Suréfficiente et heureuse ?

En lisant un article sur le fait d’être surdoué(e) et heureux sur un super blog pour surdoués Suivezlezèbre je me suis posée mille questions, comme toujours me direz-vous !

D’ailleurs en écrivant le titre je me rends compte qu’avant j’aimais le mot suréfficient, il me parle bien mais que je vois tellement de blogs et de gens parler de zèbres et de surdoués que je finis par employer ces mots là. Mais ceci est un autre sujet !

J’ai été heureuse parfois, souvent, en ce moment c’est plus compliqué bien sûr. Je me rends compte que tout dépend aussi des moments de la vie, en ce moment avec la déprime-remise en question de mon mari + son cancer + l’opération il est un peu difficile d’être heureuse. Et puis mes attaques de panique, le travail que je fais sur le fait de pouvoir rester seule, sur le pourquoi de mon syndrome de l’abandon et la découverte de ma suréfficience dans le même temps évidemment rendent les choses encore plus difficiles ! Mais hier soir je me demandais après avoir lu cet article ce qui faisait que je pouvais parfois être si malheureuse et encore plus depuis la découverte de ma surdouance. Et j’ai fait une sorte de liste (oui j’aime bien les listes) du pourquoi j’ai du mal pour l’instant à être heureuse en étant suréfficiente :

  • Avant je ne comprenais pas pourquoi mes proches ou des moins proches ne comprenaient pas certaines situations dont je voyais l’issue immédiatement. Aujourd’hui je sais qu’ils n’en sont pas capables, pas capables d’anticiper aussi vite que moi, de voir la situation dans sa globalité, de voir les tenants et les aboutissants aussi rapidement que moi. Ma psy me dit que je ne leur laisse pas le temps de se faire leur propre avis et leur propre expérience et qu’ils peuvent me détester pour ça.
  • Dans le même ordre d’esprit j’ai du mal à comprendre que si moi je suis capable de faire un truc, les autres ne le sont pas. Pour être plus précise si moi, personne lambda, j’arrive à faire un truc les autres devraient y arriver aussi non ? Donc je nie ma surdouance par habitude encore une fois…..
  • La logique, mon mot préféré. Je trouve les gens illogiques et je ne comprends pas qu’ils n’aillent pas immédiatement vers ce qui est logique et censé.
  • Les autres, les voisins and co. Ha, vaste sujet ! Comment peut-on penser que l’on est seul au monde au point de faire autant de bruit quand on mange dehors, que l’on se baigne, que l’on fait un repas de famille ou simplement que l’on jardine ? Comment ne pas penser aux autres, aux voisins (petite dédicace à la famille braillarde qui habite derrière chez moi) ? Et je précise que je n’habite pas en appartement mais en maison avec grand terrain ! Le nouveau voisin lui a pris un magnifique chiot d’un an à présent et il le laisse des journées voire des week-end entiers seul dans son jardin à hurler et aboyer tant il est effrayé ! Se rendant compte de cela il a acheté un collier anti-aboiements mais ce week-end il est tout de même parti en le laissant pensant ainsi que personne ne se plaindrait ! Cette pauvre bête ne pouvant aboyer sans avoir mal a hurlé l’autre nuit de peur et peut-être de douleur réveillant mon chien qui a aboyé en réveillant toute la maison, a hurlé à la mort ce matin parce que son maitre n’est pas encore rentré. Pourquoi prendre un chien alors pour le laisser seul sans cesse ? Parce que j’ai bien compris que les week-end où il le laisse il part retrouver sa copine, pas bosser ! Et personne dans le quartier ne dit rien bien sûr, moi seule passe pour une vilaine, une sorcière ! Et même le maire qui habite en face se tait, un vrai lâche ! Cette situation me révolte et je ne comprends pas du tout l’attitude de tout ce beau monde, voisins bruyants et autres………. J’en ai marre de passer pour la méchante parce que les gens ne sont pas logiques ou respectueux ! Moi je me bats pour empêcher mon chien d’aboyer à longueur de journée et si je dois le laisser seul (lui aussi hurle) je l’enferme dans la maison et ne pars pas plus de 2h.
  • J’ai également du mal à supporter que l’on ne fasse rien pour apprendre, se cultiver, que l’on passe son temps devant la télé à regarder des débilités même si oui, je regarde aussi la télé et pas que Arte mais aussi parfois des émissions plus populaires mais je lis aussi, beaucoup…… et je suis fan de grands films.
  • Sur le même sujet je ne comprends pas que le « bon peuple » érige en idéaux des abrutis comme Hanouna ou les footballeurs du PSG par exemple. Que les chanteurs et acteurs préférés des français soient des gens vulgaires et bêtes trop souvent. Je me reconnais une faculté : voir au delà des apparences et sentir immédiatement si quelqu’un est une belle personne ou pas et ça me saoule de voir que les gens adorent des soi-disant stars que moi je sens mauvaises à l’intérieur.
  • Pourquoi les gens font-ils des enfants avec n’importe qui, trop vite, des enfants qui grandiront mal et de manière chaotique ? Et je ne vois que ça autour de moi ! Mais le sujet des enfants et des animaux (sans excès non plus je ne suis pas Brigitte Bardot qui aime les animaux mais pas les gens) me fait me disputer avec plein de gens en fait…………..

Mais cette liste pourrait s’allonger tant et tant…………. Pourtant en écrivant cette énumération j’ai l’impression d’être quelqu’un d’intolérant, de tyrannique, de méchant même si l’on me reproche une trop grande empathie et une trop grande gentillesse dans la vie. Mais il y a des principes auxquels je ne peux déroger : le respect des autres, la logique, le besoin de se cultiver, de s’élever et je hais ce que je vois dans mon pays en ce moment où presque tout me désole, chacun avec ses petites revendications bien à lui se foutant du bien collectif et encore moins du pays. Sur certains sujets j’accepte d’être différentes des normo-pensants mais cela me fait souffrir car m’isole encore plus que ce que je n’étais déjà mais sur d’autres j’ai du mal à accepter cette différence. Et le fait de ressentir les choses, d’avoir des pressentiments, des intuitions, de voir au delà des masques n’aide pas à être heureux je l’avoue aussi………………

Et la question que je me pose ensuite c’est : si je comprends bien je dois accepter les normo-pensants comme ils sont alors que moi on ne m’accepte pas comme je suis et donc dois-je m’adapter moi à la majorité ? Dois-je prendre sur moi encore et encore, dois-je continuer à me sentir seule ou arriverais-je à m’accepter comme je suis en acceptant les gens comme ils sont et donc chacun dans son monde ? Je ne suis pas sûre d’y arriver ………….mais j’y travaille !

Le stéréotype du surdoué

Hier, pour se détendre un peu, j’ai voulu montrer à ma fille un film que j’adore « Will Hunting ». C’est un film que j’ai beaucoup vu, comme « le cercle des poètes disparus » avant de découvrir ma propre surdouance. Hier, quand j’ai dit à mon mari que nous allions regarder ce film il a répondu :  » ça va te faire mal……. ». Sur le coup je n’ai pas compris, j’ai vu ce film 5 ou 6 fois et ça ne m’a jamais vraiment fait mal………. »oui, mais c’était avant que tu ne saches pour toi » a-t-il rétorqué.

« Avant que tu ne saches pour toi »…………. Justement avant je pensais qu’être surdoué(e) c’était être capable de résoudre des énigmes mathématiques de haut niveau, c’était être un génie, Einstein quoi, savoir lire avant d’entrer à l’école ou jouer du piano comme Mozart et composer des symphonies à 5 ans ! C’était ça pour moi être surdoué. Je voyais ce Will Hunting comme un garçon violent et tourmenté à cause de son enfance, de son milieu pareil pour sa rébellion.

Mon mari n’avait pas tort. Regarder ce film que j’adore m’a fait mal, je ne l’ai pas du tout vu comme les précédentes fois. J’ai compris plusieurs choses en le regardant, d’abord je me suis toujours excusée d’exister, j’ai toujours voulu prouver que je méritais l’amour que l’on me portait, amour que je mendiais, je me suis rendue compte aussi que je ne me suis jamais permis de vivre ce dont j’avais envie parce que j’avais l’impression d’être un imposteur. Oui j’ai toujours su que j’étais différente, que je ne pensais pas comme les autres, je comprenais plus vite et ne comprenais pas que les autres ne puissent pas me suivre, je pensais qu’ils faisaient preuve de mauvaise volonté quand ils n’arrivaient pas à faire ce que moi je parvenais à faire dans tous les domaines. Oui j’ai passé ma vie dans les livres, puis sur internet à me renseigner, à savoir, à découvrir, à vouloir comprendre le monde qui m’entoure. Oui, j’ai saoulé tout le monde depuis l’enfance à vouloir savoir tout et n’importe quoi. Oui j’ai eu la vie maritale dont je rêvais en gros parce que dans ce domaine là je me suis donné les moyens, parce que c’est un domaine réservé aux filles, pas un truc de surdoué, c’est la norme et surtout c’était la seule chose dont je rêvais : un amour inconditionnel, un être qui m’aimerait enfin pour moi-même et avoir des enfants, surtout avoir des enfants. Et là je ne me suis pas loupé, mon couple est compliqué mais solide et ma fille est la fille dont rêve tous les parents…….

Oui mais le reste ? J’ai toujours crié haut et fort que je n’avais aucune ambition, aucun désir professionnel, c’est vrai, c’est toujours vrai. J’ai un rapport à l’argent compliqué, j’en veux pour vivre et ne pas avoir de soucis mais je ne cours pas après et je n’arrive pas à faire les choses pour l’argent. Je ne gère pas celui du foyer et je me suis déchargée de tout ceci sur mon mari qui n’est pas plus doué que moi mais qui assure parce qu’il est un « homme ». Oui j’ai toujours été passionnée, rebelle, ramenant ma fraise tout le temps, partout, oui, j’ai un souci avec la hiérarchie, l’ordre établi. Mais en regardant ce film je me suis rendue compte que j’avais eu et que j’avais encore des rêves, m’épanouir artistiquement surtout en écrivant mais j’aurai adoré être actrice aussi. Tout ce qui tourne autour des mots et de la culture me passionne. Mais je ne m’en suis jamais donné les moyens, pas assez douée, pas à la hauteur de ce que je voudrais être, lâcheté, manque de courage sans doute, syndrome de l’imposteur aussi………

Moi aussi j’aurai aimé croisé sur mon chemin un Robbin Williams que ce soit en thérapeute ou en professeur comme dans « le cercle des poètes disparus ». Ces deux rôles et surtout cet acteur me parlent plus que tout. Personne ne m’a guidée, personne ne m’a dit qui j’étais et ce dont j’étais capable. Oui sans doute suis-je capable de tout faire dans la vie c’est pourtant ce que je fais au quotidien. J’ai appris mille choses toute seule, des activités plutôt artistiques, rien ne me rebute, quand j’ai envie de faire quelque chose j’apprends à le faire et je pensais vraiment que tout le monde en était capable. C’est vraiment difficile d’avoir été détectée à 50 ans, d’apprendre jour après jour à se connaître, à découvrir ses spécificités mais surtout je ne sais même pas quoi faire avec tout cela……

Quand le film a été terminé, j’étais mutique (rare chez moi), enfermée dans mes questionnements, j’essayais de comprendre ce qui, chez moi, pouvait ressembler à ce génie des maths moi qui sais à peine faire une division à 3 chiffres. Je sentais que je ressemblais à ce jeune garçon mais en quoi ? Mon mari et ma fille m’ont parlé, m’ont expliqué ce qui chez moi était identique à ce héros de films, ce qu’ils avaient reconnu de moi chez lui et surtout m’ont rappelé qu’être surdouée ce n’était pas uniquement être un génie scientifique ! Alors bien sûr j’ai fait des recherches sur internet pour comprendre un peu plus qui je suis. Et oui il y a les génies scientifiques mais il y a aussi des intelligences multiples, les surdoués émotionnels peu reconnus, les surdoués verbaux, l’intelligence perceptive avec ses prémonitions et ses capacités à lire dans les pensées et le cœur des gens mieux qu’eux mêmes, et tout ces profils dans lesquels je me suis reconnue. Je ne parlerai pas ici de la violence qui découle parfois d’être incomprise ou de se sentir différente, seule, d’être parfois si difficile à vivre pour ceux que j’aime, de ma rébellion permanente, de mon idéalisme aussi ou de certaines convictions profondes.

Après la semaine très difficile que je viens de passer (on a découvert qu’en plus du cancer de la prostate mon mari avait un problème à un oeil qu’il fallait opérer très vite et sa réaction a été……….plus que vive ce qui nous a encore valu une belle dispute mais je ferai un article sur les réactions violents des gens ayant un cancer plus tard) ce film m’a perturbée, vraiment perturbée et je dois transformer ce sentiment en quelque chose de constructif ! Et quand je me pose la question de ce que je veux vraiment faire de ma vie, il serait temps à 51 ans, je me dis que la seule chose que j’aime outre apprendre c’est écrire. Mais là encore je bloque, écrire quoi, en suis-je capable ? Ai-je du talent même si j’étais très douée à l’école ? Moi je veux être Pagnol ou d’Ormesson ou rien mais quand apprendrais-je à être juste moi-même ? Et puis c’est qui déjà moi ?

Un jour une copine pas du tout surdouée mais très très sûre d’elle m’a dit qu’elle avait écrit un livre et qu’elle l’avait fait publier chez un petit éditeur. J’étais très heureuse pour elle et j’ai acheté ce livre. Je crois que c’est le truc le plus nul qu’il m’ait été donné de lire, une nullité totale, mal écrit, plein de gros mots, une histoire lue cent fois pour moi la grande lectrice. Bref, j’ose le dire, une merde ! Elle ne m’a jamais demandé ce que j’en pensais parce que j’aurai été obligée de mentir et que je déteste ça et puis peu de temps après j’ai arrêté de la fréquenter. Cette histoire m’a mise vraiment en colère car elle, sans aucun talent, avait eu le courage de croire en elle et avait réussi à se faire publier (a-t-elle payé je n’en sais rien) et moi je n’avais même pas le courage d’essayer ?! Et puis mon frère a aussi écrit un livre qui a été publié mais là par contre j’ai adoré, en toute objectivité. Il a du talent (il est photographe de métier), il écrit bien, son histoire est formidable et j’en ai pleuré en le lisant tellement je trouvais ça bon ! Alors je me suis dit que je n’avais pas son talent et j’ai rangé mes rêves……….encore !

J’avance

J’avance, petit à petit, pas à pas, j’avance dans cette année difficile.

Rien ne m’aura été épargné cette année, déprime de mon mari qui a fait éclater au grand jour tout ce qu’il ressentait principalement face à mes angoisses et mes attaques de panique qui l’empêchait de quitter la maison pour travailler à sa guise, disputes, remise en question et puis cette suspicion de cancer de la prostate à présent………..

La découverte de ma suréfficience, les livres lus, les entretiens passés, la thérapie commencée avec cette super psychologue spécialisée, la découverte de mon super syndrome de l’abandon, mais aussi la thérapie que mon mari a entamé pour mieux se comprendre et la résurgence de ses souvenirs d’enfance enfouis si profondément, tout cela m’a énormément fragilisée c’est un fait. Je comprends mieux qui je suis et pourquoi j’agis ou ressens toutes ces choses mais d’autres émotions que je déteste comme la méfiance et le doute surgissent en même temps. Je dois comprendre pourquoi tout à coup je me mets à éprouver ces sentiments négatifs que je ne connaissais pas et qui, je le sais, ne font pas partie de moi. Il y a encore du travail, beaucoup.

Mais aujourd’hui je dois reconnaître que j’avance, avec des hauts et beaucoup de bas, avec de gros coups de déprimes, de terribles attaques de panique mais je ne recule pas, j’avance !

Hier j’ai laissé mon mari 6 h à la clinique sans moyen de le joindre pour qu’il fasse sa biopsie, il y a un an seulement je n’aurai jamais cru que j’y arriverais. Là on cumule l’impossibilité de le joindre, la peur des hôpitaux, la peur du cancer et j’en passe pourtant j’ai passé cette journée ! Bien sûr quand à 14 h je n’avais toujours aucune nouvelle, aucun sms de lui me disant qu’il était remonté en chambre j’ai paniqué, fortement paniqué, j’ai imaginé le pire, qu’il était mort, qu’il allait mal et j’en passe et avec notre fille nous nous sommes précipitées à la clinique pour savoir et quand nous l’avons vu (il venait à peine de remonter) il était confus et perturbé mais j’ai assuré ! Tout assuré !

Et ce matin je réfléchis, heureuse qu’il soit là à la maison, à ce que j’ai accompli en un an. Je l’ai laissé aller 3 fois à Paris pour le travail, une fois à Barcelone, il va travailler en centre ville 2 à 3 fois par mois et même si les attaques de panique sont toujours là et bien là je touche du doigt ce qui a pu les déclencher dans ma petite enfance. Bien sûr rien n’est simple, je suis épuisée, éreintée, je voudrais que la vie soit comme dans les contes pour enfants, souvenez-vous tous les contes se terminent par : « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants et furent très heureux » et ça s’arrête là ! Les contes ne parlent pas de galères, de crises de couple, d’infidélité, de maladie, de cancer, de disputes, non non non ! Moi je croyais vraiment que la vie serait ainsi…………. mais il n’en ai rien. La vie est souvent un combat entrecoupé de moments de bonheur et il faut se battre pour tout, je ne me sens souvent pas armée pour la vie, pas adaptée, pas assez adulte.

Je sais qu’à présent il faudra attendre le 22 février pour avoir les résultats de la biopsie avec le risque de cancer qui va avec. Je sais aussi que si c’est le cas c’est un cancer fréquent et qui est pris assez tôt mais il faudra affronter l’opération, l’absence, peut être la chimio qui me terrorise et que je devrais encore prendre sur moi …………… Mais je sais que même avec des états d’angoisse extrême et des attaques de panique j’y arriverai comme j’ai réussis tout le reste cette année et même avant.

Alors en attendant je vais continuer à travailler sur moi-même et surtout à profiter des petits plaisirs de la vie………….

Une grande décision et un merveilleux moment !

Il y a des années, en fait depuis toute petite, que je veux écrire, que je ne pense qu’à écrire. Je n’ai pas fait de longues études mais j’ai toujours été première en français, j’adorais faire des rédactions, des dissertations et je faisais même celles de mes camarades d’école (quand je n’écrivais pas des lettres d’amour à leur place) et même si les profs n’étaient jamais dupes je continuais car je ne me lassais jamais d’écrire.

J’ai grandi dans une famille où les livres étaient très importants avec des parents qui écrivaient beaucoup et plutôt très bien mais qui n’allaient jamais au bout de leurs écrits. En parlant un jour à mon père nous sommes tombés d’accord tous les deux : quand on lit autant que nous, que nous lisons tant de belles choses, nous pensons que notre propres écrits ne sont pas à la hauteur de ce que nous aimons lire tous les deux. Alors à chaque essai d’écriture je laisse tomber, je trouve ça plat et sans relief et mon manque de confiance en moi fait le reste. Pourtant il y a 3 ans mon frère a publié un livre, certes le tirage est assez confidentiel, mais j’ai adoré son audace, j’ai adoré son histoire et son courage.

Et puis durant cette dernière année si compliqué pour moi j’ai eu encore envie d’écrire mais je ne trouvais pas l’angle, la manière d’aborder les choses. Moi la super imaginative dans la vie je perds tout imagination dès qu’il s’agit d’écrire, je ne sais pas pourquoi. J’ai tendance à vouloir raconter de manière extrêmement fidèle ce qu’il m’est arrivé dans la vie. Et puis il y a quelques jours j’ai acheté un stylo plume dans le cadre d’une collection lancée dans les bureaux de tabac, un réflexe comme ça, j’aime l’objet et puis mon mari a décidé d’en acheter un aussi, j’y ai vu un signe. Dans le même temps nous avons eu tous les deux de grandes discussions sur sa thérapie, sur son enfance, sur tout ce qu’il a gommé, lissé pour faire plaisir à ses parents, sur qui il était vraiment et sur qui il aurait pu être si seulement…. Tout ceci a beaucoup agité mon esprit (je sais il en faut déjà peu !). Et nos discussions sans fin m’ont donné une idée : et si nous nous étions rencontrés enfants à l’âge où nos vies ont été bouleversées, le même âge d’ailleurs, 5 ans ? Que serions-nous devenus si nous avions eu la chance de nous connaître à cet âge là ? Que se serait-il passé si nous n’avions plus été seuls chacun dans nos souffrances ? Bien sûr nous n’habitions pas la même région, nos parents n’auraient pas pu se fréquenter pour tout un tas de raisons mais si cela avait été, quelle aurait été l’impact sur nos vies ?

A partir de là tout s’est mis en place naturellement dans ma tête. Une histoire, un plan, une trame, une idée à peine romancée de nos vies partant de la question des âmes sœurs. Et j’ai pris ma plume poussée par ma fille et mon mari à qui j’ai parlé de mon idée. Ma fille me pousse toujours à écrire, à faire ce que j’aime et mon mari a eu l’air totalement emballé par mon histoire et par ce que cela pourrait amener à sa mémoire d’enfance défaillante. Alors depuis je noircis des pages de cahiers avec ma plume, à l’ancienne malgré mes douleurs aux épaules et aux cervicales et tout coule limpidement.

Hier alors que les semaines qui s’annoncent m’angoissent au plus haut point (mon mari part un jour et demi ce qui est une torture pour moi et mes attaques de panique et la biopsie prévue le 6 février) nous avons décidé de penser à nous deux et de nous faire plaisir. Nous avons fait quelques courses et sommes partis en amoureux un après-midi pour nous retrouver. Ce fut un moment magique et merveilleux où nous nous sommes donc retrouvés, il faut avouer que chez nous vivent ma maman, notre fille avec qui je travaille sur sa nouvelle boîte, notre chien très très jaloux et que nous n’avons de ce fait plus vraiment de vie sexuelle. Alors cet échappatoire amoureux a été des plus bénéfiques…………. En rentrant mon mari était de bonne humeur et gai mais surtout il avait envie de partager avec nous. Il nous a raconté qu’il se reconnectait à un certain magnétisme qu’il avait en lui de famille mais qu’il n’avait jamais testé vraiment, qu’il apprenait tout seul la nuit, il nous a parlé de tout ce qu’il avait mis de côté ces dernières années comme ses dons artistiques de dessins ou d’écriture (ce qui m’avait séduit chez lui) et il nous a annoncé que lui aussi écrivait depuis quelques mois ! Il m’a demandé de lire son début de roman et même s’il n’a pas les bases littéraires (c’est un scientifique forcé alors que moi je sais son penchant artistique refoulé) ses idées sont géniales je n’ai pas peur de le dire. Son imagination est fertile et lui part où moi je ne sais pas aller en écriture, dans l’imaginaire ! Mais le plus troublant est le sujet de fond qui rejoint totalement le mien : l’enfance, les souvenirs oubliés ou enfouis et cela m’a fait encore plus prendre conscience de nos âmes sœurs ou jumelles………

Ce fut une journée magique et magnifique et il faut s’en souvenir pour les jours où cela sera plus difficile et où la réalité nous rattrapera professionnellement ou médicalement. Graver ces moments là à jamais mais surtout ne pas lâcher, comme nous l’avons toujours fait, nos projets artistiques, nos désirs, nos envies et se foutre du reste !

Mes héroïnes (suréfficientes)

Anne with a E
Lila de l’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

En ce premier jour de l’année, toujours pas de visiteurs sur mon nouveau blog mais ce n’est pas grave, toujours envie d’écrire et de m’exprimer.

J’ai envie, si vous passez par là, de vous parler de mes héroïnes récentes, celles en qui je me reconnais totalement ou celles que j’aurais pu être si on m’avait permis d’être totalement moi et si je n’avais pas si souvent entendu « chut, tu perturbes tes petites camarades » ou « arrête de faire ton intéressante » ou encore « mais pour qui tu te prends ? ».

Cet été, ma fille de 23 ans abonnée à Netflix comme beaucoup de gens, me dit qu’elle a découvert une série où la petite fille non seulement s’appelle comme moi mais s’invente un monde qui aurait été le mien si seulement on m’avait laissée être qui je suis vraiment. Je lui demande donc de me montrer les premiers épisodes de cette série et là c’est un vrai choc. Tout d’abord comment ma propre fille, qui même si c’est une des personnes qui me connait le mieux au monde et est mon miroir, peut-elle savoir autant de choses sur mon moi profond ? L’histoire d’Anne fait partie des classiques de la littérature jeunesse du début du siècle dernier au Canada. C’est une petite orpheline adoptée à l’âge de 10 ans par un couple de frère et sœur vivant dans la campagne. Anne est bavarde, imaginative au delà du possible, vit dans un monde imaginaire et féerique, lit beaucoup et emploie de grands mots avec emphase, ne connait pas les codes sociaux et se fait un peu détester par les autres enfants à qui elle ne ressemble pas. Anne dit ce qu’elle pense, elle est brute et sincère et terriblement irrévérencieuse. Sa vie doit être une aventure permanente comme dans un roman. Elle est libre et rêve d’une vie qui ne serait pas celle de toutes les filles de son milieu et de son époque. Anne c’est moi ou beaucoup de moi. Irrévérencieuse, fidèle, loyale, ne connaissant pas le mensonge et rêvant d’une vie pleine de fantaisie et non-conformiste.

Et puis il y a Lila. Lila c’est encore autre chose. « L’amie prodigieuse » a été lue par 10 millions de lecteurs dans le monde, c’est un best-seller mondial et moi qui suis une très grande dévoreuse de livres j’ai lu, pour la première fois de ma vie, les 4 tomes de cette saga 3 fois de suite. L’écriture d’Elena Ferrante est profonde, analytique, recherchée, littéraire. Cette histoire d’amitié entre deux petites filles devenues femmes dans les années 50 de Naples m’a totalement fascinée. On parle peu des rapports féminins, des histoires d’amitié, surtout une amitié comme celle-là qui tire chacune vers le meilleure de ce qu’elles sont et de l’émulation qui existe entre deux amies telles que Lila et Lenu. Si c’est le personnage d’Elena dit Lenu qui raconte c’est Raphaela dit Lila qui devient le personnage central, l’amie prodigieuse. Lila c’est moi. Lila c’est une surdouée,une vraie, une qui sait lire avant même l’école (ce qui ne fut pas mon cas je le reconnais), qui apprend tout plus vite que les autres, qui passe d’une activité à l’autre car tout la lasse mais Lila c’est aussi une violence contenue, une violence contre les hommes, l’ordre établi, les conventions, la hiérarchie, l’autorité. Lila c’est la liberté absolue, c’est aussi celle que personne ne comprend. Lila me ressemble car elle suscite des réactions violentes chez les autres, elle les pousse à bout diraient mon mari et ma fille, alors que je dirais moi qu’elle ne se soumet pas et dit simplement aux gens ce qui est, ce qu’ils sont. Lila ne triche pas, ne ment pas, Lila est Lila et ce n’est pas simple car elle ne sera jamais véritablement heureuse car elle ne fait aucune concessions.

Aujourd’hui il y a l’adaptation de la première saison de « l’amie prodigieuse » et je tremblais de savoir si l’adaptation serait fidèle au roman que j’a adoré. Et c’est une vraie réussite. Les actrices enfants ou jeunes femmes sont fabuleuses, Lila est fascinante, les décors sont extrêmement réalistes, la lumière et les couleurs superbes. Et en regardant la série je découvre encore des choses sur elle, sur moi. Les miens confirment que Lila leur fait terriblement penser à moi dans une autre époque et un autre milieu mais tout ceci me perturbe. Jamais je n’avais eu d’héroïnes me ressemblant à ce point, Anne et Lila se ressemblent sans se ressembler, elles sont intelligentes, mal comprises, irrévérencieuses, contre l’ordre établi, violentes parfois, à contre-courant des autres enfants ou des autres jeunes femmes.

Ce sont elles qui parfois m’aident à tenir moi pour qui les livres sont une grande partie de ma vie, une très très grande partie de ma vie…………. Mes héroïnes, mes doubles, mes moi libres et assumées.

Petite présentation

Pourquoi un nouveau blog moi qui en ai déjà tenu plusieurs ?

Est-ce un blog de plus sur les surdoués, les suréfficients, les zèbres ?

Je ne le pense pas mais je verrai ce qu’il deviendra. J’ai plutôt envie de dire que c’est un journal intime, autant qu’un blog public peut-être intime, un journal de bord, un endroit où je pourrai enfin être moi. Pourquoi « Chut, tu perturbes tes petites camarades » ? Parce que c’est sans doute la phrase que j’ai le plus entendue durant ma scolarité et qu’elle me reste en mémoire.

J’ai un peu de mal avec le terme zèbre qui est trop souvent employé, celui de surdoué qui fait qu’on attend des choses extraordinaires de celui qui a cette faculté, j’aime bien le terme de suréfficient par contre, sans doute le terme dans lequel je me reconnais le plus.

J’ai toujours sentie que j’étais différente des autres, souvent plus rapide, avec une compréhension des choses plus globale. J’ai toujours pensé très vite, parlé très vite, j’ai toujours tout analysé, tout décortiqué allant parfois jusqu’à harceler les miens quand quelque chose me chiffonne et que j’ai besoin de comprendre. J’ai toujours été aussi une enfant solitaire parce que je m’ennuyais avec les autres, ils n’avaient pas les mêmes centres d’intérêt que moi, je les trouvais futiles ou superficiels. Je n’ai jamais compris non plus que l’on parle pour ne rien dire, je suis bavarde certes mais je vais toujours au fond des choses, j’aime aborder les choses en profondeur, j’aime l’analyse, la psychologie, la philosophie. Je suis donc souvent passée pour arrogante, supérieure, fière alors que je suis quelqu’un qui doute de moi terriblement, qui ne m’aime pas beaucoup et qui a toujours l’impression de n’être pas à la hauteur………..

Mais pour ma part être suréfficiente c’est aussi souffrir de beaucoup de maux comme une angoisse récurrente et fréquente, des crises de panique qui ont fait dire à tous les psys rencontrés (et usés) que j’étais agoraphobe. Je le suis sans doute un peu mais je souffre surtout du syndrome de l’abandon, un syndrome très très puissant chez moi.

Bref il y a mille choses qui font que je me suis rendue compte que j’étais suréfficiente, des livres lus, un entretien avec une spécialiste et puis enfin la rencontre avec ma psychologue (et pas psychiatre, eux ne m’ont jamais aidée!) qui est une spécialiste des suréfficients et avec qui je peux enfin être moi et qui m’aide comme elle le peut dans cette période compliquée de ma vie (pour tout un tas de raisons autres que ma suréfficience).

J’espère par ce blog rencontrer des gens qui me comprendront, se reconnaîtront et avec qui je pourrai échanger !