Voir et ressentir avant les autres

Ce qui peut m’épuiser et surtout être épuisant pour ceux qui m’entourent c’est ma faculté à voir et à comprendre des choses que les autres vont mettre des semaines, des mois voire des années à comprendre par eux-mêmes ! La seule que ça arrange est ma fille qui avance du coup plus vite que les autres ………….

Par exemple cela fait 25 ans que je vois la façon dont ma belle-famille traite mon mari, dont il s’écrase devant eux, je crois même que quand je l’ai rencontré j’ai vu immédiatement (sans le comprendre à l’époque) le petit garçon qu’il avait été à l’époque. Aujourd’hui il a entamé une thérapie pour comprendre « ce qui clochait » chez lui, pour comprendre son mal-être et régler ses problèmes. Bien sûr entre temps nous avons appris qu’il avait des problèmes de santé (cancer ou pas, il faut attendre la biopsie) mais il s’en doutait, il le ressentait et en plus de la cinquantaine et du bilan du milieu de la vie il a besoin de faire un point sur lui-même.

Comme je suis aussi une thérapie il a choisi ma thérapeute en qui il a confiance lui qui ne fait pas confiance aux psys en général vu qu’ils m’ont baladée durant des années. Ce n’est sans doute pas déontologique mais pour l’instant la psy, lui et moi faisons avec et ça marche plutôt bien. Disons que d’avoir une patiente surdouée comme moi (sa spécialité) l’aide à mieux comprendre mon mari qui est un homme complexe et plutôt taiseux. Elle me dit souvent que je le connais mieux que n’importe qui au monde et surtout mieux qu’il ne se connait lui même. Nous évitons bien sûr de parler de sa propre thérapie, je parle de mon mari pas de son patient mais par la force des choses parfois les choses se rejoignent.

Il y a peu de temps j’ai appris que lors du divorce de mes beaux-parents seul mon mari parmi les 3 enfants avaient eu à donner son avis sur le parent avec lequel il voulait rester. Et il a choisi sa mère. Cela a créé une guerre qui a duré des années. Et même à 50 ans mon mari pense qu’il aurait du se taire à ce moment là, ce qu’il fait depuis donc 45 ans, ne pas dire ce que l’on ressent et ce que l’on pense et que cet épisode a lissé sa personnalité et fait de lui quelqu’un qu’il n’est peut-être pas du tout. Il se demande donc qui il est et ce qu’il serait devenu si à ce moment là il avait donné une autre réponse ou pas de réponse du tout ! Mais ça ne s’arrête pas là car bien sûr il pense que sa vie aurait différente etc. Quand je lui dis que moi qui l’aime depuis 25 ans je sais qui il est que je l’ai vu dans les pires situations, dans les meilleures, que j’ai cette faculté de deviner ce qui se cache derrière les masques il me répond simplement que c’est sans doute vrai mais que j’ai été capable d’être amie avec des manipulateurs donc que je suis capable d’aimer quelqu’un comme lui (mauvais veut-il dire !). Si cela n’était pas marrant ça serait très vexant pour moi. Il croit vraiment que s’il avait pu être lui même il serait quelqu’un de très différent et forcément de mauvais ! Ça me fait hurler, je connais mon mari mieux que personne, je sais quel homme bon, sensible et gentil il est, comment peut-il en douter ?

Mais le souci est encore plus profond quand je lui explique qu’il n’a été qu’un prétexte à la guerre que se sont livrés ses parents et que si ça n’avait pas été lui ça aurait été le fauteuil du salon ! Que la mauvaise personne ce n’est pas le petit garçon innocent qu’il était et qui s’est exprimé mais ses parents qui se sont servis de lui ! Il n’arrive jamais à dire du mal de ses parents, il s’éloigne d’eux, n’en voit plus certains ou peu mais il ne peut pas dire du mal d’eux. Et pourtant depuis 25 ans eux m’en ont dit du mal de lui dans les pires moments ! Jamais un encouragement, jamais un compliment,la critique facile ! Ça me rend malade ! Moi je suis capable de voir la situation dans sa globalité, de voir le petit garçon malheureux qu’il a été, l’homme courageux et formidable qu’il est devenu mais pas eux et pas lui ! Et quand ils m’ont fait du mal (et ils m’en ont fait hypocritement, pas de plein fouet) mon mari n’a pas pu s’empêcher de les défendre……….

Il m’avoue aujourd’hui qu’il a peur de découvrir qui il serait devenu s’il avait fait un autre choix à 5 ans, s’il n’avait pas gommé tant de choses en lui. Et moi j’ai peur que tout ça se retourne contre moi, moi qui doute tant de moi, qui aies si peu confiance en moi. Pourtant lui me pousse à travailler sur mon enfance (on a des problèmes similaires d’affirmation de soi face à nos parents), il me pousse, me donne raison, me pousse à être moi face à eux et lui n’arrive pas à faire ce même travail……………

Je crois que les mois qui arrivent seront compliqués entre la maladie, la biopsie, l’éventuelle opération, mon travail sur ma peur de rester à la maison sans lui, sur mon syndrome de l’abandon très important, sur mes attaques de panique surtout si je dois affronter l’opération, la clinique etc son besoin d’évoluer professionnellement en faisant quelques voyages (et donc mes attaques de panique qui vont en découler) et sa thérapie et la peur qu’il a de ce qu’il va découvrir de lui-même !

Serais-je assez forte pour surmonter cette année qui s’annonce ? Sans doute que oui, comme d’habitude mais je suis déjà si fatiguée………….

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Accepter

Accepter, cette image trouvée sur le net est le parfait reflet de……….ce que je ne sais pas faire !

Cela fait des années que tous les thérapeutes rencontrés me disent d’arrêter de lutter et d’accepter mes peurs, mes angoisses, la situation etc……… Je ne sais pas faire. Je voudrais arrêter d’avoir peur, je voudrais pouvoir tout maîtriser, tout contrôler, surtout mes émotions négatives. Mon père m’appelle « madame parfaite » et il n’a pas tort. Je voudrais tant être équilibrée, rationnelle, raisonnable, censée etc.

Mon mari passe son IRM aujourd’hui pour une suspicion d’un cancer de la prostate. Je suis terrifiée. Terrifiée par les examens, les attentes en clinique, le diagnostic, l’attente mais en même temps je ne voudrais pas savoir, j’ai peur de la biopsie qui va suivre le 6, peur de cette journée où je le verrai affaibli, où je me sentirai seule sans lui, peur d’une future opération, peur encore une fois de tout, tout, tout………

Et si c’était normal d’avoir peur ? Et si c’était juste logique (mon mot préféré) ? Nous avons 51 ans, c’est la deuxième fois que nous avons à faire aux hôpitaux et à la maladie. La première fois a été la naissance prématurée et catastrophique de ma fille où je suis restée 2 jours aux urgences respiratoires et 5 jours en clinique. Le pire souvenir de ma vie. Ca ne peut pas être pire sauf si mon mari a quelque chose de très grave car à priori un cancer de la prostate se soigne bien. Et encore on n’en est pas sûr même si les analyses de sang sont mauvaises.

Et si j’acceptais ma peur, si j’arrêtais de lutter contre elle ? J’essaye de me projeter dans le futur, quand tout ceci sera terminé (et pas terminé par la mort hein parce que bien sûr je me suis imaginée veuve, à la rue etc). Et si c’était une épreuve de plus, encore une ? Et si comme pour les précédentes nous en sortions vainqueurs ? Mais je reconnais être à bout de forces car cette année où mon mari a été si mal moralement (y a-t-il un rapport avec le fait qu’il ait senti qu’il pouvait avoir un problème de santé alors qu’il n’avait aucun symptômes ?), où les disputes se sont enchaînées suivies de réconciliations et de séances de thérapie pour nous deux, où j’ai découvert ma suréfficience, où j’ai travaillé sur mes attaques de panique récurrentes, m’a totalement vidée et épuisée.

Alors il faut aller chercher encore un peu de force au fond de moi pour affronter tout ceci sans lutter contre ma peur, en l’acceptant, le programme me semble si compliqué………..

Réponses à mes parents et aux autres…….

Je me rends compte ces derniers temps que je n’ai plus aucune estime de moi, doutant même d’en avoir jamais eu. Et puis souvent en ce moment me reviennent en mémoire des phrases entendues dans mon enfance qui ont pu avoir un réel impact sur mon estime de moi. Alors j’ai décidé de les noter (même si cela me culpabilise vis à vis de mes parents et de quelques autres proches) et de prendre le temps de leur répondre symboliquement. Voici donc une petite liste non exhaustive des phrases entendues qui m’ont tellement blessée et auxquelles j’aurai pu répondre ceci :

  • Mais pourquoi n’es-tu pas morte à la place de ton frère ? : je ne sais pas pourquoi je ne suis pas morte à sa place mais peut-être avais-je moi aussi le droit de vivre, d’exister, je ne suis qu’une enfant de 6 ans et moi aussi je souffre, pourquoi dois-je me justifier sans cesse d’être en vie et pas lui ?
  • Mais pour qui te prends tu ?  : pour quelqu’un qui réfléchis même enfant, même adolescente et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites et que je vous fais part de mes propres réflexions que je me prends pour quelqu’un d’important ou que je remets en cause votre intelligence.
  • Ce n’est pas de la sensibilité ça, c’est de la sensiblerie ! : sensiblerie est humiliant, péjoratif, minimise ce que je ressens, je suis sensible et pourquoi n’aurais-je pas le droit d’être sensible ? Est-ce une tare ?
  • Quelle comédienne, on dirait Sarah Bernard ! : parce que mes émotions sont à fleurs de peau, parce que je ressens tout trop fort, parce que je ne sais pas cacher ce que je ressens je suis une comédienne ? Mais rien n’est faux dans ce que je ressens ou dans ce que je montre ! Je suis sincère même en étant excessive.
  • Toi pour qu’un homme t’épouse il faudra le payer et ensuite il nous paiera pour qu’on te reprenne ! : sans doute est-ce une plaisanterie qui peut être drôle pour une non-suréfficiente, moi ça me blesse. Ça veut donc dire que jamais un homme ne voudra de moi, que je suis invivable et incapable de rendre un homme heureux ? Mais l’homme qui saura m’aimer et qui saura me découvrir et m’accepter comme je suis sera un homme heureux car je lui donnerai tout, tout ce que j’ai à donner et il vous remerciera plutôt d’avoir mis au monde une femme comme moi……. (ce que j’aimerai croire aujourd’hui et que je ne crois pas d’où beaucoup de mes problèmes)
  • Tu fais tout le temps des histoires ! : non je ne fais pas « des histoires », je m’exprime, je dis quand je ne suis pas d’accord et je ne sais pas faire semblant de trouver intelligente une phrase ou une attitude que je pense débile ! Et encore je mets les formes pour dire les choses parce que je suis polie !
  • Tu es une p….., tu n’as aucune fierté avec les garçons : effectivement j’ai cherché adolescente désespérément de l’amour et de la reconnaissance et parfois auprès de n’importe quel garçon tant j’avais besoin d’amour ! Demandez-vous plutôt pourquoi ai-je autant besoin d’amour et pourquoi n’ai-je pas plus de fierté…………..
  • Tu sais tu ressembles à ton père, il est intelligent et parfois quand on est trop intelligent cela ressemble à de la folie, en fait il est fada : non papa n’est pas fou, oui il est intelligent et surement surdoué aussi mais personne ne l’a jamais compris, aimé, reconnu, parfois il pète un plomb par trop de douleurs et d’incompréhension. Et puis pourquoi ressembler à mon père serait une injure ?
  • Tu as toujours eu les nerfs fragiles, tu es malade des nerfs : non je ne suis pas fragile, je suis plus forte que bien des gens, je ne suis pas malade des nerfs, je suis ce que l’on appelle une hypersensible qui peut se mettre dans des états extrêmes par douleur et par accumulation de reproches et de rebuffades. Cela fait partie de ma surdouance, je suis ainsi je n’y peux rien. Aidez moi à me canaliser au lieu de me traiter de malade !
  • Ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un comme toi : quelqu’un comme toi c’est quoi ? Quelqu’un qui réfléchit trop, quelqu’un qui discute trop, quelqu’un qui pratique trop d’introspection sur soi et sur les autres, quelqu’un qui est toujours extrême ? Oui je sais, ce n’est pas facile pour moi non plus d’être moi mais ça peut aussi être chouette pour un peu qu’on décide d’en faire quelque chose de chouette non ? Et puis ça vous a souvent aidé quand vous alliez mal que je sois comme ça non ?
  • Mais qu’as-tu encore fait pour énerver ton frère-père-mari, pourquoi le provoquer ?  ou alors : mais tu veux nous rendre fous, nous pousser à bout ?  : je ne les provoque pas, je leur dis ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre, je note leurs incohérences, leur attitude illogique et je n’admets pas qu’ils me commandent ou que je doive me soumettre. Pourquoi devoir se taire pour ne pas énerver « un homme » ? Et non je ne veux rendre personne fou mais à un moment je ne comprends pas plus l’attitude des autres que vous ne comprenez la mienne…… et oui je peux être excessive surtout dans mes énervements ! Et j’en souffre aussi………….
  • Tu es trop émotive, trop sensible, trop excessive, trop tout : oui je suis une surdouée hypersensible et je suis excessive, pourquoi une fois ne pas m’accepter comme je suis ? Juste une fois au lieu de critiquer tout ce qui fait de moi un être spécial ?
  • Mais non tu n’as pas peur, pas mal, prends sur toi, maîtrise tes nerfs ! : pourquoi n’ai-je pas le droit d’avoir peur, mal, pourquoi attend-on toujours de moi que je me maîtrise, pourquoi ne pas me laisser exprimer mes émotions comme je les ressens en m’apprenant à les canaliser ? Acceptez ce que je ressens de temps en temps………….
  • Ha mais toi bien sûr tu as entendu la première phrase de ce type à la télé et tu as tout compris, nous pardon mais on est bête il faut qu’on en écoute plus ! : ce n’est pas ma faute mais oui il me suffit de quelques phrases pour comprendre où l’autre veut en venir pour savoir ce qu’il va dire ensuite et qui se cache derrière le masque ! Je n’y peux rien mais ne m’humilie pas pour ça, tu comprends peut-être moins vite mais dis-le moi gentiment, moi je ne veux humilier personne, je ne me rends pas toujours compte que j’agis ainsi et si tu te sens toi « bête » comme tu dis, ce n’est pas ce que je pense moi…………… autrement je ne vivrais pas avec toi.

Voilà je ne sais pas si ces réponses symboliques à toutes ces réflexions blessantes me feront du bien, par contre je pourrai sans doute les relire de temps en temps et essayer de travailler un peu plus sur l’estime de moi….

Hypersensibilité

Il est vrai que j’ouvre ce blog à un moment compliqué de ma vie où tout me bouscule, me perturbe, où je suis à la limite de la dépression. Ce n’est sans doute pas très alléchant pour les gens qui passeront par ici. Mais c’est, je l’espère, une période dans ma vie qui passera comme tant d’autres.

J’ai envie de parler aujourd’hui d’hypersensibilité puisqu’en ce moment je vois que le sujet est très à la mode et que l’on en parle partout. Il y a des hypersensibles qui ne sont pas surdoués mais il y a des gens comme moi surdoués et hypersensibles. Il parait que c’est une des « conséquences » de la surdouance. Mais c’est lourd à porter, très lourd.

Depuis que je suis enfant j’entend cette phrase de mon père : « ho toi tu n’es pas sensible, c’est de la sensiblerie ». Cette phrase m’a toujours beaucoup humiliée. Mon père qui est pourtant la personne de qui je suis la plus proche après mon mari et ma fille m’a toujours trouvée « trop ». Trop sensible, trop émotive, trop excessive, trop, trop, trop………….. Aujourd’hui je sais pourquoi je suis ainsi mais j’en souffre depuis si longtemps.

Il parait, lis-je partout, qu’il faut faire de son hypersensibilité une force, pour moi c’est plutôt une faiblesse en ce moment. Mon hyperempathie cumulée à mon hypersensibilité font de ma vie un enfer. Je ressens tout, je perçois tout, je suis blessée par tout, un mot, une attitude, un geste, une intention que je prête à la personne. Et en ce moment où mon mari fait lui aussi une sorte de dépression, où j’essaye avec force de comprendre ses ressentis (il parle peu c’est un taiseux), ses angoisses, ses peurs, où j’essaye de séparer ses vrais problèmes de ceux qui viennent de sa crise existentielle, je prends tout : émotions négatives, accusations, reproches dus à mes angoisses qui l’empêchent de voyager comme il veut etc et je coule aussi. Bien sûr il y a en plus la peur de la maladie, du cancer, les examens qui commencent la semaine prochaine, ma peur des hôpitaux, ma peur de rester sans lui ne serais-je que quelques jours, ma peur qu’il lui arrive quelque chose.

Alors tout me perturbe. Cette nuit j’ai fait un simple rêve que mon cerveau analyse très bien puisqu’il est la conséquence de quelque chose d’important qu’il s’est passé entre nous il y a peu mais mon hypersensibilité fait que je n’arrive pas à me remettre de ce simple rêve. Je suis tremblante et dans l’émotion.

Comment dissocier son intelligence qui analyse lucidement les choses et son hypersensibilité qui fait parfois voir la vie tout en noir ? Dépression du surdoué diront beaucoup, oui sans doute aussi. Je voudrais sortir de cette période qui dure depuis un an, je suis vidée, à bout, la psy m’a proposé une hospitalisation pour me reposer et déconnecter mais pour moi la phobique des hôpitaux ou des cliniques il n’en est pas question et puis je ne laisse pas les miens dans le souci et la peine comme ils le sont en ce moment. Comme dirait mon mari : « on va s’en sortir ensemble comme toujours. Notre vie est un champs de bataille en ce moment mais on va en sortir vainqueurs, tous les 2 ! »

J’ai 51 ans et j’ai l’impression que je sais de moins en moins me blinder. Une simple parole de mes parents (et Dieu sait que ma mère en balance sans réfléchir au mal qu’elle fait), de mon mari, une simple intention que je perçois et mon hypersensibilité reprend le dessus……….. Bien sûr la période est compliqué, stressante, je me sens coupable de beaucoup de choses, je prends sur moi des choses qui ne sont pas de mon fait, il y a la suspicion de maladie, la déprime de mon mari et puis, disons-le parce que rien n’est tabou pour moi, ma pré-ménopause qui me joue des tours au niveau des humeurs.

Aujourd’hui samedi il faut que je trouve tout ce qu’il y a de beau autour de moi, d’habitude je suis forte à ce jeu là, je sais voir la beauté de la nature en particulier mais surtout il faut que j’arrête d’être aussi attentive à tout ce que je perçois des êtres humains autour de moi et que je me protège mais je n’ai jamais fait cela………. Il serait peut être temps d’apprendre non ?

Et vous, en quoi votre hypersensibilité est une force ?

La peur

La peur.

Je crois avoir toujours avoir vécu dans la peur. Peur plus ou moins forte, plus ou moins intense mais cette peur fait partie de moi et bouffe littéralement une bonne partie de ma vie.

Quand j’étais enfant j’avais peur, peur que ma mère ne m’abandonne, peur qu’elle ne m’aime pas (mais ça j’ai compris très vite qu’étant une fille elle ne m’aimerait jamais comme je le souhaitais), peur de ne pas être la fille de mes parents etc. Et puis mon petit frère est mort alors que j’étais en vacances chez mes grands-parents et là la peur est devenue une grande partie de moi. Non pas que j’aimais mon petit frère, je travaille sur le sujet depuis des années car mes émotions ont été bloquées à ce moment là, mais peur qu’il n’arrive quelque chose à un membre de ma famille, peur de me retrouver seule, peur d’être abandonnée. Cette peur s’est amplifiée au fil des années et des coups durs de la vie.

Mon père a quitté la maison lorsque j’avais 19 ans, il a refait sa vie et là encore la peur m’a envahie. Si j’avais eu des attaques de panique précédemment, elles avaient été nommées « spasmophilie » par des médecins qui n’y connaissaient rien. Et puis 1 et 2 copains sont morts dans des accidents de voiture et là je n’ai plus pu quitter l’appartement de ma mère. Des douleurs physiques, des nausées, une fatigue extrême et surtout, ce que personne n’avait encore nommé, des attaques de panique foudroyantes. Ces attaques de panique ont eu leur reconnaissance avec le premier psy rencontré mais pour lui et pour ceux qui ont suivi il s’agissait d’agoraphobie. J’ai appris à conduire dans des conditions terribles, j’apprenais tout vite et facilement mais à chaque leçon de conduite la panique m’envahissait et je devais m’arrêter sur le bord de la route. Lorsque j’ai eu mon permis et que j’ai commencé à sortir seule, ce ne fut pas mieux mais sans comprendre ce que j’avais, l’envie de vivre était plus forte que tout. Alors j’essayais de vivre comme une jeune femme de 20 ans……….

Au fil des années j’ai fait ma vie, je me suis mariée mais à chaque fois que je devais sortir de chez moi c’était un enfer. Et puis ma mère a du m’accompagner lors de mes déplacements même infimes et au fil des années je n’ai plus réussi à rester seule chez moi quand mon mari était au travail et ma mère venait passer la journée avec moi. Quand ce n’était pas ma mère c’était 1 ou 2 ami(e)s en qui j’avais une totale confiance. Pendant ce temps là je travaillais en thérapie chez un psy ou un autre parce que tous au final finissaient par me dire qu’ils ne pouvaient rien pour moi. Ce qu’il nommait agoraphobie était trop sévère, trop profonde pour leur savoir. J’ai tout essayé, toutes le médecines parallèles, les relaxations, les méditations, le yoga, l’EMDR et j’en passe.

Et puis les coups durs sont arrivés, une séparation, qui même si elle a été provisoire puisque nous nous sommes remis ensemble au bout de 9 mois a fait resurgir mon sentiment d’abandon, la maladie d’un membre de ma belle-famille, la mort de celle que j’ai cru durant des années ma meilleure amie ont fait encore plus reculer mes attaques de panique et ce que j’appelais encore mon agoraphobie. Mon mari qui avait ses problèmes aussi a quitté l’entreprise familiale et s’est mis à travailler à la maison. Je continuais à travailler sur moi, mes peurs, mes attaques de panique, mon enfance mais la dernière thérapeute suivie a fini par me mettre à la porte (sans doute un jour parlerais-je de tous ces pseudos-spécialistes) et j’ai continué quelques années à vivre collé à mon mari, à ne pouvoir jamais rester seule ni à sortir seule. Il a supporté, il m’a supportée moi et mes problèmes……….. J’ai arrêté toutes les thérapies, 30 ans ça épuise aussi mais j’ai continué à lire et à apprendre ce qui me semblait bon pour moi.

Mais la peur était toujours là, tapie ou bien visible, peur quand ma fille a eu son permis et a commencé à conduire, peur qu’il n’arrive quelque chose à mes vieux parents, peur, peur, peur de ne jamais m’en sortir.

Il y a 11 mois tout a explosé. Mon mari a craqué, crise existentielle de la cinquantaine, pourquoi vit-on, pourquoi meurt-on, à quoi sert notre passage sur terre etc… Et puis ma peur qui l’empêche d’évoluer professionnellement, d’aller à des rdv, à des séminaires, bref ma peur encore qui est invivable. Les scènes se sont succédé (bon il parait que dans ce cas là succédé est invariable !!) parce qu’il était trop difficile pour moi d’accepter d’être responsable de son mal-être même si je sais aujourd’hui que je ne suis pas la seule responsable puisqu’il avait peur d’être malade physiquement mais j’en parlerai plus tard. Il m’a donc suggéré de reprendre une thérapie puisque lui voyait qu’il n’arrivait plus à m’aider dans ce domaine là. J’ai suivi mon instinct et pris rdv avec la psychologue que connaissais ma fille et que je connaissais donc depuis qu’elle a été sa pionne au lycée. Mais entre temps j’ai lu un livre, par hasard, sur la suréfficience, puis un autre, puis un troisième, puis contacté l’auteure d’un de ses livres et j’ai découvert que j’étais sans doute surdouée. Là tout avait un sens puisque ces livres et tous les spécialistes de la surdouance parlent d’attaques de panique, d’agoraphobie, d’angoisses importantes etc. Bien sûr ce n’est pas la seule raison qui m’a fait penser que j’étais suréfficiente, tout correspondait, je dirais tout correspondait à 80 % !

Depuis j’ai découvert que la psychologue qui me suit est spécialiste en suréfficients, qu’elle n’a pratiquement que ça dans son cabinet, enfants comme adultes. Si les thérapies classiques pour agoraphobes n’ont jamais fonctionné sur moi c’est qu’elles ne sont pas adaptées. J’ai donc découvert avec elle mon très important syndrome de l’abandon, mon syndrome du jumeau perdu etc…. Mais tout ça à la base était fait pour que mon mari puisse gagner un peu d’autonomie professionnelle ! Alors dans la douleur et des efforts surhumains je l’ai laissé aller à des rdv pro, je l’ai laissé monter à Paris 2 fois aidée par ma fille qui est toujours présente (seule je ne peux pas encore et maman est trop vieille aujourd’hui) et par 2 amis en vacances chez moi. Et puis je l’ai laissé accepté un poste qui l’envoie en ville 1 après-midi toutes les 2 semaines et pour finir je l’ai laissé aller à Paris 2 jours pour un salon très important. Mais les choses sont toujours aussi difficiles, les attaques de panique toujours aussi importantes car je ne peux pas me consacrer uniquement à moi et à ma thérapie parce que lui aussi va mal et perturbe l’équilibre de toute la famille. Et il me met dans une insécurité totale moi qui ne supporte pas l’insécurité. Je sais qu’il m’aime, qu’il ne partira pas comme il y a 13 ans mais il remet en cause tant de choses dans sa vie et donc dans la mienne. Et puis il a avoué qu’il avait peur d’être malade, sans symptômes précis mais peur et il a fait une analyse de sang.

Effectivement il y a un problème aux résultats. Le taux de PSA de la prostate est anormalement élevé, mon médecin qui peut parfois être un âne a parlé immédiatement de cancer quand mon mari l’a appelé. Cancer, le mot était dit et pour nous et moi particulièrement la terreur a fait son apparition. A l’échographie et au toucher le radiologue n’a rien vu d’anormal, la prostate a un peu grossi ce qui est normal à 50 ans mais rien qui fait penser à un cancer, aucune anomalie, aucune grosseur, un bel aspect etc. Mais la peur ne me quitte plus. Pour lui il s’agit simplement d’une infection.

Le 31, dernier jour de l’année, de cette bonne année de m…. mon mari a rdv avec un urologue. Que va-t-il être dit ? Que va-t-il se passer ? Aurons-nous une réponse, faudra-t-il faire des examens, devra-t-il entrer en clinique ? Je rappelle que rester à la maison sans lui même avec ma fille est une torture. Je n’arrive pas à ne pas anticiper, je suis terrifiée, terrifiée qu’il se fasse opérer, terrifiée qu’il lui arrive quelque chose, terrifiée de vivre sans lui, terrifiée que la maladie et les hôpitaux entrent dans nos vies.

Je voudrais retrouver une vie à peu près normale, une vie où mon mari irait mieux moralement, où je n’aurais plus peur sans cesse d’être abandonnée, quittée, où je ne tremblerais à chaque changement d’humeur, où on ne parlerait plus de maladie. Mais à présent que l’on sait qu’il y a un problème il y aura forcément un suivi annuel et la maladie est vraiment entrée dans nos vies.

J’ai peur, tellement peur que je ne sais même plus comment m’en sortir….. Je sais qu’il faut attendre ce fameux rdv, ne pas anticiper mais anticiper c’est encore ce que je fais de mieux et pas toujours en positif !

Ajout du 2/01 : effectivement il y a une anomalie donc prise de rdv pour IRM et biopsie, il faut que je prenne sur moi, que je prenne chaque chose l’une après l’autre car je sais que je devrai toucher à ma peur la plus profonde surtout si les résultats montrent un cancer………