Tout est compliqué avec un zèbre

Hier je me suis posée beaucoup de questions sur moi-même, mes rapports compliqués avec le reste du monde, ma façon d’être, le pourquoi, le comment, bref si vous êtes zèbres ou surdoués comme moi vous comprendrez de quoi je parle.

Depuis un an tout est compliqué chez moi, crise existentielle de mon mari sans doute due à son cancer, cancer donc, disputes, explications houleuses, dispute que je pense définitive avec ma meilleure amie de 40 ans, éjection de faux-amis etc. Pourtant, j’en parle beaucoup en thérapie, je suis la personne la plus empathique, la plus compréhensive, la plus gentille que je connaisse. Alors pourquoi tous ces problèmes avec les gens depuis mon enfance ?

Après la dispute avec ma belle-mère qui est une femme fausse et méchante, je me suis mise à douter de tout, de moi, de mon mari, de tout en gros. Mais hier il y a eu aussi une dispute avec ma mère après des propos qu’elle aurait tenu sur moi rapportés par mon frère. Ma mère a toujours été ainsi, montant les uns contre les autres, disant du mal des uns aux autres pour se faire bien voir et l’âge n’y change rien du tout ! Mais encore une fois je me suis demandée pourquoi j’avais tous ces problèmes là, est-ce que les normo-pensants en ont autant que moi ? Et puis en parlant avec mon meilleur ami hier qui est à la maison en ce moment j’ai eu un début d’explication. Il me disait simplement que je n’avais pas à douter de l’amour de mon mari parce que « quand même avec ce que je l’asticotais il devait vraiment m’aimer ». Cette réflexion n’était pas méchante mais ça a été le début d’une discussion entre nous deux sur mon attitude face au monde et ensuite à une longue réflexion de ma part. Si je résume en bref le pourquoi de toutes ces disputes voilà ce que j’obtiens :

  • je ne sais pas lâcher, je veux toujours aller au bout des explications lors des disputes par exemple, je veux toujours que chacun aille au bout de ses revendications et j’asticote effectivement, je ne lâche jamais jusqu’à ce que tout devienne clair et net et que tout le monde soit réconcilié,
  • déjà avant la moindre dispute je vois tout, je sens tout et quand je ne sais pas expliquer vraiment le pourquoi des choses, je les imagine avec mon cerveau plus que fertile quitte à devenir parfois parano !
  • je pense toujours que tout ce qui ne va pas est de ma faute, j’en deviens, à mon avis, un peu nombriliste et donc j’essaye à tous prix d’arranger les choses même quand cela ne me concerne pas,
  • je ne supporte pas le moindre mensonge, la moindre cachotterie, le moindre truc qui serait dit ou fait dans mon dos, méchant ou pas, et comme la grande majorité des gens ment, cache ou dissimule je prends tout pour une trahison, pourquoi lors d’un repas par exemple faut-il dire du mal d’un absent ?
  • je suis d’une loyauté et d’une fidélité excessive, d’une fusion excessive aussi je le sais depuis longtemps et les autres ne sont pas capables de la même chose surtout au niveau où je les vis,
  • je veux que tout aille toujours bien, je veux une ambiance détendue, sans doute un peu « bisounours » même si pour cela je deviens tyrannique en voulant calmer les choses et les situations à tous prix quitte à forcer les autres,
  • je laisse les autres avoir trop d’emprise sur moi, tout me déstabilise, me blesse, me meurtrit, je ne sais pas me protéger.

Cette liste n’est pas exhaustive bien sûr mais je me rends compte que je ne fonctionne pas comme les autres et que je dois m’adapter à moins de décider de vivre entièrement seule sans amour pour ne pas blesser les autres ou être blessée et cela ne me dit rien du tout. Alors quelle est la solution à part modifier certains de mes comportements ? Je suis perdue, encore une fois tellement différente des autres et je souffre trop c’est certain mais je fais aussi souffrir autour de moi. Le monde ne correspond pas du tout à ce que je suis, à mes valeurs, à ma façon de voir les choses……………….

Mon Dieu que de travail encore à faire sur moi-même, j’en suis déjà effrayée et épuisée !

Etre (trop) différente

En ce moment où nous vivons un événement difficile et brutal chacun réagit de manière très différente au sein de ma famille. Sauf que j’ai l’impression d’être la seule à réagir comme je le fais et que je me sens de plus en plus différente et isolée………….

Mon mari a des réactions violentes, parfois étranges, venant de sa peur intense de l’opération, des gestes médicaux mais aussi de l’après, des suites, du retour ou pas d’une vie sexuelle normale. Je fais comme je peux pour l’aider mais je découvre dans ce moment difficile qu’il est encore moins fusionnel que je le pensais, encore plus solitaire que je le pensais et il est de moins en moins démonstratif lui qui l’était déjà peu. Je découvre du même coup ses profondes blessures d’enfance et toute la merde que sa famille lui a mis dans la tête. Bien sûr j’essaye de lui montrer une autre façon de voir, une autre façon de percevoir les choses et il n’accepte pas dans un premier temps, se met très en colère et puis je sais qu’il réfléchit et modifie petit à petit sa conception des choses. Mais ces disputes me laissent vidée parce qu’il peut-être cruel en paroles dans les disputes dans ces moments là et souvent ses attaques concernent ma surdouance, ma façon de penser, de réagir qu’il prend pour une forme de persuasion, une pression sur ce qu’il est alors que je ne fais que lui montrer une autre voix et de partager un autre point de vue. Dans les jours qui suivent ces disputes je me sens nulle, différente, seule, si seule parce que souvent je ne comprends pas ce que j’ai dit ou fait qui a engendré ces réactions si virulentes……….

Notre fille elle réagit de manière approchante celle de son père. Elle alterne entre déprime profonde qui la fait pleurer durant des jours et effondrement total qui la laisse mutique, dans son coin, elle devient une ado elle la jeune femme qui n’a jamais fait de crise d’adolescence ! Mais surtout elle s’énerve après tout et tout le monde et bien sûr après moi aussi ! A J-5 de l’opération elle est morte de trouille ce que je partage et que bien sûr mon mari partage encore plus. Mais je n’ai pas l’impression de leur faire payer ma peur panique de cette semaine d’opération ! Nous nous disputons rarement toutes les deux, nous discutons, nous sommes une mère et une fille fusionnelles pourtant hier j’ai craqué devant ses réactions. Et là encore j’ai pris cher. Comment est-ce que j’arrive à faire dire aux gens des choses si blessantes ? Comment puis-je arriver à pousser les gens à de telles extrêmes ? Ou alors ce n’est pas moi qui provoque ça mais ce sont des reproches, des choses blessantes que se disent les normo-pensants entre eux ? Je sais que je ne suis pas tendre non plus dans les disputes, je pointe souvent du doigt ce qui ne va pas chez eux, leur incohérence et je déclenche ces avalanches de reproches. Je ne sais plus………..

Ce que je sais c’est que je me sens tellement différente des autres, tellement seule que parfois je me dis que tout le monde serait plus heureux, plus apaisé si je n’étais pas là, si je partais. Suis-je faite pour vivre seule parce que je suis surdouée et différente ? Mais je ne conçois la vie que dans le partage et la fusion. J’ai souvent envie en ce moment de partir, de voir comment ils réagiraient si je n’étais plus là ! Mais voilà, ma peur, mes attaques de panique m’empêchent de partir seule et puis mon empathie qui me fait me mettre à leur place m’en empêche également. Ils seraient sans doute morts d’inquiétude, ils se culpabiliseraient. Je n’ai jamais fugué ni même désobéi à l’adolescence alors je ne me vois pas le faire à l’âge adulte. Mais franchement je vois bien que ma différence dérange tout le monde, que mon besoin de fusion, de compréhension, mon besoin de comprendre, de savoir pourquoi chaque membre de ma famille réagit comme ci ou comme ça devient intolérable. Je suis sans doute un peu tyrannique aussi même si je pense que mon empathie immense et mon sens de l’écoute remplace tout. J’ai sans doute tort.

Je n’en peux plus d’être si différente des autres, d’essayer sans cesse de m’adapter à ce que sont les autres, à devoir modifier sans cesse mon comportement parce qu’il est mal compris ou que je blesse sans le vouloir. Et surtout je n’en peux plus de mon hypersensibilité qui me fait prendre chaque mot de chaque dispute comme « le mot de trop », la blessure de trop.

Comment se passeront les choses quand l’opération sera passée et que mon mari rentrera ? Comment se passera le rétablissement surtout si les fonctions urinaires ou sexuelles sont touchées et qu’il réagit aussi violemment ? Jusqu’à quand je vais tenir moi, jusqu’à quand je vais essayer d’être patiente ? Attention ma famille, mari ou fille, ne sont pas des monstres, des êtres méchants ou même pervers, non ils sont très très différents de moi et j’accepte de plus en plus mal cette différence d’autant que ma fille ressemble de plus en plus à son père et je me sens de plus en plus isolée.

Je n’en peux plus d’être si différente, je me sens si seule………..

Accepter

Accepter, cette image trouvée sur le net est le parfait reflet de……….ce que je ne sais pas faire !

Cela fait des années que tous les thérapeutes rencontrés me disent d’arrêter de lutter et d’accepter mes peurs, mes angoisses, la situation etc……… Je ne sais pas faire. Je voudrais arrêter d’avoir peur, je voudrais pouvoir tout maîtriser, tout contrôler, surtout mes émotions négatives. Mon père m’appelle « madame parfaite » et il n’a pas tort. Je voudrais tant être équilibrée, rationnelle, raisonnable, censée etc.

Mon mari passe son IRM aujourd’hui pour une suspicion d’un cancer de la prostate. Je suis terrifiée. Terrifiée par les examens, les attentes en clinique, le diagnostic, l’attente mais en même temps je ne voudrais pas savoir, j’ai peur de la biopsie qui va suivre le 6, peur de cette journée où je le verrai affaibli, où je me sentirai seule sans lui, peur d’une future opération, peur encore une fois de tout, tout, tout………

Et si c’était normal d’avoir peur ? Et si c’était juste logique (mon mot préféré) ? Nous avons 51 ans, c’est la deuxième fois que nous avons à faire aux hôpitaux et à la maladie. La première fois a été la naissance prématurée et catastrophique de ma fille où je suis restée 2 jours aux urgences respiratoires et 5 jours en clinique. Le pire souvenir de ma vie. Ca ne peut pas être pire sauf si mon mari a quelque chose de très grave car à priori un cancer de la prostate se soigne bien. Et encore on n’en est pas sûr même si les analyses de sang sont mauvaises.

Et si j’acceptais ma peur, si j’arrêtais de lutter contre elle ? J’essaye de me projeter dans le futur, quand tout ceci sera terminé (et pas terminé par la mort hein parce que bien sûr je me suis imaginée veuve, à la rue etc). Et si c’était une épreuve de plus, encore une ? Et si comme pour les précédentes nous en sortions vainqueurs ? Mais je reconnais être à bout de forces car cette année où mon mari a été si mal moralement (y a-t-il un rapport avec le fait qu’il ait senti qu’il pouvait avoir un problème de santé alors qu’il n’avait aucun symptômes ?), où les disputes se sont enchaînées suivies de réconciliations et de séances de thérapie pour nous deux, où j’ai découvert ma suréfficience, où j’ai travaillé sur mes attaques de panique récurrentes, m’a totalement vidée et épuisée.

Alors il faut aller chercher encore un peu de force au fond de moi pour affronter tout ceci sans lutter contre ma peur, en l’acceptant, le programme me semble si compliqué………..

Réponses à mes parents et aux autres…….

Je me rends compte ces derniers temps que je n’ai plus aucune estime de moi, doutant même d’en avoir jamais eu. Et puis souvent en ce moment me reviennent en mémoire des phrases entendues dans mon enfance qui ont pu avoir un réel impact sur mon estime de moi. Alors j’ai décidé de les noter (même si cela me culpabilise vis à vis de mes parents et de quelques autres proches) et de prendre le temps de leur répondre symboliquement. Voici donc une petite liste non exhaustive des phrases entendues qui m’ont tellement blessée et auxquelles j’aurai pu répondre ceci :

  • Mais pourquoi n’es-tu pas morte à la place de ton frère ? : je ne sais pas pourquoi je ne suis pas morte à sa place mais peut-être avais-je moi aussi le droit de vivre, d’exister, je ne suis qu’une enfant de 6 ans et moi aussi je souffre, pourquoi dois-je me justifier sans cesse d’être en vie et pas lui ?
  • Mais pour qui te prends tu ?  : pour quelqu’un qui réfléchis même enfant, même adolescente et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites et que je vous fais part de mes propres réflexions que je me prends pour quelqu’un d’important ou que je remets en cause votre intelligence.
  • Ce n’est pas de la sensibilité ça, c’est de la sensiblerie ! : sensiblerie est humiliant, péjoratif, minimise ce que je ressens, je suis sensible et pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être sensible ? Est-ce une tare ?
  • Quelle comédienne, on dirait Sarah Bernard ! : parce que mes émotions sont à fleurs de peau, parce que je ressens tout trop fort, parce que je ne sais pas cacher ce que je ressens je suis une comédienne ? Mais rien n’est faux dans ce que je ressens ou dans ce que je montre ! Je suis sincère même en étant excessive.
  • Toi pour qu’un homme t’épouse il faudra le payer et ensuite il nous paiera pour qu’on te reprenne ! : sans doute est-ce une plaisanterie qui peut être drôle pour une non-suréfficiente, moi ça me blesse. Ça veut donc dire que jamais un homme ne voudra de moi, que je suis invivable et incapable de rendre un homme heureux ? Mais l’homme qui saura m’aimer et qui saura me découvrir et m’accepter comme je suis sera un homme heureux car je lui donnerai tout, tout ce que j’ai à donner et il vous remerciera plutôt d’avoir mis au monde une femme comme moi……. (ce que j’aimerai croire aujourd’hui et que je ne crois pas d’où beaucoup de mes problèmes)
  • Tu fais tout le temps des histoires ! : non je ne fais pas « des histoires », je m’exprime, je dis quand je ne suis pas d’accord et je ne sais pas faire semblant de trouver intelligente une phrase ou une attitude que je pense débile ! Et encore je mets les formes pour dire les choses parce que je suis polie !
  • Tu es une p….., tu n’as aucune fierté avec les garçons : effectivement j’ai cherché adolescente désespérément de l’amour et de la reconnaissance et parfois auprès de n’importe quel garçon tant j’avais besoin d’amour ! Demandez-vous plutôt pourquoi ai-je autant besoin d’amour et pourquoi n’ai-je pas plus de fierté…………..
  • Tu sais tu ressembles à ton père, il est intelligent et parfois quand on est trop intelligent cela ressemble à de la folie, en fait il est fada : non papa n’est pas fou, oui il est intelligent et surement surdoué aussi mais personne ne l’a jamais compris, aimé, reconnu, parfois il pète un plomb par trop de douleurs et d’incompréhension. Et puis pourquoi ressembler à mon père serait une injure ?
  • Tu as toujours eu les nerfs fragiles, tu es malade des nerfs : non je ne suis pas fragile, je suis plus forte que bien des gens, je ne suis pas malade des nerfs, je suis ce que l’on appelle une hypersensible qui peut se mettre dans des états extrêmes par douleur et par accumulation de reproches et de rebuffades. Cela fait partie de ma surdouance, je suis ainsi je n’y peux rien. Aidez moi à me canaliser au lieu de me traiter de malade !
  • Ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un comme toi : quelqu’un comme toi c’est quoi ? Quelqu’un qui réfléchit trop, quelqu’un qui discute trop, quelqu’un qui pratique trop d’introspection sur soi et sur les autres, quelqu’un qui est toujours extrême ? Oui je sais, ce n’est pas facile pour moi non plus d’être moi mais ça peut aussi être chouette pour un peu qu’on décide d’en faire quelque chose de chouette non ? Et puis ça vous a souvent aidé quand vous alliez mal que je sois comme ça non ?
  • Mais qu’as-tu encore fait pour énerver ton frère-père-mari, pourquoi le provoquer ?  ou alors : mais tu veux nous rendre fous, nous pousser à bout ?  : je ne les provoque pas, je leur dis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre, je note leurs incohérences, leur attitude illogique et je n’admets pas qu’ils me commandent ou que je doive me soumettre. Pourquoi devoir se taire pour ne pas énerver « un homme » ? Et non je ne veux rendre personne fou mais à un moment je ne comprends pas plus l’attitude des autres que vous ne comprenez la mienne…… et oui je peux être excessive surtout dans mes énervements ! Et j’en souffre aussi………….
  • Tu es trop émotive, trop sensible, trop excessive, trop tout : oui je suis une surdouée hypersensible et je suis excessive, pourquoi une fois ne pas m’accepter comme je suis ? Juste une fois au lieu de critiquer tout ce qui fait de moi un être spécial ?
  • Mais non tu n’as pas peur, pas mal, prends sur toi, maîtrise tes nerfs ! : pourquoi n’ai-je pas le droit d’avoir peur, mal, pourquoi attend-on toujours de moi que je me maîtrise, pourquoi ne pas me laisser exprimer mes émotions comme je les ressens en m’apprenant à les canaliser ? Acceptez ce que je ressens de temps en temps………….
  • Ha mais toi bien sûr tu as entendu la première phrase de ce type à la télé et tu as tout compris, nous pardon mais on est bête il faut qu’on en écoute plus ! : ce n’est pas ma faute mais oui il me suffit de quelques phrases pour comprendre où l’autre veut en venir pour savoir ce qu’il va dire ensuite et qui se cache derrière le masque ! Je n’y peux rien mais ne m’humilie pas pour ça, tu comprends peut-être moins vite mais dis-le moi gentiment, moi je ne veux humilier personne, je ne me rends pas toujours compte que j’agis ainsi et si tu te sens toi « bête » comme tu dis, ce n’est pas ce que je pense moi…………… autrement je ne vivrais pas avec toi.

Voilà je ne sais pas si ces réponses symboliques à toutes ces réflexions blessantes me feront du bien, par contre je pourrai sans doute les relire de temps en temps et essayer de travailler un peu plus sur l’estime de moi….