord été sous le choc car on va lui retirer un organe primordial pour un homme, on va toucher à sa virilité, à ses érections qui risquent de ne jamais revenir, à son système urinaire qui fera de lui un vieillard (c’est ce qu’il pense), puis il a été en colère, il a ressenti une rage immense contre les médecins, le milieu médical qui va le mutiler et contre moi qui le pousse à voir le positif et qui parfois donne raison aux médecins qui estiment son état mental plutôt négatif. Son combat contre le cancer il le met contre le milieu médical. Pourquoi pas………. Mais en même temps il est infiniment triste, pleure subitement, essaye de le cacher, va s’enfermer aux toilettes ou prétexte une course, je le vois cacher ses larmes lorsqu’il est en train de travailler à l’ordinateur et malheureusement pour lui je vois tout, ressens tout ce qu’il ressent et rien ne m’échappe.

J’essaye de parler avec lui, de lui faire sortir ses émotions, aidée par la psy ou par l’infirmière d’annonce de la clinique mais c’est si difficile. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et quand j’essaye d’être positive en lui parlant de tout ce qui existe au niveau de la récupération de sa (notre) vie sexuelle il n’écoute pas. Il reste sur la mutilation, l’amputation d’un organe et l’homme handicapé qu’il pense devenir. Bien sûr mon esprit de zèbre essaye de lui faire comprendre qu’il est un être humain avant d’être un homme, que les médecins lui ont dit qu’il n’allait pas mourir, qu’on s’adaptera à l’après, que je l’aimerai quoiqu’il arrive, que pour moi il restera un homme avec ou sans érection, qu’il reste la sensualité, l’érotisme, le désir, qu’il y a des techniques que jamais je ne le verrai autrement que comme un homme, mon homme mais je me rends compte que son image de l’homme est bien ancrée en lui et j’ai peur de l’avenir.

Hier soir alors que nous étions sur le canapé il s’est mis à pleurer, je l’ai pris dans mes bras, je lui ai dit de se laisser aller, que c’était normal, humain et même pour un homme mais il n’y arrive pas. Il dit pourtant qu’il n’a confiance qu’en moi, que je suis tout pour lui mais quand je l’ai un peu obligé à mettre sa tête sur mes genoux et à sortir toute sa peine il bloque. Il n’y a rien de nouveau dans mon comportement j’ai toujours été une femme très maternelle, très maternante, rien de neuf là dedans mais lui pense que ce n’est pas être un homme que de pleurer dans les bras de quelqu’un. Il dit même que si les choses étaient inversées il serait mort d’inquiétude mais que dans le cas actuel il n’accepter pas mon inquiétude, que ce n’est pas pareil ! Pourquoi ? Parce qu’il est un homme………………et que je n’ai pas à me rendre malade pour lui. Quand je lui suggère d’appeler son père ou ses frères dont il n’a plus aucune nouvelles depuis l’annonce du cancer, comme en temps normal d’ailleurs, il refuse. Il dit qu’il ne veut pas leur montrer qu’il va mal et quand je suggère que peut-être ils ne se doutent pas de son état psychologique, qu’ils ne peuvent pas savoir s’il ne dit rien, il répond qu’ils n’ont qu’à se renseigner et qu’il ne veut pas leur montrer son désarroi.

Je suis perdue, triste, je me sens si seule. S’il attend juste que je sois là en silence à le regarder couler, je n’y arriverai pas, ce n’est pas moi. Il sait qu’il a épousé une femme maternelle, attentionnée, aimante, patiente, câline, je ne peux pas devenir quelqu’un d’autre sauf le laisser plus respirer et moins l’étouffer, ce que je me force à faire. Hier il m’a avoué que seul son regard à lui sur son statut d’homme comptait, que le mien………..il n’arrivait pas à le prendre en compte. Il sait mon amour inconditionnel est-ce pour cela ? N’est-ce pas important de savoir que votre femme vous aime dans n’importe quelles circonstances ? Qu’elle vous voie comme un homme que vous ayez une érection ou pas ? Je suis démunie devant son image masculine qui est si loin de la mienne, moi je vois un être humain, l’homme que j’aime et pas un malade du cancer. Les psys, la nôtre et celle de l’hôpital, arriveront-elles à lui montrer une autre image de l’homme ?

J’ai si peur de l’opération, qu’il souffre mais plus encore, je crois, de sa façon de réagir après…………et même s’il dit que moi seule ai du pouvoir sur lui, serais-je capable de lui rendre sa virilité érection ou non ? Mais bon sang qu’apprend-on aux petits garçons ? Je hais sa mère, sa père et tout ce qu’on lui a inculqué et il pense pour les défendre que c’est lui s’est forgé cette image virile tout seul, comment va-t-il s’en sortir ?

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Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.

Cancer et psychologie

Depuis un an mon mari a changé, il est plus agressif, plus en colère, il s’en prend à tout et tout le monde et puis il cherche avec sa thérapeute pourquoi il agit ainsi car il n’a jamais été comme ça.

Aujourd’hui nous savons qu’il a un cancer de la prostate et que l’on va toucher à ce qui fait de lui un homme, à sa sexualité, à sa virilité qu’il ne retrouvera peut être jamais. Il a mis du temps à accepter la perspective de l’opération mais le généraliste lui a dit que c’était la meilleure solution. Alors il s’y plie. Oui mais voilà, il est abattu, il dit qu’il ne ressent plus rien, qu’il ne pense plus, je vois bien qu’il n’arrive même plus à travailler et qu’importe la positivité que j’essaye de lui apporter, il lui faut le temps d’encaisser………et puis je suis une femme qui à priori ne comprend pas tout ! Mais moi aussi j’ai peur, bien sûr que j’ai peur quand on me dit qu’il n’y aura pas d’érection durant 2 ans si jamais cela revient ! Peur de ses réactions, peur pour lui, peur pour notre couple, peur que ça nous éloigne lui qui n’est déjà pas très affectueux.

Mais cette nuit une idée a jaillit dans mon cerveau en ébullition : la prise de sang indiquant un problème a été faite en novembre mais il est mal psychologiquement depuis au moins le début de l’année dernière et il dit qu’il a rêvé une nuit qu’il avait une maladie, qu’il sentait depuis de longs mois qu’il y avait un problème mais sans les symptômes qui vont avec. Et si il avait senti ce cancer en lui depuis tous ces mois, ce qui expliquerait son comportement depuis un an, comportement que j’ai pris pour une dépression, la crise de la cinquantaine ? Et si son agressivité et son mal-être venait tout simplement de ce qu’il craignait si fort ? Et si tous nos problèmes ne venaient que de là ? Mon mari a l’habitude de vouloir me protéger à sa façon, c’est à dire qu’il pense que s’il est désagréable avec moi je cesserai de l’aimer et que je souffrirai moins. C’est sa façon d’être quand il y a un problème. J’ai beau lui affirmer que je l’aime peu importe qu’il ait des problèmes ou pas, qu’on est mariés pour le meilleur et le pire et que je ne suis pas le genre de femme à partir quand il y a le pire, il veut me protéger. Alors ensuite il se calme, il me dit que je suis l’unique amour de sa vie, qu’il n’aime que moi, qu’il veut me protéger de lui même…………..

Aujourd’hui nous savons que notre vie sexuelle va être perturbée pour ne pas dire mise en pièces mais depuis l’annonce il ne veut même plus faire l’amour, il n’a pas la tête à ça dit-il, chose qui n’est jamais arrivée en 25 ans de vie commune. Le sexe a toujours été son échappatoire. Là on a touché à sa virilité, son sexe et il arrête déjà toute activité. J’ai beaucoup été lire sur le cancer de la prostate et surtout sur le comportement des malades et à priori tout ceci est normal, ils agissent presque tous ainsi. Mais moi je fais quoi à part le rassurer ? En plus la psy n’a répondu à aucun de ses sms ou mail depuis l’annonce et il est fou de colère contre elle, il veut la laisser tomber et aller voir un psy de la clinique où il va être opéré. Le problème est que c’est aussi ma psy et que moi aussi je suis en colère contre son comportement depuis vendredi. Je la vois demain, comment vais-je réagir, je ne sais pas cacher ma colère ou ma déception, je suis trop entière. Mais j’ai besoin d’elle, j’avance avec elle, je ne me vois pas recommencer une thérapie ailleurs, elle sait trop de choses de mon histoire. Comment va se passer le rendez-vous de demain ?

J’ai une crise d’angoisse terrible depuis ce matin que je n’arrive pas à calmer, trop de choses se passent dans nos vies depuis un an et je crains les mois à venir……….