Suréfficiente et heureuse ?

En lisant un article sur le fait d’être surdoué(e) et heureux sur un super blog pour surdoués Suivezlezèbre je me suis posée mille questions, comme toujours me direz-vous !

D’ailleurs en écrivant le titre je me rends compte qu’avant j’aimais le mot suréfficient, il me parle bien mais que je vois tellement de blogs et de gens parler de zèbres et de surdoués que je finis par employer ces mots là. Mais ceci est un autre sujet !

J’ai été heureuse parfois, souvent, en ce moment c’est plus compliqué bien sûr. Je me rends compte que tout dépend aussi des moments de la vie, en ce moment avec la déprime-remise en question de mon mari + son cancer + l’opération il est un peu difficile d’être heureuse. Et puis mes attaques de panique, le travail que je fais sur le fait de pouvoir rester seule, sur le pourquoi de mon syndrome de l’abandon et la découverte de ma suréfficience dans le même temps évidemment rendent les choses encore plus difficiles ! Mais hier soir je me demandais après avoir lu cet article ce qui faisait que je pouvais parfois être si malheureuse et encore plus depuis la découverte de ma surdouance. Et j’ai fait une sorte de liste (oui j’aime bien les listes) du pourquoi j’ai du mal pour l’instant à être heureuse en étant suréfficiente :

  • Avant je ne comprenais pas pourquoi mes proches ou des moins proches ne comprenaient pas certaines situations dont je voyais l’issue immédiatement. Aujourd’hui je sais qu’ils n’en sont pas capables, pas capables d’anticiper aussi vite que moi, de voir la situation dans sa globalité, de voir les tenants et les aboutissants aussi rapidement que moi. Ma psy me dit que je ne leur laisse pas le temps de se faire leur propre avis et leur propre expérience et qu’ils peuvent me détester pour ça.
  • Dans le même ordre d’esprit j’ai du mal à comprendre que si moi je suis capable de faire un truc, les autres ne le sont pas. Pour être plus précise si moi, personne lambda, j’arrive à faire un truc les autres devraient y arriver aussi non ? Donc je nie ma surdouance par habitude encore une fois…..
  • La logique, mon mot préféré. Je trouve les gens illogiques et je ne comprends pas qu’ils n’aillent pas immédiatement vers ce qui est logique et censé.
  • Les autres, les voisins and co. Ha, vaste sujet ! Comment peut-on penser que l’on est seul au monde au point de faire autant de bruit quand on mange dehors, que l’on se baigne, que l’on fait un repas de famille ou simplement que l’on jardine ? Comment ne pas penser aux autres, aux voisins (petite dédicace à la famille braillarde qui habite derrière chez moi) ? Et je précise que je n’habite pas en appartement mais en maison avec grand terrain ! Le nouveau voisin lui a pris un magnifique chiot d’un an à présent et il le laisse des journées voire des week-end entiers seul dans son jardin à hurler et aboyer tant il est effrayé ! Se rendant compte de cela il a acheté un collier anti-aboiements mais ce week-end il est tout de même parti en le laissant pensant ainsi que personne ne se plaindrait ! Cette pauvre bête ne pouvant aboyer sans avoir mal a hurlé l’autre nuit de peur et peut-être de douleur réveillant mon chien qui a aboyé en réveillant toute la maison, a hurlé à la mort ce matin parce que son maitre n’est pas encore rentré. Pourquoi prendre un chien alors pour le laisser seul sans cesse ? Parce que j’ai bien compris que les week-end où il le laisse il part retrouver sa copine, pas bosser ! Et personne dans le quartier ne dit rien bien sûr, moi seule passe pour une vilaine, une sorcière ! Et même le maire qui habite en face se tait, un vrai lâche ! Cette situation me révolte et je ne comprends pas du tout l’attitude de tout ce beau monde, voisins bruyants et autres………. J’en ai marre de passer pour la méchante parce que les gens ne sont pas logiques ou respectueux ! Moi je me bats pour empêcher mon chien d’aboyer à longueur de journée et si je dois le laisser seul (lui aussi hurle) je l’enferme dans la maison et ne pars pas plus de 2h.
  • J’ai également du mal à supporter que l’on ne fasse rien pour apprendre, se cultiver, que l’on passe son temps devant la télé à regarder des débilités même si oui, je regarde aussi la télé et pas que Arte mais aussi parfois des émissions plus populaires mais je lis aussi, beaucoup…… et je suis fan de grands films.
  • Sur le même sujet je ne comprends pas que le « bon peuple » érige en idéaux des abrutis comme Hanouna ou les footballeurs du PSG par exemple. Que les chanteurs et acteurs préférés des français soient des gens vulgaires et bêtes trop souvent. Je me reconnais une faculté : voir au delà des apparences et sentir immédiatement si quelqu’un est une belle personne ou pas et ça me saoule de voir que les gens adorent des soi-disant stars que moi je sens mauvaises à l’intérieur.
  • Pourquoi les gens font-ils des enfants avec n’importe qui, trop vite, des enfants qui grandiront mal et de manière chaotique ? Et je ne vois que ça autour de moi ! Mais le sujet des enfants et des animaux (sans excès non plus je ne suis pas Brigitte Bardot qui aime les animaux mais pas les gens) me fait me disputer avec plein de gens en fait…………..

Mais cette liste pourrait s’allonger tant et tant…………. Pourtant en écrivant cette énumération j’ai l’impression d’être quelqu’un d’intolérant, de tyrannique, de méchant même si l’on me reproche une trop grande empathie et une trop grande gentillesse dans la vie. Mais il y a des principes auxquels je ne peux déroger : le respect des autres, la logique, le besoin de se cultiver, de s’élever et je hais ce que je vois dans mon pays en ce moment où presque tout me désole, chacun avec ses petites revendications bien à lui se foutant du bien collectif et encore moins du pays. Sur certains sujets j’accepte d’être différentes des normo-pensants mais cela me fait souffrir car m’isole encore plus que ce que je n’étais déjà mais sur d’autres j’ai du mal à accepter cette différence. Et le fait de ressentir les choses, d’avoir des pressentiments, des intuitions, de voir au delà des masques n’aide pas à être heureux je l’avoue aussi………………

Et la question que je me pose ensuite c’est : si je comprends bien je dois accepter les normo-pensants comme ils sont alors que moi on ne m’accepte pas comme je suis et donc dois-je m’adapter moi à la majorité ? Dois-je prendre sur moi encore et encore, dois-je continuer à me sentir seule ou arriverais-je à m’accepter comme je suis en acceptant les gens comme ils sont et donc chacun dans son monde ? Je ne suis pas sûre d’y arriver ………….mais j’y travaille !

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Etre (trop) différente

En ce moment où nous vivons un événement difficile et brutal chacun réagit de manière très différente au sein de ma famille. Sauf que j’ai l’impression d’être la seule à réagir comme je le fais et que je me sens de plus en plus différente et isolée………….

Mon mari a des réactions violentes, parfois étranges, venant de sa peur intense de l’opération, des gestes médicaux mais aussi de l’après, des suites, du retour ou pas d’une vie sexuelle normale. Je fais comme je peux pour l’aider mais je découvre dans ce moment difficile qu’il est encore moins fusionnel que je le pensais, encore plus solitaire que je le pensais et il est de moins en moins démonstratif lui qui l’était déjà peu. Je découvre du même coup ses profondes blessures d’enfance et toute la merde que sa famille lui a mis dans la tête. Bien sûr j’essaye de lui montrer une autre façon de voir, une autre façon de percevoir les choses et il n’accepte pas dans un premier temps, se met très en colère et puis je sais qu’il réfléchit et modifie petit à petit sa conception des choses. Mais ces disputes me laissent vidée parce qu’il peut-être cruel en paroles dans les disputes dans ces moments là et souvent ses attaques concernent ma surdouance, ma façon de penser, de réagir qu’il prend pour une forme de persuasion, une pression sur ce qu’il est alors que je ne fais que lui montrer une autre voix et de partager un autre point de vue. Dans les jours qui suivent ces disputes je me sens nulle, différente, seule, si seule parce que souvent je ne comprends pas ce que j’ai dit ou fait qui a engendré ces réactions si virulentes……….

Notre fille elle réagit de manière approchante celle de son père. Elle alterne entre déprime profonde qui la fait pleurer durant des jours et effondrement total qui la laisse mutique, dans son coin, elle devient une ado elle la jeune femme qui n’a jamais fait de crise d’adolescence ! Mais surtout elle s’énerve après tout et tout le monde et bien sûr après moi aussi ! A J-5 de l’opération elle est morte de trouille ce que je partage et que bien sûr mon mari partage encore plus. Mais je n’ai pas l’impression de leur faire payer ma peur panique de cette semaine d’opération ! Nous nous disputons rarement toutes les deux, nous discutons, nous sommes une mère et une fille fusionnelles pourtant hier j’ai craqué devant ses réactions. Et là encore j’ai pris cher. Comment est-ce que j’arrive à faire dire aux gens des choses si blessantes ? Comment puis-je arriver à pousser les gens à de telles extrêmes ? Ou alors ce n’est pas moi qui provoque ça mais ce sont des reproches, des choses blessantes que se disent les normo-pensants entre eux ? Je sais que je ne suis pas tendre non plus dans les disputes, je pointe souvent du doigt ce qui ne va pas chez eux, leur incohérence et je déclenche ces avalanches de reproches. Je ne sais plus………..

Ce que je sais c’est que je me sens tellement différente des autres, tellement seule que parfois je me dis que tout le monde serait plus heureux, plus apaisé si je n’étais pas là, si je partais. Suis-je faite pour vivre seule parce que je suis surdouée et différente ? Mais je ne conçois la vie que dans le partage et la fusion. J’ai souvent envie en ce moment de partir, de voir comment ils réagiraient si je n’étais plus là ! Mais voilà, ma peur, mes attaques de panique m’empêchent de partir seule et puis mon empathie qui me fait me mettre à leur place m’en empêche également. Ils seraient sans doute morts d’inquiétude, ils se culpabiliseraient. Je n’ai jamais fugué ni même désobéi à l’adolescence alors je ne me vois pas le faire à l’âge adulte. Mais franchement je vois bien que ma différence dérange tout le monde, que mon besoin de fusion, de compréhension, mon besoin de comprendre, de savoir pourquoi chaque membre de ma famille réagit comme ci ou comme ça devient intolérable. Je suis sans doute un peu tyrannique aussi même si je pense que mon empathie immense et mon sens de l’écoute remplace tout. J’ai sans doute tort.

Je n’en peux plus d’être si différente des autres, d’essayer sans cesse de m’adapter à ce que sont les autres, à devoir modifier sans cesse mon comportement parce qu’il est mal compris ou que je blesse sans le vouloir. Et surtout je n’en peux plus de mon hypersensibilité qui me fait prendre chaque mot de chaque dispute comme « le mot de trop », la blessure de trop.

Comment se passeront les choses quand l’opération sera passée et que mon mari rentrera ? Comment se passera le rétablissement surtout si les fonctions urinaires ou sexuelles sont touchées et qu’il réagit aussi violemment ? Jusqu’à quand je vais tenir moi, jusqu’à quand je vais essayer d’être patiente ? Attention ma famille, mari ou fille, ne sont pas des monstres, des êtres méchants ou même pervers, non ils sont très très différents de moi et j’accepte de plus en plus mal cette différence d’autant que ma fille ressemble de plus en plus à son père et je me sens de plus en plus isolée.

Je n’en peux plus d’être si différente, je me sens si seule………..

Les souvenirs de l’enfance

En cette période difficile, à J-10 de l’opération de mon mari et donc de cette hospitalisation qui va nous séparer et des suites opératoires qui nous terrifient, les attaques de panique reviennent en flèche dans ma vie. Alors je sais qu’il faut, en parallèle de tout le reste, que je recommence à travailler sur le pourquoi de ces attaques qui me laissent KO. Après des années de thérapies classiques où l’on m’a fait croire que c’était de l’agoraphobie, je sais donc que ce n’est pas ça, que le fait de rester seule de plus en plus ne m’habitue à rien et ne fait pas diminuer ma peur par habitude, je sais aujourd’hui que je souffre d’un très fort sentiment d’abandon à origines multiples. J’en connais certaines mais je continue à chercher les autres.

J’ai ce que l’on pourrait appeler des souvenirs sur papier glacé, c’est à dire des souvenirs sans émotions et sans ressentis et avec la psychologue que je suis à présent je sais que je dois arriver à faire sortir les émotions que j’ai enfouies pour les exprimer et les régler. Je l’ai fait pour certains gros événements de mon enfance, la mort de mon frère, l’indifférence voire la froideur de ma mère avant et après cette mort, les absences professionnelles et amoureuses de mon père, l’histoire familiale plus ancienne (je suis une petite fille de la Shoah) et l’attitude de ma mère vis à vis du fait que je n’étais qu’une fille………. Oui mais voilà ça ne suffit pas je le sens bien.

Il y a quelque temps, j’en ai parlé ici, j’ai revécu un souvenir sur papier glacé où je me réveillais de la sieste avec mon petit frère, où la maison était déserte et où je pensais sincèrement du haut de mes 4 ans que maman nous avait abandonné. Mais il y a un autre souvenir qui me revient régulièrement, toujours sans émotions, toujours comme une image sur papier glacé : le jour où mon père m’a annoncé que maman avait fait une fausse-couche et qu’elle était en clinique. Hier durant une séance d’auto-hypnose, j’ai revécu cette scène et je me suis retrouvée terrifiée. Je pensais encore une fois que maman (ou le bébé mort ?) m’avait abandonnée et que j’étais seule au monde. La scène se passait ainsi, j’étais dans la cour chez la voisine d’en face à la sortie de l’école et papa s’agenouillait devant moi en pleurant pour me dire que maman avait perdu le bébé et qu’il devait partir la rejoindre et qu’ils rentreraient le lendemain et qu’en attendant je devait aller chez des amis. J’ai ressenti ce même vide abyssal que quand j’ai une attaque de panique aujourd’hui, quand mon mari part pour le travail surtout entre midi et deux heures où les pharmacies sont fermées, cette même peur, cette même terreur de l’abandon, d’être livrée à moi-même, d’être abandonnée. Et vient s’ajouter depuis quelques mois une autre peur celle que mon mari me mente et ne parte ailleurs. Mais ceci fera l’objet d’un autre article.

Quand j’ai téléphoné à mon père à la suite de cette séance pour avoir plus de précisions sur ce jour-là parce que maman ne se souvient jamais de rien, j’ai eu une grosse surprise. La scène ne s’est absolument pas passée comme ça ! Je n’étais pas chez la voisine d’en face mais chez nos amis, avec mon frère qui n’apparaît absolument pas dans mon souvenir, attablés tous les deux pour le goûter quand papa est arrivé. Effectivement il s’est agenouillé devant nous en larmes, nous pleurions tous les trois, il nous a bien expliqué que maman avait perdu le bébé mais il nous a ramené à la maison et est resté avec nous la soirée et la nuit avant de nous ramener chez nos amis et de partir chercher maman en clinique…………. Bien sûr quand je lui ai parlé du sentiment d’abandon de ce moment là il s’est énervé en me disant que je n’avais pas du tout été abandonnée puisqu’il avait passé la soirée et la nuit avec nous. Alors je me suis posée mille questions : qu’est-ce qui compte le plus, les souvenirs que l’on a fabriqué ou la vérité des faits ? Pourquoi ai-je eu à ce moment là la terrible impression que maman nous abandonnait ? Quel rapport avec mes peurs de certaines heures qui n’ont rien à voir avec celles décrites dans cette scène ?

Je me suis souvenue d’un récit de Boris Cyrulnik sur son évasion pendant son arrestation. Toute sa vie il a cru qu’il ne devait sa survie qu’au fait de s’être cachée dans une ambulance sous le corps d’une morte et il a appris des années et des années après que cette femme n’était absolument pas morte mais blessée……….Alors j’ai cherché et tous les psys disent que ce qui compte c’est le souvenir fabriqué, le ressenti de ce souvenir, peu importe la réalité en fait. Ce qui reste au final est cette émotion, ce ressenti. Peut-être ai-je tout de même besoin de la véracité des faits pour remettre les choses à leur place et me rendre compte que je n’ai jamais été abandonnée, je dois voir ça avec la psy sans doute.

Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi malgré tout le travail que je fournis sur moi-même je n’arrive pas à me débarrasser de cette impression d’abandon que je revis en ce moment avec mon mari et sa maladie. Je n’ai plus 5 ans, j’ai 51 ans, je suis capable de comprendre les choses passées et présentes, je suis capable de prendre soin de moi etc alors pourquoi malgré la méditation, l’auto-hypnose etc je n’arrive pas (encore) à en sortir ? En quoi ma surdouance influe-t-elle sur tout ceci ? Hypersensible je sais bien, un peu dépressive par moment je sais aussi mais pourquoi avec ce cerveau là je n’arrive pas à régler ma problématique ? Un jour, un psy m’a dit : « ha si seulement vous étiez plus bête vous vous en seriez déjà sortie ! ». Cette phrase m’a hantée des années jusqu’à ce que j’apprenne pour mon côté zèbre. Aujourd’hui la psychologue me dit que je serai toujours angoissée mais que j’apprendrais à gérer mes attaques de panique surtout en comprenant d’où elles venaient.

Je suis fatiguée de gérer la maladie de mon mari, sa peur extrême, notre incertitude quant à la suite post-opératoire, la séparation aussi quand il sera en clinique même si mon meilleur ami sera là « presque » jusqu’au bout, et le presque est si important pour ma peur…………. Ce souvenir revenu va-t-il faire avancer les choses ? Pourquoi ai-je l’impression d’être anormale sans cesse et surtout de ne pas être capable de passer au-dessus de ces peurs d’enfant ?

Le cancer

Mon mari a un cancer. Il sait que son cancer est pris à temps, qu’il ne va pas mourir, de ça tout du moins, mais il est au fond du trou depuis des mois maintenant.

On va toucher à sa virilité, son organe masculin, sa prostate avec menace de ne plus avoir de vie sexuelle normale par la suite (50% de chance et de malchance). Il a subi une batterie d’examens qui lui ont tous fait plus peur les uns que les autres, il a été pris d’une colère, d’une rage contre les médecins, il se sent un rat de laboratoire à la merci de chaque médecins qui prescrit un examen puis un autre………

Même si j’ai peur de chaque examen moi la phobique des hôpitaux et la femme qui n’arrive pas à rester seule je sais que cette opération le sauvera mais ce qui me terrifie c’est son changement d’humeur depuis des mois. J’ai pu parler à une amie qui a eu un mari malade d’un autre cancer et qui a traversé les mêmes choses que moi mais, même si cela me rassure, cela ne calme pas mon angoisse.

Il est enfermé dans sa bulle de douleur et de peur, de terreur même, lui qui était déjà mutique et secret devient totalement hermétique. Il y a des jours où je n’arrive même pas à l’atteindre ! D’autres jours il n’est que colère et rage et s’en prend même à moi qui ne comprend rien soi-disant. Ces jours-là il se transforme en espèce de monstre qui peut dire des horreurs, le contraire de tout ce qu’il a pu dire en 25 ans de mariage, je ne vois dans ces yeux que haine et plus aucune tendresse et ça me terrifie. Je sais que je ne devrais pas croire ce qu’il dit à ce moment là quand il dit qu’il va partir, aller se soigner seul, qu’il ne peut gérer sa maladie et nous en gros etc……..Il dit que son monde s’écroule et qu’il ne sait plus comment s’en sortir et quand je lui suggère de s’accrocher à moi, à nous, à notre couple il dit qu’il n’y arrive pas, qu’il sait qu’il m’aime mais qu’il a l’impression que rien, même pas moi, n’apaise son angoisse. Et moi pauvre débile de surdouée, j’essaye de parler, d’expliquer, de lui montrer une autre façon de voir et il m’en veut même si parfois il m’écoute mais je ne sais pas si ce que je dis entre dans sa tête. La psy dit qu’il n’écoute que moi au monde, que moi seule ai du pouvoir sur lui, que je dois garder confiance mais je doute tellement de moi.

Il reste 15 jours avant l’opération qui va être une horreur pour lui mais pour moi aussi qui sera séparée de lui du moins durant les premiers jours car il veut rester seul au moins le jour de l’opération tant il a peur de ses réactions. Je voudrais être calme, sereine, sûre de moi, de lui, de notre amour mais parfois il dit de telles horreurs que je doute de tout. Il me rassure en me disant qu’il dit n’importe quoi dans ces cas là ou plutôt qu’il dit ce qui lui passe par la tête à ce moment là, ce moment de rage et que je ne dois pas en tenir compte mais je n’y arrive pas. Je me sens vivre dans une insécurité totale, une impression qu’il est capable de tout foutre en l’air, nous, notre couple sur un coup de tête tant il est perdu. Je voudrais être forte, solide, pas hypersensible comme je le suis. Je voudrais ne pas me laisser perturber par une attitude, un mot, un geste mais je n’y arrive pas.

Je savais que le cancer changeait les gens, on m’avait prévenue mais je ne pensais pas que c’était à ce point là surtout ce cancer là qui touche à la virilité d’un homme ! Se disputer parce que je veux lui servir une salade, ce que je fais depuis 25 ans puisqu’il est habitué à se faire servir, et le voir hurler qu’il peut le faire, qu’il n’est pas impotent me rend totalement abasourdie et pétrie de peur. Le cancer change un homme, une femme, une famille c’est un fait et je sais qu’il faudra reconstruire ensuite surtout si tout ne fonctionne pas comme il le veut ensuite mais si nous n’y arrivons pas ?

Le stéréotype du surdoué

Hier, pour se détendre un peu, j’ai voulu montrer à ma fille un film que j’adore « Will Hunting ». C’est un film que j’ai beaucoup vu, comme « le cercle des poètes disparus » avant de découvrir ma propre surdouance. Hier, quand j’ai dit à mon mari que nous allions regarder ce film il a répondu :  » ça va te faire mal……. ». Sur le coup je n’ai pas compris, j’ai vu ce film 5 ou 6 fois et ça ne m’a jamais vraiment fait mal………. »oui, mais c’était avant que tu ne saches pour toi » a-t-il rétorqué.

« Avant que tu ne saches pour toi »…………. Justement avant je pensais qu’être surdoué(e) c’était être capable de résoudre des énigmes mathématiques de haut niveau, c’était être un génie, Einstein quoi, savoir lire avant d’entrer à l’école ou jouer du piano comme Mozart et composer des symphonies à 5 ans ! C’était ça pour moi être surdoué. Je voyais ce Will Hunting comme un garçon violent et tourmenté à cause de son enfance, de son milieu pareil pour sa rébellion.

Mon mari n’avait pas tort. Regarder ce film que j’adore m’a fait mal, je ne l’ai pas du tout vu comme les précédentes fois. J’ai compris plusieurs choses en le regardant, d’abord je me suis toujours excusée d’exister, j’ai toujours voulu prouver que je méritais l’amour que l’on me portait, amour que je mendiais, je me suis rendue compte aussi que je ne me suis jamais permis de vivre ce dont j’avais envie parce que j’avais l’impression d’être un imposteur. Oui j’ai toujours su que j’étais différente, que je ne pensais pas comme les autres, je comprenais plus vite et ne comprenais pas que les autres ne puissent pas me suivre, je pensais qu’ils faisaient preuve de mauvaise volonté quand ils n’arrivaient pas à faire ce que moi je parvenais à faire dans tous les domaines. Oui j’ai passé ma vie dans les livres, puis sur internet à me renseigner, à savoir, à découvrir, à vouloir comprendre le monde qui m’entoure. Oui, j’ai saoulé tout le monde depuis l’enfance à vouloir savoir tout et n’importe quoi. Oui j’ai eu la vie maritale dont je rêvais en gros parce que dans ce domaine là je me suis donné les moyens, parce que c’est un domaine réservé aux filles, pas un truc de surdoué, c’est la norme et surtout c’était la seule chose dont je rêvais : un amour inconditionnel, un être qui m’aimerait enfin pour moi-même et avoir des enfants, surtout avoir des enfants. Et là je ne me suis pas loupé, mon couple est compliqué mais solide et ma fille est la fille dont rêve tous les parents…….

Oui mais le reste ? J’ai toujours crié haut et fort que je n’avais aucune ambition, aucun désir professionnel, c’est vrai, c’est toujours vrai. J’ai un rapport à l’argent compliqué, j’en veux pour vivre et ne pas avoir de soucis mais je ne cours pas après et je n’arrive pas à faire les choses pour l’argent. Je ne gère pas celui du foyer et je me suis déchargée de tout ceci sur mon mari qui n’est pas plus doué que moi mais qui assure parce qu’il est un « homme ». Oui j’ai toujours été passionnée, rebelle, ramenant ma fraise tout le temps, partout, oui, j’ai un souci avec la hiérarchie, l’ordre établi. Mais en regardant ce film je me suis rendue compte que j’avais eu et que j’avais encore des rêves, m’épanouir artistiquement surtout en écrivant mais j’aurai adoré être actrice aussi. Tout ce qui tourne autour des mots et de la culture me passionne. Mais je ne m’en suis jamais donné les moyens, pas assez douée, pas à la hauteur de ce que je voudrais être, lâcheté, manque de courage sans doute, syndrome de l’imposteur aussi………

Moi aussi j’aurai aimé croisé sur mon chemin un Robbin Williams que ce soit en thérapeute ou en professeur comme dans « le cercle des poètes disparus ». Ces deux rôles et surtout cet acteur me parlent plus que tout. Personne ne m’a guidée, personne ne m’a dit qui j’étais et ce dont j’étais capable. Oui sans doute suis-je capable de tout faire dans la vie c’est pourtant ce que je fais au quotidien. J’ai appris mille choses toute seule, des activités plutôt artistiques, rien ne me rebute, quand j’ai envie de faire quelque chose j’apprends à le faire et je pensais vraiment que tout le monde en était capable. C’est vraiment difficile d’avoir été détectée à 50 ans, d’apprendre jour après jour à se connaître, à découvrir ses spécificités mais surtout je ne sais même pas quoi faire avec tout cela……

Quand le film a été terminé, j’étais mutique (rare chez moi), enfermée dans mes questionnements, j’essayais de comprendre ce qui, chez moi, pouvait ressembler à ce génie des maths moi qui sais à peine faire une division à 3 chiffres. Je sentais que je ressemblais à ce jeune garçon mais en quoi ? Mon mari et ma fille m’ont parlé, m’ont expliqué ce qui chez moi était identique à ce héros de films, ce qu’ils avaient reconnu de moi chez lui et surtout m’ont rappelé qu’être surdouée ce n’était pas uniquement être un génie scientifique ! Alors bien sûr j’ai fait des recherches sur internet pour comprendre un peu plus qui je suis. Et oui il y a les génies scientifiques mais il y a aussi des intelligences multiples, les surdoués émotionnels peu reconnus, les surdoués verbaux, l’intelligence perceptive avec ses prémonitions et ses capacités à lire dans les pensées et le cœur des gens mieux qu’eux mêmes, et tout ces profils dans lesquels je me suis reconnue. Je ne parlerai pas ici de la violence qui découle parfois d’être incomprise ou de se sentir différente, seule, d’être parfois si difficile à vivre pour ceux que j’aime, de ma rébellion permanente, de mon idéalisme aussi ou de certaines convictions profondes.

Après la semaine très difficile que je viens de passer (on a découvert qu’en plus du cancer de la prostate mon mari avait un problème à un oeil qu’il fallait opérer très vite et sa réaction a été……….plus que vive ce qui nous a encore valu une belle dispute mais je ferai un article sur les réactions violents des gens ayant un cancer plus tard) ce film m’a perturbée, vraiment perturbée et je dois transformer ce sentiment en quelque chose de constructif ! Et quand je me pose la question de ce que je veux vraiment faire de ma vie, il serait temps à 51 ans, je me dis que la seule chose que j’aime outre apprendre c’est écrire. Mais là encore je bloque, écrire quoi, en suis-je capable ? Ai-je du talent même si j’étais très douée à l’école ? Moi je veux être Pagnol ou d’Ormesson ou rien mais quand apprendrais-je à être juste moi-même ? Et puis c’est qui déjà moi ?

Un jour une copine pas du tout surdouée mais très très sûre d’elle m’a dit qu’elle avait écrit un livre et qu’elle l’avait fait publier chez un petit éditeur. J’étais très heureuse pour elle et j’ai acheté ce livre. Je crois que c’est le truc le plus nul qu’il m’ait été donné de lire, une nullité totale, mal écrit, plein de gros mots, une histoire lue cent fois pour moi la grande lectrice. Bref, j’ose le dire, une merde ! Elle ne m’a jamais demandé ce que j’en pensais parce que j’aurai été obligée de mentir et que je déteste ça et puis peu de temps après j’ai arrêté de la fréquenter. Cette histoire m’a mise vraiment en colère car elle, sans aucun talent, avait eu le courage de croire en elle et avait réussi à se faire publier (a-t-elle payé je n’en sais rien) et moi je n’avais même pas le courage d’essayer ?! Et puis mon frère a aussi écrit un livre qui a été publié mais là par contre j’ai adoré, en toute objectivité. Il a du talent (il est photographe de métier), il écrit bien, son histoire est formidable et j’en ai pleuré en le lisant tellement je trouvais ça bon ! Alors je me suis dit que je n’avais pas son talent et j’ai rangé mes rêves……….encore !

Etre un homme

Depuis l’annonce du cancer de la prostate de mon mari, des explications sur l’opération et surtout sur les séquelles urinaires et sexuelles je me rends compte que mon mari, comme sans doute beaucoup d’hommes, a un vrai problème avec l’image virile de ce que doit être un homme et c’est là que les choses pèchent et qu’il coule………..

Je comprends sa peur des examens médicaux, sa peur de l’opération, de la douleur, des piqûres moi la phobique des hôpitaux et de la maladie mais je découvre, après 25 ans de mariage, l’image qu’il s’est forgé de ce qu’est être un homme. Il a grandi dans une famille d’hommes, un père assez macho qui est une sorte de caricature d’homme dans tout ce que je déteste et 2 frères qui ont tout fait pour ressembler à leur père. Quant à ma belle mère ce n’est pas mieux, son image des hommes est la même. Ce qui caractérise un homme à leurs yeux c’est la sexualité et le statut social et surtout ne pas se montrer faible et ne pas montrer ses émotions, c’est faire du sport et ne pas se laisser aller : « tu es un homme bon sang ! »

Mais ce n’est pas tout. Mon mari a des rapports compliqués avec sa famille car il s’est toujours senti un peu différent d’eux. Il s’est forgé dès l’enfance une carapace dans laquelle il s’est enfermé et où on enfouit ses émotions, ses ressentis, il est mutique de nature, secret, renfermé et si je savais tout ceci je découvre tout un pan que je ne connaissais pas. Depuis l’annonce il a d’abord été sous le choc car on va lui retirer un organe primordial pour un homme, on va toucher à sa virilité, à ses érections qui risquent de ne jamais revenir, à son système urinaire qui fera de lui un vieillard (c’est ce qu’il pense), puis il a été en colère, il a ressenti une rage immense contre les médecins, le milieu médical qui va le mutiler et contre moi qui le pousse à voir le positif et qui parfois donne raison aux médecins qui estiment son état mental plutôt négatif. Son combat contre le cancer il le met contre le milieu médical. Pourquoi pas………. Mais en même temps il est infiniment triste, pleure subitement, essaye de le cacher, va s’enfermer aux toilettes ou prétexte une course, je le vois cacher ses larmes lorsqu’il est en train de travailler à l’ordinateur et malheureusement pour lui je vois tout, ressens tout ce qu’il ressent et rien ne m’échappe.

J’essaye de parler avec lui, de lui faire sortir ses émotions, aidée par la psy ou par l’infirmière d’annonce de la clinique mais c’est si difficile. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et quand j’essaye d’être positive en lui parlant de tout ce qui existe au niveau de la récupération de sa (notre) vie sexuelle il n’écoute pas. Il reste sur la mutilation, l’amputation d’un organe et l’homme handicapé qu’il pense devenir. Bien sûr mon esprit de zèbre essaye de lui faire comprendre qu’il est un être humain avant d’être un homme, que les médecins lui ont dit qu’il n’allait pas mourir, qu’on s’adaptera à l’après, que je l’aimerai quoiqu’il arrive, que pour moi il restera un homme avec ou sans érection, qu’il reste la sensualité, l’érotisme, le désir, qu’il y a des techniques que jamais je ne le verrai autrement que comme un homme, mon homme mais je me rends compte que son image de l’homme est bien ancrée en lui et j’ai peur de l’avenir.

Hier soir alors que nous étions sur le canapé il s’est mis à pleurer, je l’ai pris dans mes bras, je lui ai dit de se laisser aller, que c’était normal, humain et même pour un homme mais il n’y arrive pas. Il dit pourtant qu’il n’a confiance qu’en moi, que je suis tout pour lui mais quand je l’ai un peu obligé à mettre sa tête sur mes genoux et à sortir toute sa peine il bloque. Il n’y a rien de nouveau dans mon comportement j’ai toujours été une femme très maternelle, très maternante, rien de neuf là dedans mais lui pense que ce n’est pas être un homme que de pleurer dans les bras de quelqu’un. Il dit même que si les choses étaient inversées il serait mort d’inquiétude mais que dans le cas actuel il n’accepter pas mon inquiétude, que ce n’est pas pareil ! Pourquoi ? Parce qu’il est un homme………………et que je n’ai pas à me rendre malade pour lui. Quand je lui suggère d’appeler son père ou ses frères dont il n’a plus aucune nouvelles depuis l’annonce du cancer, comme en temps normal d’ailleurs, il refuse. Il dit qu’il ne veut pas leur montrer qu’il va mal et quand je suggère que peut-être ils ne se doutent pas de son état psychologique, qu’ils ne peuvent pas savoir s’il ne dit rien, il répond qu’ils n’ont qu’à se renseigner et qu’il ne veut pas leur montrer son désarroi.

Je suis perdue, triste, je me sens si seule. S’il attend juste que je sois là en silence à le regarder couler, je n’y arriverai pas, ce n’est pas moi. Il sait qu’il a épousé une femme maternelle, attentionnée, aimante, patiente, câline, je ne peux pas devenir quelqu’un d’autre sauf le laisser plus respirer et moins l’étouffer, ce que je me force à faire. Hier il m’a avoué que seul son regard à lui sur son statut d’homme comptait, que le mien………..il n’arrivait pas à le prendre en compte. Il sait mon amour inconditionnel est-ce pour cela ? N’est-ce pas important de savoir que votre femme vous aime dans n’importe quelles circonstances ? Qu’elle vous voie comme un homme que vous ayez une érection ou pas ? Je suis démunie devant son image masculine qui est si loin de la mienne, moi je vois un être humain, l’homme que j’aime et pas un malade du cancer. Les psys, la nôtre et celle de l’hôpital, arriveront-elles à lui montrer une autre image de l’homme ?

J’ai si peur de l’opération, qu’il souffre mais plus encore, je crois, de sa façon de réagir après…………et même s’il dit que moi seule ai du pouvoir sur lui, serais-je capable de lui rendre sa virilité érection ou non ? Mais bon sang qu’apprend-on aux petits garçons ? Je hais sa mère, sa père et tout ce qu’on lui a inculqué et il pense pour les défendre que c’est lui s’est forgé cette image virile tout seul, comment va-t-il s’en sortir ?

Aimer, je ne sais faire que ça

Aimer, entourer, consoler, comprendre, donner, aimer inconditionnellement, voilà sans doute ce que je sais faire le mieux. Mais aimer comme j’aime c’est parfois aussi étouffer, surprotéger, ne vouloir faire qu’un avec l’autre, vampiriser mais aimer.

Ce week-end la colère et la rage de mon mari contre le milieu médical qu’il relie à son cancer étaient tombées, ne restait qu’un immense chagrin, une déprime profonde. Il se cachait pour pleurer à tout bout de champs mais je vois tout, devine tout. Un mot, une phrase et les larmes montaient. J’ai essayé désespérément de faire de ce week-end un week-end presque normal où l’on pourrait essayer de faire une pause, de ne plus penser à tout cela mais je n’ai pas réussi………. J’ai consolé, câliné, pris dans mes bras, parler aussi un peu, pas beaucoup, mais rien n’y a fait. Je me suis sentie si impuissante, si inutile même s’il dit que nous sommes tout pour lui, notre fille et moi mais que son chagrin est plus fort.

L’aimer depuis 25 ans malgré les galères, les crises, les problèmes est ce que je sais faire de mieux. Depuis quelques mois où nous travaillons sur nous-mêmes je me rends compte que quand je l’ai rencontré j’ai aimé immédiatement le petit garçon blessé que je sentais en lui sans vraiment le savoir. Aujourd’hui je sais, j’en apprends chaque semaine un peu plus sur son enfance, sa famille que je déteste depuis le premier jour, aujourd’hui j’ai accès au petit garçon si mal aimé qu’il a été et qui ressemble tellement à la petite fille que j’ai été. Pourtant il y a une différence entre nous deux : nos familles ! Si nous avons souffert tous les deux d’un certain manque d’amour, de ne pas avoir pu être nous réellement, d’avoir toujours essayé de faire des compromis pour se faire aimer et accepter, ma famille a toujours été présente pour moi et aujourd’hui pour nous. Mon mari a très peu de nouvelles de sa famille, même de sa mère qui habite à 10 km de chez nous et préfère vivre avec ses 7 chats que de venir voir son fils et sa petite fille !

Depuis qu’il a annoncé son cancer au téléphone à sa mère, son père et sa belle-mère, ses deux frères et sa soeur il n’a plus aucune nouvelle ! Personne depuis 3 semaines pour savoir comment il prenait les choses, comment il allait moralement, s’il avait besoin de quelque chose ou simplement dire qu’ils sont là pour lui. Dans un premier temps mon mari me disait qu’il n’attendait rien d’eux, qu’il n’en souffrait pas, qu’il était habitué, mais plus les jours passent plus je vois qu’il est terriblement blessé. J’ai suggéré qu’il pourrait les appeler peut être pour leur dire qu’il avait besoin d’eux, qu’il était mal, il a refusé disant qu’il nous avait nous et que ça suffisait. Mais quand j’essaye de comprendre leur mode de fonctionnement à tous, moi qui vis au pays des bisounours dit-il, il avoue qu’il ne leur montrera jamais qu’il a besoin d’eux, qu’ils n’ont qu’à prendre de ses nouvelles s’ils veulent savoir comment il va. Et tout ceci me fait terriblement souffrir car je ne comprends pas cette foutue famille que je déteste. Mon mari est l’homme le plus gentil du monde, le plus serviable, toujours là quand on l’appelle, toujours disponible pour eux et eux ne savent rien de lui, ils ne voient que le masque social qu’il porte en permanence. Parfois je me dis que je vais les appeler, leur dire que leur fils-frère va mal, qu’il a besoin d’eux mais je sais que mon mari le prendrait comme une trahison et il aurait raison. Il souffre de leur attitude depuis son enfance, il ouvre les yeux aujourd’hui sur qui ils sont et bien sûr il fait la différence avec ma propre famille, mon père qui bien que vieux et malade téléphone 2 fois par semaine, exige qu’on lui téléphone dès qu’on sort d’un rdv médical, ma mère de 85 ans qui vit avec nous et ne passe pas un jour sans lui dire qu’elle l’aime et qu’elle est là pour lui, mon frère qui ne dit rien mais qui est présent et moi bien sûr, moi la super aimante, super attentionnée, super maternante.

Alors parfois il m’en veut d’être tout ceci. Je sais qu’il m’a choisie et aimée parce que je suis le contraire de sa famille qui ne m’aime pas mais il n’est pas habitué même au bout de 25 ans. Il ne supporte pas que je m’inquiète pour lui, que je me fasse du souci, il ne supporte pas que je pleure, que je partage tout ceci avec lui. Pourtant si les rôles étaient inversés il serait pareil, il se ferait autant de souci et ce qui me perturbe le plus c’est quand il me dit : « ça n’a rien à voir, moi c’est normal si je me fais du souci pour toi ou ta famille, mais le contraire n’est pas normal »………….Mais pourquoi pense-t-il qu’il ne le mérite pas ?

Ho si je pouvais en ouvrant les bras enlever tous ses chagrins, tous ses soucis, toutes les douleurs à venir. Si seulement mon amour était assez fort pour pour être magique. Il sait que je l’aime plus que tout, que notre fille l’aime plus que tout aussi, il dit que nous sommes tout pour lui mais le voir si malheureux nous crève le coeur……………… Alors je vais continuer à l’aimer en essayant de ne pas l’étouffer, l’aimer en acceptant que je ne suis pas une magicienne, l’accompagner sur le chemin de l’opération et de l’après, essayer de vaincre mes peurs aussi pour lui, par amour pour lui.