Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.

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Le verdict est tombé

Voilà le verdict est tombé : mon mari a un cancer de la prostate……………

L’annonce a été difficile, il est resté prostré, muet, sous le choc, j’ai posé toutes les questions que je pensais utiles, j’ai essayé d’encaisser parce que je n’ai retenu qu’une phrase : « ce cancer n’est pas mortel, si on retire totalement la prostate il n’y aura pas de risques de récidives, par contre si vous choisissez une autre méthode je ne peux rien garantir ». Bien sûr les séquelles de l’opération sont importantes : problèmes urinaires durant 3 à 6 mois puis surtout problèmes érectiles durant un à deux ans et encore si l’érection revient mais il y a des hormones, des traitements, une rééducation. Et tout dépend du couple et de la motivation.

La date de l’opération a été fixée au 16 avril après d’autres examens d’exploration. C’est sans doute idiot mais je me suis raccrochée à ces mots : il ne va pas mourir. Mon mari est resté abattu ou en pleurs durant deux jours. J’ai essayé de lui dire qu’on était ensemble, forts et soudés, qu’on se sortirait de tout ça, que l’érection n’était pas le plus important dans l’amour (sans doute ai-je été maladroite en voulant le rassurer), que ce qui comptait c’était que ce cancer ne revienne pas etc…

Oui mais voilà, hier il nous a annoncé qu’il voulait d’autres avis, voir d’autres médecins, qu’il ne voulait pas être privé de tout ce qui faisait de lui un homme et que sa décision il la prendrait seul, sans nous, que c’était son corps et qu’en gros on n’avait pas notre mot à dire. Il était en colère, agressif. Notre fille est partie en claquant la porte, se sentant exclue et moi j’ai mal réagi j’avoue. C’est son corps, son cancer ok, je comprends mais la décision il ne peut pas la prendre sans notre avis non ? JE NE VEUX PAS vivre avec la peur au ventre que cela revienne, avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête. Je voudrais qu’on lui retire cette merde du corps, point. S’en est suivi une après midi de disputes parce que quand il va mal il s’en prend à moi, plus facile. Je lui ai demandé de tourner sa colère contre le cancer pas contre moi, oui je suis une femme et oui j’ai du mal à comprendre l’importance de la fonction « virile », tout ce qui compte pour moi c’est la vie ! Il a fini par se calmer et m’a demander pardon mais il a mis toute ma positivité à terre, je me sens vidée, épuisée………..

Donc ce matin il va voir le généraliste, voir avec lui, s’il lui conseille d’aller voir un autre urologue il ira et si ce dernier dit autre chose que le premier, que fera-t-on ? Je comprends qu’il a du mal à accepter la situation mais sera-t-il raisonnable ? Va-t-il mettre sa vie en danger ? J’ai peur, tellement peur, je me sens seule, si seule………..

Sa place dans la famille

Plus je vieillis, plus j’écris aussi, plus je retrace le chemin de ma vie, plus je me rends compte que je n’arrive plus à supporter la place que l’on m’a attribuée dans la famille. Je suis celle sur qui l’on compte, la fille aînée, celle qui est là pour tout dès que l’on a besoin d’elle mais qui énerve dès qu’elle ouvre la bouche ou exprime son mécontentement. Il faut reconnaître qu’en tant que suréfficiente je tape souvent juste et que ça contrarie d’autant plus………..

Je m’occupe de ma vieille mère qui vit à la maison et qui ne veut plus s’occuper de rien. Ainsi elle me demande presque autant de travail qu’un jeune enfant mais je le fais de bon coeur même si souvent elle râle comme beaucoup de personnes âgées. Le samedi mon frère vient souvent manger avec sa fille en bas-âge et je cuisine, je m’occupe de la petite, du chien qui encore jeune doit être tenu en laisse pour plus de sécurité et comme toujours je gère tout. Ce week-end il n’est pas venu parce qu’il est encore malade mais quand dimanche à 10h30 il m’appelle pour me dire qu’il viendrait bien chercher maman pour manger je lui rappelle qu’il est malade, que passer du temps avec une dame de 85 ans n’est pas une bonne idée dans ces conditions surtout que nous n’avons pas encore les résultats de la biopsie de mon mari qui est assez fatigué et que, non, aujourd’hui cela ne m’arrange pas d’habiller maman, de lui préparer ses médicaments et que surtout je suis en train de faire à manger. Et là je me fais presque insultée parce que j’ose dire non et que je décide en gros. Il le prend mal, m’insulte presque et me raccroche au nez ! Mais n’est-ce pas logique de ne pas voir une vieille dame faible quand on est malade et encore moins quand il y a une personne qui a peut être un cancer à la maison ? N’ai-je pas le droit de dire que certains jours je ne veux personne chez moi ? Suis-je un monstre qui séquestre sa mère ? Qui la séquestre mais qui s’occupe d’elle entièrement alors que lui ne la sort que de temps en temps sans s’occuper de rien d’autre ?

Et quand en plus je pousse un coup de gueule sur ma page facebook sans ne citer personne (je n’ai pas mon frère sur facebook et des amis que je trie consciencieusement) je me fais faire la morale par mon père assez agressivement ! Mais j’ai 51 ans bon sang ! J’écris ce que je veux, comme je veux sur MA page facebook non ? Alors pour ne pas être désagréable à mon vieux père qui est malade au lieu de répondre, j’ai effacé mon message mais j’ai passé un dimanche horrible à pleurer devant ce que je prends pour trop d’injustice !

N’ai-je pas assez de soucis en ce moment ? Ne peut-on pas se mettre à ma place quelques minutes ? Ne peut-on pas accepter mon « non » en essayant de comprendre ? Je n’arrive plus à supporter le rôle que l’on me fait jouer depuis l’enfance, je n’arrive plus à supporter cette agressivité et parfois cette violence verbale. Je me sens épuisée, fatiguée, angoissée, anxieuse et surtout incomprise dans ma propre famille qui par contre ne me remercie jamais de tout ce que je fais comme si cela était normal depuis toujours…..

J’ai peur de cette semaine qui arrive, peur que le laboratoire ou l’urologue n’appellent plus tôt que prévu parce que c’est grave, peur de la « sanction », peur d’aller chez la psy parler de tout ce qui se passe en moi en ce moment, de tout ce que j’ai découvert sur mon syndrome de l’abandon, sur mes attaques de panique, j’ai peur de lever le voile, de lever la chape de plomb, j’ai besoin de tendresse et d’être rassurée, mon mari n’est pas en état moral pour cela, ma famille se comporte toujours de la même façon et quant aux amis j’ai la chance d’en avoir très peu mais des bons mais ils n’en peuvent surement plus de l’année que je viens de leur faire passer………

Quand sortirais-je de tout ceci, j’ai comme une envie de tout bazarder, de ne vivre que pour mon mari et ma fille, mes animaux mais je ne laisserai jamais ma mère et je ne sais pas couper le cordon avec mon frère et mon père que j’aime. A présent je sais que si je me fâche avec mon frère je ne verrai plus ma nièce, c’est la nouvelle arme de mon frère……….

Accepter

Accepter, cette image trouvée sur le net est le parfait reflet de……….ce que je ne sais pas faire !

Cela fait des années que tous les thérapeutes rencontrés me disent d’arrêter de lutter et d’accepter mes peurs, mes angoisses, la situation etc……… Je ne sais pas faire. Je voudrais arrêter d’avoir peur, je voudrais pouvoir tout maîtriser, tout contrôler, surtout mes émotions négatives. Mon père m’appelle « madame parfaite » et il n’a pas tort. Je voudrais tant être équilibrée, rationnelle, raisonnable, censée etc.

Mon mari passe son IRM aujourd’hui pour une suspicion d’un cancer de la prostate. Je suis terrifiée. Terrifiée par les examens, les attentes en clinique, le diagnostic, l’attente mais en même temps je ne voudrais pas savoir, j’ai peur de la biopsie qui va suivre le 6, peur de cette journée où je le verrai affaibli, où je me sentirai seule sans lui, peur d’une future opération, peur encore une fois de tout, tout, tout………

Et si c’était normal d’avoir peur ? Et si c’était juste logique (mon mot préféré) ? Nous avons 51 ans, c’est la deuxième fois que nous avons à faire aux hôpitaux et à la maladie. La première fois a été la naissance prématurée et catastrophique de ma fille où je suis restée 2 jours aux urgences respiratoires et 5 jours en clinique. Le pire souvenir de ma vie. Ca ne peut pas être pire sauf si mon mari a quelque chose de très grave car à priori un cancer de la prostate se soigne bien. Et encore on n’en est pas sûr même si les analyses de sang sont mauvaises.

Et si j’acceptais ma peur, si j’arrêtais de lutter contre elle ? J’essaye de me projeter dans le futur, quand tout ceci sera terminé (et pas terminé par la mort hein parce que bien sûr je me suis imaginée veuve, à la rue etc). Et si c’était une épreuve de plus, encore une ? Et si comme pour les précédentes nous en sortions vainqueurs ? Mais je reconnais être à bout de forces car cette année où mon mari a été si mal moralement (y a-t-il un rapport avec le fait qu’il ait senti qu’il pouvait avoir un problème de santé alors qu’il n’avait aucun symptômes ?), où les disputes se sont enchaînées suivies de réconciliations et de séances de thérapie pour nous deux, où j’ai découvert ma suréfficience, où j’ai travaillé sur mes attaques de panique récurrentes, m’a totalement vidée et épuisée.

Alors il faut aller chercher encore un peu de force au fond de moi pour affronter tout ceci sans lutter contre ma peur, en l’acceptant, le programme me semble si compliqué………..

Réponses à mes parents et aux autres…….

Je me rends compte ces derniers temps que je n’ai plus aucune estime de moi, doutant même d’en avoir jamais eu. Et puis souvent en ce moment me reviennent en mémoire des phrases entendues dans mon enfance qui ont pu avoir un réel impact sur mon estime de moi. Alors j’ai décidé de les noter (même si cela me culpabilise vis à vis de mes parents et de quelques autres proches) et de prendre le temps de leur répondre symboliquement. Voici donc une petite liste non exhaustive des phrases entendues qui m’ont tellement blessée et auxquelles j’aurai pu répondre ceci :

  • Mais pourquoi n’es-tu pas morte à la place de ton frère ? : je ne sais pas pourquoi je ne suis pas morte à sa place mais peut-être avais-je moi aussi le droit de vivre, d’exister, je ne suis qu’une enfant de 6 ans et moi aussi je souffre, pourquoi dois-je me justifier sans cesse d’être en vie et pas lui ?
  • Mais pour qui te prends tu ?  : pour quelqu’un qui réfléchis même enfant, même adolescente et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites et que je vous fais part de mes propres réflexions que je me prends pour quelqu’un d’important ou que je remets en cause votre intelligence.
  • Ce n’est pas de la sensibilité ça, c’est de la sensiblerie ! : sensiblerie est humiliant, péjoratif, minimise ce que je ressens, je suis sensible et pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être sensible ? Est-ce une tare ?
  • Quelle comédienne, on dirait Sarah Bernard ! : parce que mes émotions sont à fleurs de peau, parce que je ressens tout trop fort, parce que je ne sais pas cacher ce que je ressens je suis une comédienne ? Mais rien n’est faux dans ce que je ressens ou dans ce que je montre ! Je suis sincère même en étant excessive.
  • Toi pour qu’un homme t’épouse il faudra le payer et ensuite il nous paiera pour qu’on te reprenne ! : sans doute est-ce une plaisanterie qui peut être drôle pour une non-suréfficiente, moi ça me blesse. Ça veut donc dire que jamais un homme ne voudra de moi, que je suis invivable et incapable de rendre un homme heureux ? Mais l’homme qui saura m’aimer et qui saura me découvrir et m’accepter comme je suis sera un homme heureux car je lui donnerai tout, tout ce que j’ai à donner et il vous remerciera plutôt d’avoir mis au monde une femme comme moi……. (ce que j’aimerai croire aujourd’hui et que je ne crois pas d’où beaucoup de mes problèmes)
  • Tu fais tout le temps des histoires ! : non je ne fais pas « des histoires », je m’exprime, je dis quand je ne suis pas d’accord et je ne sais pas faire semblant de trouver intelligente une phrase ou une attitude que je pense débile ! Et encore je mets les formes pour dire les choses parce que je suis polie !
  • Tu es une p….., tu n’as aucune fierté avec les garçons : effectivement j’ai cherché adolescente désespérément de l’amour et de la reconnaissance et parfois auprès de n’importe quel garçon tant j’avais besoin d’amour ! Demandez-vous plutôt pourquoi ai-je autant besoin d’amour et pourquoi n’ai-je pas plus de fierté…………..
  • Tu sais tu ressembles à ton père, il est intelligent et parfois quand on est trop intelligent cela ressemble à de la folie, en fait il est fada : non papa n’est pas fou, oui il est intelligent et surement surdoué aussi mais personne ne l’a jamais compris, aimé, reconnu, parfois il pète un plomb par trop de douleurs et d’incompréhension. Et puis pourquoi ressembler à mon père serait une injure ?
  • Tu as toujours eu les nerfs fragiles, tu es malade des nerfs : non je ne suis pas fragile, je suis plus forte que bien des gens, je ne suis pas malade des nerfs, je suis ce que l’on appelle une hypersensible qui peut se mettre dans des états extrêmes par douleur et par accumulation de reproches et de rebuffades. Cela fait partie de ma surdouance, je suis ainsi je n’y peux rien. Aidez moi à me canaliser au lieu de me traiter de malade !
  • Ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un comme toi : quelqu’un comme toi c’est quoi ? Quelqu’un qui réfléchit trop, quelqu’un qui discute trop, quelqu’un qui pratique trop d’introspection sur soi et sur les autres, quelqu’un qui est toujours extrême ? Oui je sais, ce n’est pas facile pour moi non plus d’être moi mais ça peut aussi être chouette pour un peu qu’on décide d’en faire quelque chose de chouette non ? Et puis ça vous a souvent aidé quand vous alliez mal que je sois comme ça non ?
  • Mais qu’as-tu encore fait pour énerver ton frère-père-mari, pourquoi le provoquer ?  ou alors : mais tu veux nous rendre fous, nous pousser à bout ?  : je ne les provoque pas, je leur dis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre, je note leurs incohérences, leur attitude illogique et je n’admets pas qu’ils me commandent ou que je doive me soumettre. Pourquoi devoir se taire pour ne pas énerver « un homme » ? Et non je ne veux rendre personne fou mais à un moment je ne comprends pas plus l’attitude des autres que vous ne comprenez la mienne…… et oui je peux être excessive surtout dans mes énervements ! Et j’en souffre aussi………….
  • Tu es trop émotive, trop sensible, trop excessive, trop tout : oui je suis une surdouée hypersensible et je suis excessive, pourquoi une fois ne pas m’accepter comme je suis ? Juste une fois au lieu de critiquer tout ce qui fait de moi un être spécial ?
  • Mais non tu n’as pas peur, pas mal, prends sur toi, maîtrise tes nerfs ! : pourquoi n’ai-je pas le droit d’avoir peur, mal, pourquoi attend-on toujours de moi que je me maîtrise, pourquoi ne pas me laisser exprimer mes émotions comme je les ressens en m’apprenant à les canaliser ? Acceptez ce que je ressens de temps en temps………….
  • Ha mais toi bien sûr tu as entendu la première phrase de ce type à la télé et tu as tout compris, nous pardon mais on est bête il faut qu’on en écoute plus ! : ce n’est pas ma faute mais oui il me suffit de quelques phrases pour comprendre où l’autre veut en venir pour savoir ce qu’il va dire ensuite et qui se cache derrière le masque ! Je n’y peux rien mais ne m’humilie pas pour ça, tu comprends peut-être moins vite mais dis-le moi gentiment, moi je ne veux humilier personne, je ne me rends pas toujours compte que j’agis ainsi et si tu te sens toi « bête » comme tu dis, ce n’est pas ce que je pense moi…………… autrement je ne vivrais pas avec toi.

Voilà je ne sais pas si ces réponses symboliques à toutes ces réflexions blessantes me feront du bien, par contre je pourrai sans doute les relire de temps en temps et essayer de travailler un peu plus sur l’estime de moi….

Hypersensibilité

Il est vrai que j’ouvre ce blog à un moment compliqué de ma vie où tout me bouscule, me perturbe, où je suis à la limite de la dépression. Ce n’est sans doute pas très alléchant pour les gens qui passeront par ici. Mais c’est, je l’espère, une période dans ma vie qui passera comme tant d’autres.

J’ai envie de parler aujourd’hui d’hypersensibilité puisqu’en ce moment je vois que le sujet est très à la mode et que l’on en parle partout. Il y a des hypersensibles qui ne sont pas surdoués mais il y a des gens comme moi surdoués et hypersensibles. Il parait que c’est une des « conséquences » de la surdouance. Mais c’est lourd à porter, très lourd.

Depuis que je suis enfant j’entend cette phrase de mon père : « ho toi tu n’es pas sensible, c’est de la sensiblerie ». Cette phrase m’a toujours beaucoup humiliée. Mon père qui est pourtant la personne de qui je suis la plus proche après mon mari et ma fille m’a toujours trouvée « trop ». Trop sensible, trop émotive, trop excessive, trop, trop, trop………….. Aujourd’hui je sais pourquoi je suis ainsi mais j’en souffre depuis si longtemps.

Il parait, lis-je partout, qu’il faut faire de son hypersensibilité une force, pour moi c’est plutôt une faiblesse en ce moment. Mon hyperempathie cumulée à mon hypersensibilité font de ma vie un enfer. Je ressens tout, je perçois tout, je suis blessée par tout, un mot, une attitude, un geste, une intention que je prête à la personne. Et en ce moment où mon mari fait lui aussi une sorte de dépression, où j’essaye avec force de comprendre ses ressentis (il parle peu c’est un taiseux), ses angoisses, ses peurs, où j’essaye de séparer ses vrais problèmes de ceux qui viennent de sa crise existentielle, je prends tout : émotions négatives, accusations, reproches dus à mes angoisses qui l’empêchent de voyager comme il veut etc et je coule aussi. Bien sûr il y a en plus la peur de la maladie, du cancer, les examens qui commencent la semaine prochaine, ma peur des hôpitaux, ma peur de rester sans lui ne serais-je que quelques jours, ma peur qu’il lui arrive quelque chose.

Alors tout me perturbe. Cette nuit j’ai fait un simple rêve que mon cerveau analyse très bien puisqu’il est la conséquence de quelque chose d’important qu’il s’est passé entre nous il y a peu mais mon hypersensibilité fait que je n’arrive pas à me remettre de ce simple rêve. Je suis tremblante et dans l’émotion.

Comment dissocier son intelligence qui analyse lucidement les choses et son hypersensibilité qui fait parfois voir la vie tout en noir ? Dépression du surdoué diront beaucoup, oui sans doute aussi. Je voudrais sortir de cette période qui dure depuis un an, je suis vidée, à bout, la psy m’a proposé une hospitalisation pour me reposer et déconnecter mais pour moi la phobique des hôpitaux ou des cliniques il n’en est pas question et puis je ne laisse pas les miens dans le souci et la peine comme ils le sont en ce moment. Comme dirait mon mari : « on va s’en sortir ensemble comme toujours. Notre vie est un champs de bataille en ce moment mais on va en sortir vainqueurs, tous les 2 ! »

J’ai 51 ans et j’ai l’impression que je sais de moins en moins me blinder. Une simple parole de mes parents (et Dieu sait que ma mère en balance sans réfléchir au mal qu’elle fait), de mon mari, une simple intention que je perçois et mon hypersensibilité reprend le dessus……….. Bien sûr la période est compliqué, stressante, je me sens coupable de beaucoup de choses, je prends sur moi des choses qui ne sont pas de mon fait, il y a la suspicion de maladie, la déprime de mon mari et puis, disons-le parce que rien n’est tabou pour moi, ma pré-ménopause qui me joue des tours au niveau des humeurs.

Aujourd’hui samedi il faut que je trouve tout ce qu’il y a de beau autour de moi, d’habitude je suis forte à ce jeu là, je sais voir la beauté de la nature en particulier mais surtout il faut que j’arrête d’être aussi attentive à tout ce que je perçois des êtres humains autour de moi et que je me protège mais je n’ai jamais fait cela………. Il serait peut être temps d’apprendre non ?

Et vous, en quoi votre hypersensibilité est une force ?

L’hyperesthésie

Comme les suréfficients, zèbres, surdouées ou HP le savent, nous souffrons d’hyperesthésie. Mais qu’est-ce que l’hyperesthésie outre un mot difficile à écrire et à prononcer ? D’après Wikipédia « l’hyperesthésie est l’exagération physiologique ou pathologique de l’acuité visuelle et de la sensibilité des divers sens ». Cette exagération des sens est souvent difficile à vivre car tout peut nous heurter : trop de bruits, trop de chaleur, trop de froid, trop d’odeurs ou surtout des odeurs trop fortes pour certains mais aussi certaines matières difficiles à toucher comme le buvard ou la craie en ce qui me concerne mais bien sûr la liste n’est pas exhaustive !

J’ai découvert ce mot en découvrant ma suréfficience il y a quelques mois. J’ai toujours eu un problème avec mes 5 sens, je ne supporte pas les airs étouffants, la canicule, l’humidité, le bruit des voisins sans gêne qui peut me rendre littéralement folle car je prends sur moi un moment mais mes nerfs sont mis à tellement rude épreuve qu’au bout d’un moment je sors pour dire aux gens de se taire, de faire doucement et je passe pour une emmerdeuse ! Il est vrai que j’ai des voisins particulièrement sans gêne que j’appelle la famille braillarde tant ils manquent de respect à leurs voisins qui, en dehors de moi, ne bronchent pas ! Mais il peut aussi s’agir comme je l’ai dit plus haut de la température, je suffoque en cas de canicule, reste enfermée chez moi et calcule mes heures de sortie et même si je souffre moins du froid il faut qu’il soit sec ! Je hais l’humidité et le brouillard.

Je fume beaucoup c’est un fait mais par exemple je ne supporte pas l’odeur de la cigarette donc c’est un combat (perdu d’avance) entre moi et les odeurs de tabac……….. Dois-je parler des odeurs corporelles des gens qui puent la transpiration ce qui peut me mettre en colère (silencieuse la colère je vous rassure) à une époque où il existe une multitude de déodorants qui préviennent ces odeurs là ? Comment peut-on incommoder dans un endroit clos comme un bureau ou un commerce les autres avec de sales odeurs ? Donc bien entendu la moindre odeur bizarre chez moi me fait chercher partout ce qui cloche alors que je vis avec un homme qui ne sent rien, même pas l’odeur du gaz quand une bouteille fuit………..

Mais cette hyperesthésie peut aussi créer des situations cocasses. Il y a peu en embrassant mon mari je trouve qu’il sent l’alcool. Je ne dis rien mais bien sûr je fais ce que je sais faire de mieux : je rumine et je me prends la tête ! Et s’il s’était mis à boire lui qui traverse une période existentielle difficile ? Nous avons vécu avec un ami alcoolique que nous avons essayé, sans succès, d’aider à se sevrer et je connais bien cette odeur. Alors j’ai ruminé 2 jours avant de lui en parler le soir suivant car l’odeur était toujours sur ses lèvres. Et là mon mari éclate de rire et m’explique que le nouveau produit qu’il met dans sa cigarette électronique sent effectivement l’alcool et qu’il va l’arrêter parce que ça le dérange aussi ! Je sens donc sa cigarette et l’e-liquide qui va avec et je me rends compte qu’effectivement l’odeur vient de là !

Mais ce n’est pas tout ! Hier mon mari a travaillé en extérieur et si je ne suis pas d’un naturel jaloux, les derniers mois m’ont rendue………soupçonneuse car dans l’insécurité. Hier soir en l’embrassant (et non je ne passe pas mon temps à embrasser mon mari mais au bout de 25 ans je l’embrasse tout de même matin et soir et parfois même dans la journée lol !!!) je sens une odeur pas habituelle. Ce n’est pas l’odeur de sa peau, pas la cigarette, rassurez-vous pas un parfum féminin autre que le mien et bien sûr je me pose des questions. Qu’est-ce que cette odeur étrange et surtout inconnue que je sens sur sa peau ? Plutôt que de ruminer encore 2 jours je pose avec humour la question sur cette odeur inconnue. Et là encore il me regarde en souriant et me rappelle que je viens de lui acheter un nouveau baume après-rasage qu’il a mis pour la première fois hier……….Effectivement donc c’est une odeur que je ne connais pas (et qui ne sent pas bon en plus !)

Alors oui, j’imagine que c’est difficile parfois de vivre avec une suréfficiente qui sent tout, ressent tout, voit tout, est perméable à tous les sons, toutes les odeurs mais aussi à l’humeur ambiante, les changements d’humeur, une suréffiente qui a comme des antennes et devine, parfois sans comprendre, « ce qui cloche » ou ce que l’on voudrait garder pour soi………. Rien de plus énervant que de ne pas pouvoir garder ses humeurs pour soi et même si j’essaye de prendre sur moi et bien tout me met dans une sorte d’insécurité et je peux être tenace pour savoir ce qui ne va pas chez l’autre. Sorte de viol de ce que l’on voudrait parfois garder pour soi, j’en ai conscience même si bien souvent ça les arrange que je devine ce qu’ils ont tant de mal à exprimer (car je vis avec des taiseux) je reconnais que cela doit être éprouvant ! Dire que moi je donnerais tellement pour que les autres me devinent ainsi………

Alors cet été quand ma meilleure amie, pas vue depuis des années, est venue passer quelques jours à la maison toute cette hyperesthésie et cette faculté à sentir les humeurs des gens autour de moi ont provoqué une dispute qui dure depuis 6 mois. Elle n’a pas supporté que je reste enfermée chez moi par 35°, que je ne reste pas avec elle dehors alors que 10 ouvriers faisaient un bruit d’enfer en refaisant la maison la plus proche de chez moi, elle n’a pas supporté que je ressente son énervement vis à vis de moi et que je finisse par lui dire. J’ai essayé de lui expliquer mon hyperesthésie que je connais à présent, les différentes études qui le prouvent, j’ai essayé de lui expliquer qu’il y a des choses que je ne supporte pas et que j’arrête, à 51 ans, d’aller contre ma nature. Elle a estimé que c’était à moi de m’adapter au monde et de me fondre dans la masse, que ma suréficience n’était pas une excuse à tout et toutes mes explications ont été vaines. Pourtant elle me connait depuis 40 ans mais la découverte de ma suréfficience a tout changé entre nous. Est-ce ma faute ? Qu’ai-je fait pour insupporter certaines personnes même celles qui m’aimaient ? Il est vrai que son attitude intolérante et son caractère ont joué leur rôle mais à ce moment là j’ai compris pourquoi tant de gens m’avaient rejetée, que j’étais différente et sans doute insupportables pour beaucoup………. Et pourtant je prends tellement sur moi tout le temps ! Je pense aussi que la découverte de ma suréfficience a, en quelques sortes, lâcher les chevaux et m’a donné une légitimité dans ce que j’étais que je n’assumais pas avant.

Alors oui, je peux le dire, être suréfficiente n’a pas que des avantages et pour l’heure j’essaye de trouver ce qui pourrait en faire une force !